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LE
SUR
E vide Ibernia fabulosa, dove
Il santo veccbiarel fece la cava
In che tanta mercè par che si trove,
Che l'uom vi purga ogni sua colpa prava.
Ariosto.
Je n'ai pas la prétention d'entreprendre ici, à propos d'un drame espagnol, une étude critique sur la légende de saint Patrice. Pour la suivre depuis son origine littéraire jusqu'à sa forme la plus parfaite, du XI'' chant de V Odyssée jusqu'à V Enfer de La divine comédie, pour examiner comment le mythe païen s'est transformé en croyance catholique, ses développements, ses ramifications, etc., plusieurs années d'un travail assidu et spécial seraient à peine suffisantes. Analyser cette légende comme elle mériterait de l'être, ce serait écrire l'histoire des idées, des lettres et des arts au Moyen Age. La seule énumération bibliographique des ouvrages relatifs, de près ou de loin, à saint Patrice,. formerait un volume compacte. Je ne me flatte ni de les avoir tous lus, ni d'en connaître seulement tous les titres. Dans cette vaste collection, j'ai consulté de préférence ceux qui furent les plus répandus en Espagne, au xvu^ siècle, ceux (¿ne Calderón a pu consulter lui-même.
Patrice (1) naquit en 371 à Nemthur, village d'Ecosse qui, de ce fait, prit par la suite et porte encore le nom de Kirkpatrick. Il eut pour père le diacre Calpurnius, fils du prêtre Potitus ou
1. Son nom patronymique était Succat. « l'atricius, nations Britnnnus, nomine patrio Succat... >. Schœnemanni notitia historico-llLteraria in S. Patricium. — Voir Migne, Patrologie latine, tom. LUI, p. 705; la Vie de saint Patrice attribuée à Béda, etc.
Otidus, et pour mère Concessa, sœur de saint Martin, évêque de Tours. Certains de ses biographes, les BoUandistes entre autres, citent jusqu'à une dizaine de ses ascendants paternels. Il n'avait guère que dix-sept ans lorsque les Irlandais, ayant débarqué en Ecosse, le firent prisonnier et l'emmenèrent dans leur pays. Chargé de la garde des troupeaux, il fut affranchi, après plusieurs années d'esclavage, ou réussit à s'échapper. Il passa sur le continent, visita saint Martin de Tours, saint Germain d'Auxerre et le pape Célestin I°^\ qui lui conféra la dignité épiscopale et lui donna pour mission d'aller catéchiser l'Irlande. En 447, il était de retour en cette île dont les habitants, témoins de ses nombreux miracles, se convertirent à la religion chrétienne. Il fonda des églises, réunit des synodes et mourut, en 493, à l'cige de cent vingt-deux ans. Tels sont les faits généralement admis comme authentiques et qui semblent se dégager de textes presque toujours fabuleux, en certains cas contradictoires.
Quelque vagues, quelque réduits que soient ces renseignements, ils n'en ont pas moins donné lieu à nombre de controverses. Certains critiques tiennent pour imaginaires les voyages de Patrice à Rome et en France, et sa parenté avec saint Martin. D'autres — et c'est la plupart, — distinguent deux personnages à peu près contemporains ayant porté le nom de Patrice. L'un prêcha l'évangile en Irlande, l'autre continua l'œuvre de son prédécesseur et fut le premier évêque de l'île. Ainsi se trouverait expliquée la longévité extraordinaire que la légende prête au saint. Enfin, d'après une opinion publiée récemment en Angleterre, Patrice n'aurait jamais existé.
Quoi qu'il en soit, on connaît de lui quelques ouvrages écrits en un latin assez rude.
Ce sont :
Une Confessio, sous forme de lettre adressée aux Hiberniens, dans laquelle on trouve, mêlés à des considérations pieuses, un petit nombre de détails autobiographiques;
Une Epístola ad Coroticum, seu potins ad christianos Corotici tyranni subditos. Coroticus était souverain d'un petit état dans la Cambrie (pays de Galles);
Le texte d'un premier Synode, rédigé en trente et un canons;
Neuf Canons complémentaires ;
Eniin un deuxième Synode, en trente-auatre canons, auquel prirent part les évêques Auxilius et Isseriiinus.
