CHAPITRE PREMIER
DES ORKilKES AU XV^ SIÈCLE
Origine humble et obscure de la ville. — Sa division en deu.K centres : AH-Dresdeii et Neu-Dresden. — Le margraviat de Misnie. — Dresde au moyen âge. — Établissement du pont et de la Bnrg. — Eglises et édifices de cette époque. — La statuaire du xv<= siècle.
Géant né des Alpes, le Rhin semble charrier dans son cours irrésistible, une force liquide indomptée, une frontière vivante. On dirait que,
de tout temps, la Nature la destiné à séparer des races et des territoires
L'Elbe, au contraire, une fois qu'elle a franchi la barrière des Monts métalliques et les défilés de la Suisse saxonne, épand des eaux moins impétueuses dans une vaste plaine qu'elle fertilise. On sent qu'elle est faite pour relier plus que pour diviser Et l'histoire nous montre qu'elle
a été maintes fois, au grand dommage de la Saxe, le couloir des invasions de Bohème en Allemagne et d'Allemagne en Bohème.
On suppose quoriginairement.unede ces invasions venues de Bohème aurait peuplé la vallée de l'Elbe entre Pirna et Riesa, refoulant devant elle les autochtones, peuplade de souche suève. désignée dans les anciens auteurs sous le nom de .Alysiens. Ces autochtones, l'érudition allemande tient essentiellement à faire admettre comme démontré qu'ils étaient de race germanique. Peut-être cependant avaient-ils déjà évacué le pays à l'époque de la migration des peuples. Au VT siècle de l'ère chrétienne, vraisemblablement lorsque les Avares firent irruption dans la Tluiringe, derrière eux arrivèrent les .Slaves. Ils échelonnèrent leurs huttes sur pilotis le long des cours d'eau, car les Vendes vivaient de la pèche au moins autant que de l'agriculture.
C'est donc aux Sorbes — tel est le nom de la tribu vende qui se fixa dans la vallée de l'Elbe, — qu'est due la création de Dresde. Tout d'abord, ils élurent domicile sur la rive droite. Dans la forme quasi-circulaire du marché de la Neiistadt, les historiens voient la cellule du hameau vende, bâti, selon la coutume slave, en cercle autour d'une place ouverte. Le rapide courant du fleuve n'empêcha pas les hardis pécheurs de pousser une colonie sur la rive gauche, plus favorable peut-être à leur industrie. L'Elbe s'étendait alors librement dans une prairie d'alluvion, trouée de laoons poissonneux, depuis longtemps comblés. Ils figurent sur les plans anciens de Dresde et leur existence est affirmée par des noms de rues et de faubourgs conservés jusqu'aujourd'hui : Adi Src', Sffsfrcissf. Sccvorstadt.
La colonie de la rive gauche s'établit sur la berge même, à l'endroit que désigne encore le nom de Fisclurgassc rue des Pêcheurs}. D'autres essaimèrent le long de deux ruisseaux affluents de l'Elbe, la "Weisseritz à l'ouest, et la Kiiïnitz à l'est, et formèrent là l'embryon des futurs faubourgs de Dresde. Les Sorbes demeurèrent ainsi fixés dans cette région fluviale, adonnés à la pèche, à la culture, à l'élève du bétail, aux travaux du forgeron et du potier, quand la puissance germanique se fit sentir à eux. Charlemagne et ses successeurs dirigèrent contre eux plusieurs expéditions militaires sans parvenir à les soumettre. Le premier, le roi Henri I" (l'Oiseleur} prit pied dans le paj's des Dalriiiin;iir et y fonda la forteresse de Meissen, sur un mcher dominant l'Elbe (928). Cette con-
I. Le mot : Sce signifie : lac. Le nom même de Dresde proviendrait de l.i racine : Drcsgii, c'est-à-dire en langue vende, foret marécageuse, à lac|uelle s'ajoute le suffixe : jaii, qui signifie : habitants. DrcsJjaii a donc comme sens : habitants du marais.
trée fut plus tard convertie en < marche ». afin de contenir les populations slaves.
A la suite des conquérants chrétiens, vint le clergé qui tenta la conversion des Sorbes. En g68, un évèché fut fondé à Meissen. Pendant tout le moyen âge, Dresde dépendit de sa juridiction ecclésiastique ; dans
rii.ito U.iDistjLMi;:!.
