‹ Drames religieux;Chapitre 40 sur 75 · Reynas calhólicaSj p · texte numérisé non relu

Reynas calhólicaSj p

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joue un rôle important dans l'iiistoire et dans la pièce de Calderón.

Lorsque, en 1073, Grégoire VII fut élevé à la dignité pontificale, l'église catholique n'avait plus guère pour représentants que des prêtres indignes. Simoniaques, impudemment mariés ou vivant en concubinage, avouant sans honte leurs nombr» ux enfants, ils étaient, aux yeux des fidèles, le plus tri>te objet de scandale. Le nouveau pape s'empressa d'envoyer dans tous les pays de l'Europe des légats chargés de réformer les mœurs ecclésiastiques. En Espagne, il s'agissait en outre de substituer au rite gothique ou primitif, que l'on célébrait encore comme avant l'invasion musulmane, le rite romain ou grégorien, universellement adopté depuis dans la chrétienté. Grégoire VII, qui sous le nom d'Hildebrand, avait porté dans sa jeunesse le froc des Bénédictins de Cluny, demanda à saint Hugues, abbé de cet ordre, des hommes capables de seconder son dessein. Des religieux français passèrent les Pyrénées et vinrent se fixer, dans les Asturies, au monastère de Sahagun. Ce couvent jouissait alors d'une célébrité sans égale. Les rois l'honoraient de leurs visites et de leur faveur. Fernando P"", lorsqu'il y venait, mangeait familièrement à la table des moines. Nous avons vu qu'Alphonse VI y prit l'habit par ordre de son frère Don Sancho, et, s'il parvint à s'en échapper, ce fut sans doute grâce à la connivence des Bénédictins. Aussi, lorsqu'il fallut, après la prise de Tolède, faire choix d'un archevêque, Bernard, abbé de Sahagun, fut-il élu à l'unanimité des suffrages.

Il était né en France, au village de La Sauvetat (1), près d'Agen. Gela seul suffit à expliquer la confiance réciproque que se témoignèrent la reine et l'archevêque, en qualité de compatriotes. Certains écrivains semblent avoir supposé que Constance usa d'intrigues pour imposer à l'Espagne les hommes et les mœurs de sa patrie. C'est possible ; mais Bernard ne fut pas une créature de la reine. Il était déjà établi à Sahagun, de par l'autorité

1. « Pasa el rio Harona por la ciudad de Aagen en AL/ui/ania, hoy Guiena : cerca desta ciudad está un pueblo llamado Salvitat. Desle pueblo fue natural don Bernar lo, nacido de noble linaje ; su padre se llamaba Gdllermo, su madre \eimiro, personas tan pias, que ambos, según que se saca de inemnrias de la iglesia de Toleno, acabaron sus dias en religion. » Mariana, Historia de España, lib. IX, cap. xvii. — II existe dans le département actuel de Lot-et-Garonne trois villages portant ce nom. Mais La Sauvetat-de-Savères,le plus proche d'Agen et de la Garonne, est assurément celui que Mariana désigne sous le nom de Salvitat.

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pontificale, lorsque Constance devint la femme d'Alphonse VI ; et il est vraisemblable, au contraire, que l'influence des Bénédictins d'Espagne ne resta pas étrangère à la détermination du roi. De même, si le rite grégorien remplaça le rite mozarabe, ce changement fut imposé par une décision du Saint-Siège qui s'étendait à la nation entière, et non par le caprice d'une femme qui n'avait en vue que Tolède. Mais cette ville se signala entre toutes par son attachement à ses antiques cérémonies et par sa résistance au pouvoir spirituel (1).

Faut-il redire ici cette histoire répétée cent fois, et comment le rite mozarabe, à la suite de deux épreuves judiciaires, par le fer et par le feu, a pu se conserver jusqu'à nos jours (2)? De cet épisode le poète n'a retenu qu'un nom, celui du champion tolédan, Juan Ruiz de la Matanza (3), qu'il appelle simplement Juan Huiz. Son adversaire est désigné dans le drame sous le nom de Don Vela. I.e combat qu'ils se livrèrent pour en appeler au jugement de Dieu a perdu, chez Calderón, son caractère officiel, et se réduit à une altercation privée. Mais cet incident est lié avec autant d'art que de naturel à l'action principale, et le fier langage des deux gentilshommes exprime à merveille les sentiments contraires qui se partageaient l'âme de leurs contemporains.

Sélim que nous voyons, dès la première scène de cet acte, remettre à Alphonse VI les clefs de la ville, est un personnage d'invention. Il personnifie les Mores de Tolède. En réalité, le roi Hiaya se retira à Valence avec ceux de ses sujets qui voulurent le suivre Les autres eurent la faculté de demeurer à Tolède, sous certaines conditions.

Tels sont les faits historiques auxquels Calderón eniprunta la matière et les figures de son troisième acte. Il nous reste à dire en quoi, sur quelques points, son poème s'écarte de la vérité. Nous n'aurons guère à signaler, d'ailleurs, que de légers anachronismes très pardonnables et rendus nécessaires par la concentration d'une œuvre dramatique.

1. Il n'en est pas moins vrai que l'influence française s'affirma de plus on plus à la coi.r de Castilla, surtout après que lesdeux filles d'Alphonse VI eurent épousé Henri et Raymond de Bourgogne. M. Menéndez y Pelayo a parfaitement analysé, en quelques lignes, comment se manifesta cette influence, Antología de poetas líricos castellanos, t. II, p. xv.