On lui attribue encore contre toute apparence :
Une Charta seu Epístola de anliquitale Avalonica;
LE PURGA.TOIRE DE SAINT PATRICE 271
Le livre De abusionibus sœculi, inséré également dans les œuvres de saint Cyprien et de saint Augustin ;
In Sermo, publié par Richard Stanihurst dans sa Vita sancti Palricii, Anvers, Christophe Plan tin, 1387, et par Thomas Messingham, à la suite de son Florilegium insulds sanctoram, Paris, Séb. Gramoisy, 1624;
Enfin le traité De tribus habitaculis, connu aussi sous le titre de De gaudiis electorum et poenis damnatorum. Nous aurons à reparler de cet opuscule qui semble être l'œuvre de saint Augustin.
Passant de l'histoire à la légende (1), relatons quelques-uns des événements merveilleux dont saint Patrice fut le héros. Une soixantaine de morts ressuscitèrent à sa voix. Il convertit à la foi de Jésus les filles de Milcho, son ancien maître, et celles du roi Leogarius (2). Ses miracles confondirent les sorciers et les mages. Il se retira à l'exemple du Christ sur une montagne où, après un jeune de quarante jours, il obtint du ciel des grâces exceptionnelles en faveur des Irlandais. C'est lui qui, se substituant à Dieu, viendra connaître de leurs fautes au jour du dernier jugement. Ses pieds, en foulant leur sol, en ont chassé à jamais les serpents et autres animaux venimeux. A l'époque de sa mort, une lumière d'une douceur incomparable rayonna sur
1. M. Constanlin Balmont, qui prépare une traduction russe de £J¿/)Mrgatorio de san Patricio et qui m'a fait l'honneur de s'intéresser à mon travail avec une bienveillance si amicale, me communique la tradition suivante : « En 388, la piété extraordinaire de saint Patrice s'était rendue si outrageante pour le diable, qu'il incita contre lui toutes les sorcières qu'il y avait en Ecosse. Elles assaillirent en bande Patrice, qui, étonné, se mit à fuir vers la rivière Clyde, à l'embouchure de laquelle il trouva un petit canot dont il s'empara en hâte pour se diriger vers l'Irlande. C'est une chose bien connue que, les sorcières, en poursuivantleur proie, ne peuvent traverser l'eau courante. Mais celles-ci arrachèrent un bloc monstrueux du rocher voisin et le ruèrent contre Patrice. Cependant, elles avaient mal visé. La masse tomba sur terre sans atteindre le fugitif. Plus tard, cette masse de terre, après avoir subi quelques changements artificiels, devint la forteresse de Dumbarton. » Charles Kirckpalrick Sharpe, The history of wilchcraft in Scotland^ London, 1884, p. 19-20. — Les dates de cette curieuse légende concordent avec celles que j'ai indiquées ci-dessus. Patrice, né en 371, avait en 388 dix-sept ans, âge qui était effectivement le sien lorsqu'il fut emmené en captivité. Toutefois cette tradition doit, semble-t-il, être purement locale.
2. Chez Calderón, ce n'est pas le roi lui-même, mais un de ses serviteurs, qui porte ce nom. On verra, en lisant le drame, tout le parti que le poète a su tirer de ces deux épisodes.
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l'île, et ni le crépuscule, ni les ténèbres n'assombrirent lliorizon, pendant les douze jours que durèrent ses funérailles. Mais tous ces prodiges et bien d'aulres encore, fréquents d'ailleurs dans l'histoire des saints, semblent s'effacer devant la gloire du fameux puits dont tant de plumes ont décrit les merveilles.
Les Hiberniens, au moment où Patrice porta l'Evangile parmi eux, étaient bien ces barbares que Calderón a fait revivre dans son drame. Vêtus de peaux, plus voisins de la bête que de l'homme, ils ne croyaient qu'à deux choses : la naissance et la mort. En leurs consciences troubles la doctrine des peines et des récompenses éternelles ne pénétra que lentement, acceptée à regret. Malgré tant de miracles, un doute les possédait encore, 11 leur fallait, pour ci^ire aux délices du Paradis et aux tourments de l'Enfer, une preuve palpable, matérielle, qui s'imposât à leur esprit par l'intermédiaire de leurs sens. L'apôtre, invoquant la divine providence, frappa la terre de son bâton. D'une crevasse aussitôt des flammes et des rumeurs s'exhalèrent. Une communication venait de s'établir entre l'humanité et les régions invisibles. Patrice déclara que quiconque descendrait dans l'abîme et y resterait vingt-quatre heures en butte aux persécutions des démons, sans faiblir ni retourner en arrière, expierait ses péchés en cette vie et gagnerait le Ciel, après sa mort, sans passer par les feux du Purgatoire.