La Krcii:^kiiclk\ depuis le .xvi' siècle, d'après le tableau de B. Bellotto. dit Canaletto.
l'ordre politique, le village vende était rattaché à la bitrgzcardr de Briessnitz, bâtie sur l'Elbe, un peu en aval.
C'est en 1206 que Dresde est, pour la première fois, nommée comme ville, dans un jugement rendu par le roi Philippe de Souabe sur un débat élevé entre l'évèque de Meissen et le burgrave de Dohna. On en conclut qu'elle était déjà fortifiée et l'on attribue ces premiers travaux de défense à Wiprecht de Croïtsch qui, au siècle précédent, avait obtenu en fief, de Henri de Eulenburg, margrave de Meissen, la région de Nisani dans laquelle se trouvait comprise Dresde.
Apartirde Henri de Eulenburg. le margraviat devint héréditaire dans la maison de Wetlin. I.un des plus illustres princes de cette lignée, Conrad le Grand 1 124-1256) fut le véritable fondateur de la puissance des Wettin ; il annexa à la Misnie la Lusacequi, tant de fois, devait lui être arrachée. Après sa mort, ses biens furent partagés entre ses cinq fils. A l'aîné. Othon (i 156-1 190), échut Meissen. qui appartint successivement à ses deux fils Albert et Dietrich
La Misnie. puis le duché, l'Electorat, enfin le royaume de Saxe, eurent .ses descendants pour souverains.
L'agglomération slave s'était fixée successivement, on l'a vu, sur les deux rives de l'Elbe. Un bac suffit d'abord à assurer les communications : mode de passage imparfait et d'existence précaire, à la merci des inondations. De plus, les relations des habitants des deux rives avaient ouvert une voie de pénétration du nord au sud. Le besoin crée l'organe : il fallut donc établir un pont. D'après la chronique de Meissen. — • manuscrit du moj-en âge, — le premier passage permanent fut un pont de bois dont les chevalets, au XIT siècle, furent remplacés par des piles en pierre.
Les deux premiers monuments de Dresde furent le pont, encore très primitif, et la Biirg des margraves, placée sur une éminence de la rive gauche, le Taschcnbcrg. On ignore si le fondateur fut le margrave Dietrich '1197-1221) ou son père. Othon le Riche. Aj^puyée aux murailles de l'enceinte, elle commandait l'entrée du ])i>nt
La configuration delà ville a donc été déterminée par des raisons topographiques et militaires. La cellule de X Altstadt actuelle, qui. à cette époque, s'appelait, au contraire, Ncii-Drcsden, par opposition au village slave primitif de la rive droite. AltcnDrcsden (vieux Dresde). — fut circulaire, a)-ant son centre à la place du marché [V Altmarkt), desservi par trois voies principales Une route le traversait du sud au nord : la Sccstrassc continuée vers le fleuve par V Hlbgassc : les deux autres se dirigeaient vers l'est et vers l'ouest. .Sur la WHischcgasse, aujourd'hui nommée Wilsilriifferstrassc (c'est-à-dire rue ou route conduisant à AVilsdruff. petite ville des environs). ]iar où l'on se rendait à Freiberg. déjà connue au xii" siècle, comme centre minier, s'alignaient ]iarallèlement toutes les rues à l'ouest de l'artère centrale et cette disposition a persisté jusqu'à notre temps A l'est du marché, l'alignement se conformait plutôt à la direction sud-nord
Au point de vue du culte. Dresde dépendit d'abord de Briessnitz ; au xr siècle, l'évêque de Meissen créa une église à Dresde même pour la
conversion des Vendes. Ce fut la première Fraiicnkirchc (Notre-Damejr; elle était placée hors des murs, à l'est de la cité.
Dans l'enceinte même, la plus ancienne église du moyen âge est la Krcii;kirchc. Au début du xiii" siècle c'était un très modeste sanctuaire.
Intérieur de la Sopliienkii che .
Pliolo T.iTiiiiie.