2. Lire dans A. de Latour, Tolède et les bords du Tage^ le chapitre intitulé La chapellf de Cisneros et le rit mozarabe.

3. Mariana prétend que cette famille existait encore lorsqu'il écrivait aon Histoire d Espagne.

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Les événements, dans la première moitié de l'acte, se précipit-ent avec une rapidité extraordinaire. 11 est à noter, tout d'abord, que Bernard fut élu archevêque seulement en décembre 1086, dix-huit mois environ après la prise de Tolède. Rien ne prouve donc qu'il assistât au siège.

On s'étonnera sans doute de voir le roi confier à une femme 1<3 soin difficile et périlleux de gouverner une ville à peine conquise et mal pacifiée encore. Voici ce que racontent les historiens. Alphonse VI, appelé à Léon par des afi'aires pressantes, dut quitter Tolède au bout d'un certain temps. — Ce temps, qui reste indéterminé, peut être évalué au moins à une année et -demie, puisque Bernard, à ce moment-là, était déjà archevêque. — D'accord avec le prélat, la reine profita de cette absence pour ^restituer au culte catholique la cathédrale, que les Mores avaient •transformée en mosquée et dont Alphonse, dans l'enivrement de sa victoire, leur avait assuré la possession. Des ordres sont • donnés. Une nuit, protégés par les soldats, des charpentiers abattent les portes, des maçons construisent en hâte un autel. A Taube, les cloches sonnaient dans la tour. On imagine la surprise et l'indignation des musulmans. Ils dépêchent au roi un messager qui le rejoint, non aux portes delà ville, mais précisément à Sahagun. Alphonse jure de châtier les coupables qui ont failli à sa parole; il tourne bride vers Tolède où il arrive en trois jours. Mais les Arabes sortent à sa rencontre, le dégagent de son serment, renoncent à leur mosquée et acceptent en compensation une somme d'argent. Ils avaient eu le temps de réfléchir et de comprendre à quelles représailles ils s'exposaient pour l'avenir, au cas où la reine serait condamnée.

Le dénouement de cette aventure, modifié par Calderón, donne lieu à une situation dramatique des plus saisissantes. Alphonse entre dans Tolède au moment où l'on vient de découvrir, au fond d'un puits, la Vierge du Sagrario. Constance, les cheveux épars, un crucifix dans une main, un poignard dans l'autre, vient s'offrir d'elle-même au châtiment dont elle se sait menacée. Mais elle supplie son époux de la laisser vivre quelques instants en- 'Core pour contempler au moins une fois les traits augustes de Marie. L'image paraît. Toutes les rancunes s'apaisent, toutes les haines sont oubliées et font place à l'allégresse générale.

Les sentiments de vive piété qui animent certains de ces personnages les induisent parfois à des actes que rien ne saurait justifier à nos yeux. Qui oserait aujourd'hui excuser cette Constance qui, sans respect pour ses devoirs d'épouse et de reine, donne au peuple l'exemple de l'insubordination? Qui ne tiendrait

pour traître ce Bernard, qui l'encourage et exalte si imprudemment son zèle religieux ? L'Espagne du xvii« siècle n'en jugeait pas de même et vénérait comme une manifestation de la grâce céleste ce que nous flétririons comme un crime. La conduite d'Alphonse VI, moins condamnable en cette dernière circonstance, est loin toutefois d'être exempte de blâme. On peut admettre que l'insistance des Mores ou une intervention divine l'aient dégagé d'un serment prononcé dans un accès de colère. Mais toutes les arguties des commentateurs expliquent-elles suffisamment son manque de foi envers la famille de son bienfaiteur Almenon ? Ce sont là des mœurs du Moyen Age qui échappent, il faut en convenir, au contrôle de la conscience moderne.

Il existe diverses œuvres poétiques relatives au siège de Tolède.

Rappelons que l'un des deux autos de Valdivielso représentés en cette ville pour les fêtes de 1616 racontait comment la sainte image fut retrouvée après quatre cents ans.

Dans la première liste de Elperegrino en su patria (1604) figure une comédie de Lope de Vega ayant pour titre El cerco de Toledo.

On attribue au même auteur une pièce, El hijo por engaño, y toma de Toledo, publiée tout récemment dans le tome viii de ses Œuvres complètes par l'Académie espagnole. C'est une œuvre des plus médiocres, et peu digne du génie de Lope.

Une pièce, due à la collaboration de huit poètes, Conquista de Toledo y rey don Alfonso el VI, se trouve mentionnée dans le Catálogo del teatro antiguo español de La Barrera.

El rey don Alfonso, él de la mano horadada, de Luis Velez de Guevara, est une comédie burlesque où l'auteur, sous forme de parodie, nous décrit le séjour du roi à la cour d'Almenon et sa fuite de Tolède.

Dans Los mozárabes de Toledo, Juan Hidalgo s'est souvenu du poème de Calderón, auquel sa pièce est bien inférieure sous tous les rapports.

Un romance, traduit par Damas Hinard, Romancero espagnol, t. II, p. 127, nous apprend Comment, par les soins de la reine Constance et de Varchevêque Bernard, la mosquée de Tolède fat changée en église,

Antoine de Latour, dans son livre plusieurs fois cité, Tolède et les bords du Tage, adonné une analyse et plusieurs extraits traduits de La Vierge du Sagrario.

Remarquons enfin que Calderón ne fut ni le premier, nlle seul à choisir, pour héroïne d'un poème dramatique, une statue de la Vierge. Il serait facile de citer au moins une douzaine de comédies de différents auteurs où sont racontées les légendes des principales images que l'on vénère en Espagne.

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