La caverne où s'ouvrait la bouche du souterrain était située dans une petite île, qui porte aujourd'hui le nom d'île de Saint- Davoc, au milieu du lac Berg, dans le comté de Donegal. On en ferma l'ouverture au moyen d'une porte protégée elle-même par un enceinte en maçonnerie. La garde en fut confiée aux moines augustins d'un couvent fondé dans l'île à cet effet. Les pénitents qui désiraient tenter l'épreuve du Purgatoire étaient astreints à certaines formalités et devaient, plusieurs jours durant, se livrer aux mortifications et à la prière.
J'emprunte à un livre.de Montalban (1) ces détails, qui n'on pu trouver place dans^l'œuvre de Calderón :
1. Vida y purgatorio del f/lorioso S. Patricio, arzobispo y primido de Hibernia, e<crita por el doctor Juan Pérez de Mont'dvan... La première édition parut en 1627. Celle que j'ai sous les yeux est de Madrid, Bernardo Peralta, 1723. J'ai vu une traduction française sous ce titre : Histoire de la vie, miracles et du Purgatoire de S. Patrice, archevesque et primat d''Hyhtr/iie, mise en franrois par le R. P. François Bouillon, de iordre de S. François, Paris, Charles Rouillard, 1()43, Brunet, qui ne parle pas de cette traduction, en cite une autre antériouro :
Il-; kl RGATOII'.E DE SAIM' PAlUlCii 27 3
« Il n'est pas permis à tout le monde d'entrer dans la caverne. Lorsque quelqu'un manifeste cette intention, l'on interroge d'abord sa conscience avec la plus grande rigueur, et l'on s'informe s'il est doué d'une bravoure, d'une résolution ou d'une sainteté à toute épreuve. L'information est-elle favorable, le postulant va trouver l'évêque de ce pays, lequel, après lui avoir représenté tous les dangers qui l'attendent, lui donne une lettre pour le prieur du monastère. Une lagune entoure l'île de détours si tortueux qu'il ne faut pas moins de neuf jours pour les franchir. Le pénitent prend place dans un bateau si étroit que son corps y contient à peine. Tant que dure la traversée il doit jeûner au pain et à l'eau, et le pain sans levain ni sel est le seul qui lui soit permis. Aussitôt arrivé, il remet la lettre et prend deux jours de repos, après quoi il fait la confession générale de ses péchés, se rend à l'église pour implorer la protection de Dieu, et va baiser une pierre où saint Patrice laissa l'empreinte de ses jtieds. Ces premiers devoirs accomplis, le prieur lui assigne une cellule dite pénitenlieUe ^ réduit à peine plus spacieux qu'un cercueil, où il reste sept jours, défunt au siècle et occupé de faire pénitence. Chaque jour, cependant, il descend sept fois à l'église et passe chaque fois une heure en oraison mentale. Ces pénitents vont nu-pieds et chacun d'eux s'inflige des mortifications proportionnées à ses forces. Tel se charge de chaînes; tel autre couvre sa bouche d'un bâillon ; d'autres revêtent un ciliée ou meurtrissent leurs épaules sous le fardeau d'une lourde croix. Ils ne sont pas au nombre d'un ou de deux seulement, car, au dire d'un auteur moderne, il s'en trouva jusqu'à quinze cents réunis ensemble. Le soir du huitième jour^ celui qui persiste en son dessein est enfermé dans une cellule plus profonde encore que la première, sans lit ni siège, où il emploie son temps à })rier Dieu et à se remémorer sa vie passée, au cas où il lui resterait quelque faute à confesser. A partir de ce moment, il ne boil ni ne mange, et se contente d'un peu d'eau pour humecter et rafraîchir ses lèvres. Le dernier jour, qui est le neuvième, le prieur, ayant convoqué tout le cleigé des environs et tous les habitants du voisinage, descend avec lui à l'église, reçoit une dernière fois sa confession, lui administre la Sainte-Eucharistie et célèbre à son intention, comme s'il était déjà trépassé, une messe de requiem. Puis, du haut de la chaire, il dépeint en un
¡M vie adinirable du grand saint Patiice, patriarche d'Hihernie. avec Vkisloire véritable de son fameux et tant renommé purgatoire, Iraduile en f'rançois par F. A. -S. Chartreux, Bruxelles, Schoeuaert, 1638.