Au fond l'autel érigé par J. M. Nosseni.
d'abord dédié à saint Nicolas, patron des pêcheurs. En 1324, Constance, fille du duc Léopold d'Autriche, épouse du margrave Henri l'Illustre. apporta en don à .Saint-Nicolas un fragment de la vraie croix. Pour honorer la relique, on ajouta à l'église une chapelle qui fut appelée Krcn;kûpelle. Au xiV siècle, le nom de Kreii^kirrhe désignant l'église tout entière, se substitua au nom primitif; il lui est resté jusqu'à nos jours. L'église Sainte-Croix devint un lieu de pèlerinage : une partie des offrandes
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versées par les fidèles, était, en vertu d'un bref du pape Jean XXll, — daté d"Avig-non en i^iq, — affectée à l'achèvement du pont de Dresde, c'est-à-dire au remplacement du tablier en bois par une voûte en ]jierre. le standgihl inijjosé aux marchands ne suffisant pas à couvrir la (lèi)ense de la conslructioii
]-a première Krciickirclir. d'aspect peu monumental, fut presque entièrement détruite par un incendie le 15 juin 1491. Reconstruite sous la forme d'une é.triise gothique à trois nefs, ])ortées par six piliers, elle subil à la fin du xvr siècle, une transformation complète. De 1579 à 1584, on lui donna pour façade une masse cubique à sept étages surmontée de trois clochers en couijole. dont deux petits. Plus vaste et plus haut, celui du milieu était surmonté d'une luiule lanterne ; le i^orlail à plein cintre, à quatre pilastres toscans, d'un fronton orné de statues re])résentant la Tentation de Notre-Seigneur
Cet imnien.se édifice dont un tableau de Canalelto nous a conservé la fidèle image, s'effondra à la suite du Ijomljardement de Dresde par les Prussiens en lyfio. là la A'/-<7/{/o//-(7/( dut être recon.struite au XVIII" siècle, de fond en comble
D'autre ])art. l'église qu'a remplacée la F/'ûlUliki/'clic actuelle, était devenue tm]) exiguë i)our la population. Comme elle menaçait ruine, le Conseil la fil jeter Ikis en 1727. La Frciihiikirclic jjrimitive est mentionnée au XIV" siècle. Grâce aux descriptions de l'époque, on a pu déterminer qu'elle avait la forme d'une église romane à trois nefs, de trois travées seulement. Le chœur, d'un plan très irrégulier, fut transformé de 1447 à 1497 dans le style ogival.
Altcn-Drcsdcn possédait aussi une église très modeste, dédiée aux Trois Rois. Située au nord de la j^lace du marché, c'est-à-dire à l'entrée de la Haiiplslrassc actuelle, elle datait du début du XV siècle. Consumée par le formidable incendie qui, en 1685. dévora presque entièrement Allen- Dresden, elle fut rebâtie trois ans plus tard sur le même emjilaremenl par J.-C. Knc'iffel. On verra au chapitre v. jjour quelle raison elle fut également rasée et réédifiée un peu jilus loin.
Ainsi, les églises de Dresde les plus anciennes datent du xviii' siècle, à l'exception de celle que les l-'ranciscains élevèrent à l'usage du cloître fondé par eux au xiii'
Ce cloître s'éiendait dejjuis la Hiiri> jusqu'aux murs de la cité et de la grande Briidrrgassc ^dont le nom ra])i)elle la ])résence des moines} jusqu'au Taschenberg oii ceux-ci avaient leur janlin Tournée vers l'enceinte de la ville, comprise dans celle des bâtiments du cloître, cjui s'ouvraient
en face de la petite Bnu/crgassc. Tégiise date du xiii' et surtout du xiv° siècle. Dépourvue de clocher, elle n'avait pas d'aspect architectural. Quoiqu'elle ait subi beaucoup de transformations dont la dernière s'achève actuellement, c'est, de toutes les églises de Dresde, la seule qui, intérieurement au moins, ait conservé son plan du moyen âge et le style originaire de sa construction. Klle est formée de deu.v nefs jumelles dont la double abside, aujourd'hui dégagée, est tournée vers l'est: ces deux nefs sont divisées par cinq piliers. Les trois travées les plus rapprochées du chevet sont la plus ancienne partie de l'édifice. La voûte à nervures appartient à la seconde moitié du XV^^ siècle.
Saint-Sépulcre en pierre provenant de l'Église S.iint-Barthélémy.
