LÉOCADIE
Ildefonse, par toi vit ma souveraine. Par toi le palmier est verdoyant, l'olivier chargé de fruits; la source d'eau vive que nous dispensent les cieux couleà pleins bords en son canal. }*ar loi le verger est clos, l'eau du puits abondante, le miroir sans tache. Par toi le soleil brille sans nuages et la lune n'a point décru. Par toi la tour sublime touche du fiont le ciel, dont les portes de saphir par toi sont ouvertes et le seront à jamais. Par toi l'aurore blanche comme neige pleure des déluges de perles. Par toi s'épanouissent l'iris, la giroflée, toutes les fleurs. Par toi vit ma souveraine. Et, en attendant la palme triomphale que tu dois solennellement recevoir un jour, elle m'envoie te dire en son nom que sa divine mémoire retient, écrit en leltresd'or, le livre glorieux (9) qui chantera éternellement l'heureux triomphe de sa pureté et de son honneur. Elle le conserve en son trésor, hors des atteintes de votre adversaire commun ; et elle même descendra pour te faire don d'un vêtement et pour embrasser la Yierge du Sagrario.
iLDtFONSE.
Arrête, belle martyre. Si j'ose porter sur l'élue du ciel une main pieuse, je te retiendrai par ton voile.
(Il saisit son voile.)
RECISUNDO.
Oui, gardons-le comme une chère relique. Et, dût mon juste zèle m'inciter à un sacrilège, je couperai de ma dague ce voile miraculeux. Un glaive, alors que tu
vivais, osa mutiler l'ivoire de ton cou ; aujourd'hui, ô pur esprit, j'ose à mon tour couper ton voile. (n lo coupe.
Un morceau reste aux mais du roi,Tautre aux mains d'Ildefonse.)
ILDEFONSE
Remonte à présent aux cieux, nous laissant cet inestimable cendal pour enrichir le trésor de ton église (10).