là
2 7/í NOriCE SUH
discours cITrayanl les dangers du Purgatoire, dangers qui s'('vanouiront d'eux-mêmes si le pénitent ferme l'oreille à l'astuce des démons, refuse de revenir en arrière et invoque le nom de Jésus. Le prieur l'embrasse et le bénit, puis, clercs et laïques, précédés d'une croix et chantant des litanies, le conduisent processionnellement jusqu'à l'entrée de la caverne. La porte se ferme et on ne revient l'ouvrir que le lendemain, à la même heure. Si le pécheur a triomphé des épreuves, on le retrouve vivant et chacun, l'accompagnant jusqu'à l'église, adresse au Seigneur des actions de grâce. Mais si, par malheur, il n'est pas là, la tristesse se peint sur tous les visages, car alors sa perte est certaine (1)-.»
Telles étaient les cérémonies qui se pratiquèrent pondant de longs siècles. Quant à ce que l'on voyait dans les profondeurs de la caverne miraculeuse, Calderón ]ious l'apprendra par la bouche de Ludovic Enius. Ajoutons que le pape Alexandre VI ordonna la destruction du souterrain, par prudence sans doute; ou le roi Henri VIII, par haine religieuse. Mais ce fut seulement dans le premier tiers du xvii'' siècle que l'on combla défmitivement le Puits-saint-Patrix. A sa place s'élève aujourd'hui une église où les pèlerins accourent encore en foule pendant les mois d'été.
S'il faut en croire la tradition, nombre de pécheurs repentants allèrent jusqu'au bout de leur périlleux voyage et purent conlempler les splendeurs du Paradis terrestre, après avoir échappé à tous les supplices de l'Enfer. Mais il n'est pas toujours facile de distinguer ces héros les uns des autre-, et Timagination populaire semble avoir confondu, depuis les temps les plus lointains, leurs |thysionomics diverses pour en former une figure unique. Ce personnage, soudard converti auquel les vieux poètes anglais ont donné tour à tour le nom de « Owain, Ouen, Oven, Ewen, Owein, Owen, est messire \vain, fils du roi Urien, l'un des vassaux du roi Arthur, et lun des chevaliers de la Table- Ronde, dont notre célèbre Chrestien de Troyes a rimé les aventures dans le roman du Chevalier au Lion, sans cependant parler de son voyage en Paradis et en Enfer (2). » Ce nom, que les écrivains français du xvi" siècle écrivent encore Oben s'est transformé, dans le livre dé Fray Dimas Serpi (3), par exemple,
i. Montalban, ouvrage cité, eh. v.
2. B. de Roquefort, dans le t. II des Poésies de Marie de Firince, poète avglo-normand duxin^ siècle, Paris, Marescq, 1832.
8. Tratado del Purgatorio contra Lulero ?/ otros heref/es, Barcelona, 1604, cap xtv.
en celui de Agncyiis, dont les Espagnols du xvii° siècle ont fait Liidovico Enio, Ludovic Enius. On trouve aussi la forme (Mnius, qui se rapproche davantage de l'orthographe primitive.
A côté de ce héros plus ou moins fictif, il convient d'en citer un autre, qui Joua dans Thistoire un rôle politique et militaire. Si sa descente au Purgatoire n'est qu'une fable inventée ii plaisir, du moins ne peut-on mettre en doute l'authenticité de son nom et de son existence.
Voici ce qu'on lit^ à ce sujet, dans un livre de l'irlandais Philippe O'Sullevan, Hütorix catholicœ îberniœ compendium, Lisbonne, Cr£esbeck, 1621, f° 14 v° :
« Unam referam historiam, quam ante hac nunquam, qiiod ego sciam^ latiaitate donatam ínter liturarios meos invenio. Itaqiie, cum agerem in Curia Catholici régis florentissima, cum non nullis viris eruditis et acerrimis antiquitatis indagatoribiis mihi non ingrata familiaritas intercessit. Ex eis imus mihi accommodavit lihellum manuscriptum, qui Ramonis Vicecomitis nobilis Hispani profectionem in Divi Patritii Purgatorium, ibi casus, indidemque reditum continehat. Fuit autem ipse codicillus inscriptione fidem faciente^ ab eodem Vicecojnite compositus lemosina lingiia {ita vocatur priscum idioma eorum Hispanix populorum, qui hodie sua lingua Catalani niincupantur) et opera Fratris Francisci Ximenis è Franciscana Mtnorum religione Episcopi Elnw, et Hierosolymitani Patriarchœ cum aliis codicibus in unum volumen redactus. Quod volumen typis mandatum Ruscinone quod oppidum hodie Perpinnana dicitur, in Cœnobio Divi Patriarchœ Francisci Seraphici, ubi et Vicecomes est sepulchro conditus, adhuc extare, fertur. Ex hoc libro fuit Vicecomitis historia per ¡nterpretem non satis expolitum in Castellanum sermoncm, qui sua elegantia et propagatione apud Hispanos principatum sibi vendicat^ translata. » Partant de là, O'Sullevan traduit à son tour, ou plutôt imite en latin, le manuscrit roman, qui forme^un des livres {Tomus I, liber II) de son ouvrage.