Attenant au chœur sud, le baptistère était placé dans une chapelle particulière de forme irrégulière, fondée à la fin du xiv' siècle par Laurent Bussmann, qui fut quatre fois bourgmestre. Cette chapelle, dite Bitssiiiûiiii-Kûpi-lli\ renfermait un Saint-.Sépulcre en pierre, qui, après avoir été transporté à l'église Saint-Barthélém}' — démolie en 1839. — a trouvé un asile au Musée des Antiquités de la Saxe.
Au-dessous de la table d'autel, le Christ, mort, couvert à demi d'un linceul, est pleuré par les Trois Maries tenant en leurs mains des flacons de baume. A sa tête et à ses pieds, de petits anges, peu visibles, balancent des encensoirs. Sur le catalogue du Musée, ce groupe est donné comme de l'an 1400 environ. Un archéologue allemand, 31. Ed. Flechsig, le croit beaucoup plus récent (seconde moitié du XV siècle) . La statuaire encore gauche et fruste et l'armemenides guerriers armés, assis aux quatre angles, légitimeraient, à mon avis, l'attribution au XlV.
], introduction de la Réforme à Dresde, en 1539. déposséda les Franciscains de leur église. Le duc Henri le Pieux en fit don à la ville. Longtemps désaffectée, elle servit d'abord d'arsenal, puis, en 158g. d'écurie et de magasin à grains. Rouverte en 1602 comme temple réformé, grâce à l'Klectrice Sophie, veuve de Christian P^ elle porte depuis lors le nom de Sophioïkirchc. Quatre ans jilus tard, cette princesse y fit ériger un autel en marbres de couleur, par un artiste italien qui a joué un rôle important dans l'histoire artistique (le la Saxe. Jean-Maria Nosseni.
Derrière l'autel, sur la prédelU-, un relief d'albâtrerepréscnter//;67/7/<tion lii' la Cène, seule sculpture qu'en rais(jn de ses analogies avec le faire de Sansovino, on attribue avec fondement à Nosseni.
Dans la même église, on attribue aussi à Nosseni le relief en albâtre de l'Ensevelissement du Christ, qui ornait la chapelle nord-est. De nombreux personnages s'empressent autour du rorjjs. Dans le fond, on aperçoit les larrons en croix.
Le souvenir de l'artiste italien revit aussi dans le monuinenl funéraire à trois faces, (jue lui ont élevé ses élèves : Sébastien Walther et Hegewald. .Sur le devant, entre deux colonnes corinthiennes sujjportées par des consoles, un Eccc hoiiio d'une expression douloureuse, lin retour déquerre. sur les faces latérales, à gauche, Nosseni. un manteau drapé sur l'épaule, agenouillé, tourné vers Jésus ; à droite, ses trois femmes, à genoux également, en albâtre.
Du reste, les monuments funéraires du xvii* siècle étaient nombreux dans la Sopliioïkirche et les derniers travaux en ont fait découvrir encore. Le Sloill iiuismin les a recueillis, ainsi (lue les éi)ilaphes armoriées en bois peint et sculpté, appendues aux murailles
La SopJiiciikirclic possédait en outre un groupe en albâtre, de 1620, qui a été également transporté au Musée municipal. Les explicateurs voient ilans ce morceau de sculpture dont l'auteur est ignoré, la Lutte de la Mort et du Pcchè ; au second plan, le buste de femme nu symboliserait le Péché.
Au xviii" siècle. J.-C. Knôffel flanqua le chevet de la Sopliienkirche d'une tour qui fut démolie lors de la reconstruction de 1864. dirigée par l'architecte Arnold. L'extérieur fruste de cette église du xiii" siècle a revêtu depuis lors l'aspect d un ))astiche gothique avec façade ornée de deux clochers à flèches ajourées.
Grâce à l'e.vtinctiondes trois lignes collatérales, Dietrich avait reconstitué à peu près les domaines de Conrad le Grand Par ses alliances, il
sut accroître ses possessions ; il y réunit la Thuringe doii sa femme était originaire. L'union de la Thuringe aux marches sorbes favorisa les progrès de la colonisation allemande commencée au xr siècle et la culture du pays. Les Allemands essaimaient en de nouveaux villages, construits en face des villages vendes; ils apportaient leurs mœurs, leurs institutions. A Dresde, ils prévalurent bientôt sur le fond de la population slave, qui. tenue en mépris comme une race vaincue, inférieure, fut, à l'exemple des Juifs, reléguée dans un quartier contigu à lenceinte primitive. Le nom de ]\'iiidischegûssc' (aujourd'hui Gi7/(/'icstrassr , rue qui débouche sur le Jûdrnhof, a longtemps désigné ce quartier.
Le croisement des deux voiesde pé nétration : nord-sud, est-ouest, détermina l'emplacement du marché (VAllmarckt actuel).
La nécessité d'abriter les comptoirs, de remiser les marchandises, y fit ériger un Kaiifliûiis (entrepôt!. Le local
servait en même temps aux réunions des magistrats de la cité. l'Illustre avait déjà accordé des privilèges aux bourgeois, son successeur Albert II, en 1301, octroya à la ville une administration municipale. Le nom de Rathaiis (hôtel de ville) se substitua donc peu à peu à celui de Katlfliûiis Le bâtiment qu'il désignait, situé à peu près à l'extrémité nord de VAltniarkt, sur l'alignement de la Kdoiig-Johaiinstrassc actuelle, a été rasé en 1741 ; d'après les anciennes estampes, il n'était nullement comparable aux Rathaits gothiques si remarquables de tant d'autres cités d'Allemagne.
Le règne de Henri l'Illustre' 122 2-1 288) fut un des plus florissants que la Misnie ait connus. Depuis 1274, ce prince avait fixé, pour ainsi dire sa résidence à Dresde. A sa mort, des compétitions s'élevèrent entre ses héritiers.
Dans son excellente Histoire de Dresde au moyen âge, M. Otto Richter a raconté en détail comment, par suite des cessions ou échanges auxquels
La Lutte de la Mort et du Péché ^.Musée municipal: .
Henri
donnèrent lieu ces revendications contradictoires, la possession de Dresde passa des margraves de Misnie au roi Allemand ou au roi de Bohême, son vassal, enfin au margrave de Brandebourg qui profita de ces querelles pour s'emparer de la ville. 11 l'engagea bientôt à l'évèque de Meissen, moyennant une redevance, mais, en 1319. l'évèque Withego renonça à ses droits en faveur de Frédéric le Joyeux, un Wettin. De la sorte, Dresde rentra parmi les possessions des margraves de .Misnie. sans devenir leur
résidence permanente avant le xvr siècle.
J.a politique d'agrandissement des Wettin, fut entravée plusieurs fois jjar des guerres entre coUatérau.x ou par des partages entre cohéritiers ^i3f<-2. 1435, 1445!. Le dernier eut lieu en 1485. entre Ernest et Albert, les deux fils de Frédéric le Débonnaire, mort en 14O4.
C'est de là que date la ilivision de la Saxe entre les deux branches Albertine et Ernestine.
A cette dernière échut la Saxe électorale, formée des possessions occidentales et d'une partie de la Thuringe. L'autre partie : Lei])sick et Meissen, fut le lot d'Albert, le ciinslructcur de l'A/fvcthfsbiirg c[ui sera décrite dans le chapitre sur ^'^leissen.
Ces raisons politiques expliquent le rang très secondaire qui fut celui de Dresde pendant le moyen âge, vis-à-vis de Freiberg. la plus importante et la plus riche des cités des AVettin, et de .Meissen, résidence des margraves. Dresde, cependant, fut habitée pendant vingt ans par Wilhelm 1"' jusqu'en 1407, puis par les deux frères Ernest et Albert, qui, de 1464 à 14H5. ont régné conjointement. Leur présence eut une influence importante sur l'agrandissement de la Biirg. Au bâtiment principal, donjon quadranjrulaire, flanqué de tours, d'aspect rude et grossier, sans mérite architectural, deux ailes furent ajoutées, l'une le long de
Aspect de la liiirg au .\v siècle, d'après le modèle en bois du G) fines Gcuiilbi:
DES ORIGINES AU XV^^ SIECLE ii
VElbgassc (la Schlosstmssc actuelle;, puis, de 147 1 à 1476, laile de l'ouest, qui partait de la grosse tour, dite Haussmannstnriti et contenait une petite chapelle carrée, très simple. En 1477-1478, l'agrandissement fut continué par l'aile sud-est. Dans la quatrième face du château, la plus récente, était compris le bâtiment de la conciergerie, surmonté d'une tourelle appelée la Lanterne. On attribue ces constructions au remarquable architecte de V Albrechtsbiirg. maître Arnold de Westphalie Les transformations opérées dans l'architecture du château, notam-
Rétable de lAdoration des Rois (Musée des Antiquités de U Saxe;. Début du xvV siècle. [Extrait de Flechsig : Die altertii:mammhuig in Dieiden.]