Le Ramon dont il s'agit n'est autre que Ramon de Perellos ou Perillos, vicomte de^tioda (1), dont parle souvent Zurita, dans
1. « Le 13 février de cette année (1391), le roi (D. Juan I), se Irouvan à Saragosse, donnaje^titre de vicomte de Perellos à don Ramon de Perellos, vicomte de Roda, lequel se nomma dès lors vicomte de Perellos et de Roda. » Znrila.. Anales, lib. x,cap.xLvii. — « Le misérable petit hameau de Perillos, perdu dans les Gorbières, a été le siège d'une vicomte et son château, dont les/uines se voient encore — La castell dal segnou — a été le berceau d'une des familles les plus illustres du Roussillon. » Pierre Vidal, Guide historique et pittoresque dans le déparlement des Pyrénées-Orientales,
ses Anales de la corona de Aragon. Ce gentilhomme, plein de reconnaissance pour D. Juan I d'Aragon dont il avait reçu maint bienfait, descendit, après la mort du roi, au Purgatoire de saint Patrice, afin de s'assurer par lui-même si l'âme du monarque était en voie de salut. Voilà du moins ce que raconte la tradition ; car on ne trouve pas trace de cette aventure merveilleuse dans les Anales de Zurita.
La relation mentionnée par O'Sullevan existe-t-elle en effet dans un des livres de Francisco Ximenez ou Exemeniz? C'est fort possible. L'évêque d'Elne (1), confiant en l'astrologie, prophétisait à l'occasion et avait l'esprit enclin àbien des croyances superstitieuses (2). Mais il a laissé des œuvres en assez grand nombre, dont les éditions, datant de la fin du xv^ siècle, se trouvent aujourd'hui dispersées. La plupart sont très rares. Parmi celles que j'ai pu consulter, je n'ai rien vu concernant Ramon de Perellos. En revanche, M. le marquis de Castellane a publié dans le tome P^' des Mémoires de la société archéologique du Midi de la France (3) un opuscule en langue romane, relatant le voyage de Perellos au Purgatoire, et qui doit certainement être celui auquel il est fait allusion dans le livre d'O'Sullevan. Malheureusement, l'éditeur ne nous donne aucun détail précis sur le manuscrit dont il imprime des fragments assez étendus. Où a-t-il vu ce manuscrit? d'où provenait-il? Pas un mot de tout cela. Nous devons nous contenter d'apprendre qu'il porte la date
Perpignan, 1879, p. 11. — Roda est située en Calalogne, près de Vich. Quant au titre de baron de Serret ou Géret, que certains auteurs donnent à D. Ramon, il est tout à fait inexact. « Les Perellos ne furent propriétaires du fief de Céret qu'à partir des premières années du xv^ siècle. L'une des cloches existantes à l'église de Céret s'appelle La Perellona et fut fondne au xv« siècle. On n'a jamais connu que des seigjiews de Céret... Le Couvent des Frères .Mineurs ou de Saint François est devenu THôpital militaire de Perpignan. Le tombeau, qui devait exister encore à l'époque d'O'Sullevan, a depuis longtemps disparu. » — Je dois tous ces détails à l'obligeance et à l'érudition de M. Pierre Vidal, bibliothécaire de la ville de Perpignan, auquel je suis heureux d'exprimer ici ma bien vive reconnaissance. C'est grâce à ses indications que j'ai puliré la relation manuscrite de 1466, si importante pour mon sujet, et dont je parlerai ci-après.
1. Francisco Ximenez fut nommé évoque d'Elne en 1409, année même de sa mort. L'évêché d'Elne fut transféré à Perpignan en 1G02.
2. Il avait prédit notamment dans El crestià, o régiment de Princeps que, en l'an 1400, il n'existerait au monde qu'un seul roi, lequel serait le roi de France.