ment au xvr siècle et en 1899. ne permettent plus de se rendre compte de l'aspect de la Biirg des margraves au xv= siècle, autrement que par un modèle en bois conservé au Grilncs Gew'ôlbe'.
Par son jardin, la Biirg. du côté de l'ouest, s'étendait jusqu'au mur d'enceinte, où s'ouvrait la porte de Wilsdrïiff. bâtie en 1416. Du côté du nord, une petite place la séparait de VElbtor, qui formait un important ouvrage défensif à l'entrée du pont : l'une des deux autres portes, le Frauciitor, à l'est, date aussi de 1416; au sud-est, le Krciiitor. s'ouvrait à
I. Littéralement : Voûte verte. L'appellation remonte à 1610. On en a donné plusieurs explications ; la plus vraisemblable est tirée de la couleur originaire des murailles,
qui est encore celle du PrctiosensiUil.
,2 DRKSDE
l'extrémité de la Kriit;giissf. Atin de mieux couvrir le front nordouest, on établit de 1427 à 1458, un Z'^'ingcr. c'est-à-dire qu'on fortifia un terrain formant saillie entre la Biirg et le fleuve. L'invasion des Hussites qui, en 1429, brûlèrent les faubourgs de Dresde, avait démontré la nécessité de renforcer les défenses de la ville. Des tours furent érigées sur les courtines ; l'eau des fossés était empruntée aux petits cours d'eau comme la Ka'initz. qui arrose la Biirgcricicsc.
Dans cette enceinte vivait une population de cinq mille âmes à peine, encore très pauvre, logée dans des maisons de bois et de torchis, couvertes en paille. Au cours du XV' siècle, le Conseil et le souverain s'efforcèrent d'imposer l'emploi de matériaux plus résistants, moins inflammables, la maçonnerie, la brique, de substituer la couverture en tuiles aux toitures en bardeaux, surtout après (pic l'immense incendie de 1491 eut dévoré la moitié de la ville.
On s'explique dès lors qu'à pari Vtrhcr^ hexagonal golhi(iuc à l'entrée de la Schlosstrassc. d'ailleurs i)lusieurs fois restauré, il n'ait subsisté, comme témoignage de l'art de cette époque, que la statue de sainte Anne portant dans ses bras la Vierge et l'Enfant Jésus, provenant de l'ancienne Fraitcnkirchr, des statues de saints, recueillies par les musées, entre autres la Vierge en bois sculpté de la Maricnopothckc de 1460. et quelques rétables exposés au .Musée des Antiquités de la Saxe, installé au l'alais du <iraiid Jardin. Encore les dates inscrites sur les étiquettes sont-elles révoquées en doute jiar les archéologues.
Pour se rendre compte de l'état des arts plastiques en .Saxe au XV' siècle ou, si l'on admet la théorie de M. Flechsig. aux premières années du XV1° siècle, il faut cepentlant visiter ce musée. Au jjoinl de vue de la peinture, les deux volets d'un trijHyque de .Somsdorf près Dresde, dont l'un représente sainte Anne tenant dans ses bras la \'ierge et l'Enfant Jésus et sainte Edwige, sont encore d'une science bien primitive. Il en est de même de la plupart des retables^ de l'autel de Schandau (15141 où l'on voit le Christ et les Apôtres debout sur la prédelle, entre sainte Catherine d'Alexandrie à droite, et saint (Georges à gauche. Une na'iveté encore plus grande se remarque dans le retable de l'Adoration des Rois (1509) que l'on croit provenir de l'église des Trois Rois dans Alt- Drcsilcn] et ([iii. ajjrès l'incendie de 1685, fut transféré à l'église Saint- Barthélemv.
I. On appelli' erkcr in .\IlL'm;ii.'ne une Injjctte en encorbellement, runde. rectangulaire ou polygonale.
I,a Danse des Morts. — Première partie du cortège [Cimetière de la Neiistadlj.
chapitrp: II
LA RHXAISSANXE
xvi"^ siècle. — Agraiidiàsement de l'enceinte. — Le Château électoral et sa chapelle. — Influence de la Renaissance italienne. — Les goûts artistiques de l'Électeur Auguste I"'. — Miinument élevé sous son règne à son prédécesseur Maurice. — L'architecture civile.
En Allemagne, la première moitié du xvr siècle fut agitée non seulement par les querelles religieuses dont le fo\er fut la Saxe électorale, mais encore par le mouvement de révolution sociale de la Guerre des Rustauds. D'autre part, les Turcs, devenus maîtres de Constantinople en 1553. race guerrière et avide de conquêtes en Europe, étaient menaçants et redoutés. Le duc Georges qui, depuis Tan ijoo, régnait sur la Misnie. résolut de remplacer, à Dresde, les murailles du moyen âge, par de plus solides remparts. La reconstruction commença par le Kreii^tor, continua par l'enceinte sud et ouest jusqu'à la porte de l'Elbe et enveloppa ensuite le quartier, jusque-là suburbain, de la Fraitciiki relie. Chaque porte était couverte à l'e.xtérieur par un ouvrage fortifié, muni de fossés. L'œuvre militaire du duc Georges, — son successeur Henri le Pieux n'ayant régné que deux ans (1539-1541) — fut continuée par le duc Maurice (1541-1553: .
Intimement mêlé aux luttes politiques engendrées par la résistance de Charles-Ouint à la propagation de la Réforme, tour à tour fidèle à l'Em-
14 DRF.sni;
pereur qui, après la bataille de .Mûhlberg (24 août 1547}. lui transféra la dignité d'Electeur de Saxe, de laquelle fut dépouillé le vaincu, Jean-Frédéric, cousin de .Maurice, puis ligué contre son souverain avec ses beauxfrères et avec d'autres princes de l'Allemagne du Xord. il combattit les troupes impériales, entra victorieux à Augsbourg et à Innsbriick (1552). On le vit cependant, l'année suivante, déférant aux prescriptions du Conseil de l'Empire, chargé d'exécuter la sentence rendue contre le margrave de Brandebourg. C'est en remplissant cette mission que, victorieux, il fut blessé à mort le 9 juillet 1553, à la bataille de Sievershausen.
Prince guerrier, sachant l'instabilité de la fortune des armes. Maurice entreprit résolument de renforcer l'enceinte de Dresde. Il sentit la nécessité de protéger sur la rive droite de l'Elbe. Alten-Drcsdcn et l'engloba comme tête de pont, dans le système défensif de la place. Les deux villes se confondirent en une seule dont l'iKhiiinislration fut centralisée dans VAltstiUlt actuelle.
La reconstruction commença par le secteur nord-ouest, c'est-à-ilire du château au \\ ilisclir Tor. se poursui\it jusqu'au Sce-Tor au sud, et de là jusqu'à l'ancien Krt'ii;tor. ([ui. rebâti, s'appela porte de vSalomon. Par contre, le Sce-Tor fut muré. Les deux portes princijoales reconstruites, le Wilische Tor à l'ouest, et 1'/:"/ /'/('/'. furent affermies au moyen de baslions. Cette dernière, située à l'entrée du pont, devint une porte monumentale à trois arceaux, ornée de douze colonnes et d'écussons aux armes des provinces et de l'Klectorat. Construite de 1.546 à 1555. on l'appela la - « Belle P(jrte ». En outre, -Maurice fit élever, sur le pont même, un arc de triomphe, en souvenir de l'heureuse issue de la guerre amenée par la Ligue de Smalkade. Cet arc fut démoli au xvir siècle et remplacé par un blockhaus
Le reste tles murailles de l'ancienne enceinte, conservée jusque-là dans la ntjuvelle. et qui isolait le quartier de la FrtUtoïkirchc. fut détruit. J-a ville y gagna un second marché, \e Kniiiuirkt . i|ui devint le centre d'une nouvelle agglomération, desservi par des rues qui convergent vers cette église.
Bien qu'elle ait été transtormée par la suite au point de vue militaire, l'enceinte du XVI" siècle délimita ainsi ju.squ'en 1817. le noyau central de YAltstiult et de la Nciistatlt. Aujourd'hui encore, cette délimitation est reconnaissable aux larges avenues plantées d'arV>res en partie, formant un Ring, sillonné par des lignes concentriques de tramways.
Le xvr siècle vit s'accomplir une transformation du château, par-
LA RENAISSANCE
tielle sous le duc Georges, complète sous les électeurs Maurice et Auguste I^'', avec lac[uelle coïncide rintroduction des formes architecturales et plastiques de la Renaissance.
Le duc Georges désirait avoir, du château, un accès direct au pont. Dans ce but, il fit déplacer l'axe d'entrée de Y Elbtor et perça un passage voûté dans le pavillon qu'il édifia à l'angle nord-est de la Biirg. C'était
iiiiiiin
Doubk' f.içade, d'après une estampe du xvii'' siècle. Je la partie du ch.iteau bâtie en 1530, sous le duc Georges. A droite, le Gcorgentoi, état priinitif.
un bâtiment ciuadrangulaireorné d'un quadruple pignon à quatre étages. Des deux portes tournées vers la ville, l'une servait, aux piétons, de passage voûté donnant accès vers l'Elbe, l'autre d'entrée au château, avec, aux écoinçons, deux médaillons, dont l'un était celui du duc Georges.
Du côté nord, faisant face à l'Elbe, Vcrkff joignait le second et le troisième étages ; il coupait, de manière inégale, les trois frises. Les deux inférieures superposaient à des rinceaux de feuillages, une rangée d'armoiries. La plus élevée représentait une Danse des 3lorts, qui nous a été conservée et que l'on peut voir actuellement au cimetière de la Ncn-
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stadt oix elle a été transportée au xvm .siècle, après 1 incendie de 1701 qui dévora le Gcorgcnbait. I-e portail nord auquel fut donné le ilom de Georgcntor. était couronné par un fronton incurvé dont le haut-relief représentait Caïn assommant son frère Abel Tout en haut du fronton, sur des consoles, les statues debout d"Adam et d'Eve. Quant au serpent, il s'enroulait autour du tronc d'arbre, épanoui en console, qui soutenait la base de Vcrhcr
Ce sujet d'Adam cl d'Kve esL rappelé dans les écoinçons de la porte en reliefs de mince saillie. Ce sont deux figures nues, assises : Adam, la hache sur l'épaule. Eve, avec un enfant dans son yiron; elles se détachent au milieu de feuillages de pommier. Des rondes d'enfants, des fleurs, des pendentifs, des entrelacs, traités dans le style de la première Renaissance, ornaient les trumeaux des piédroits et deux piliers en candélabres supportaient l'architrave.
On peut avoir une idée de la décoration primitive du portail en regardant le Grorgriitor actuel, réédifié non sans modifications sur le côté ouest du bâtiment, rect)nsiruil en iS()i). ( )n admirera la finesse des détails, la grâce et l'élégance des ornrmcnis, [originalité et la légèreté des chapiteaux sculjîtés.
D'après la description d'Anloii Week, datée de 167g, l'artiste a conçu l'ornementation des deux façades de manière à montrer symboliquement d un côté, (1 comment. ])ar le péché, la Mort est entrée dans le monde » ; de l'autre, la Rédemption de la faute originelle par le sacrifice du Christ.
Rudement frajjjjé clans ses affections, le duc Georges avait vu successivement faucher par la mort ses cinq fils et ses quatre filles Après avoir perdu sa femme en 1534. il laissa croître sa barbe en signe de deuil. Zélé catholique, il chercha l'apaisement de sa douleur dans les consolations religieuses .Mais la hantise des idées funèbres apparaît dans la tète de mort s(ul])tée sur un disque de pierre fixé au centre du Gorgcn- /or, en manicrr de clé de voiite, et dans la frise du ToiUtittan; .
Dans cette u-uvre achevée en 1537. ilifTérenciés jjar le costume, les attributs, les attitudes et les traits, les personnages ne manquent ni de relief, ni de vie. .Hais les proportions corporelles sont défectueuses, l'exécution réaliste est lourde. Ouanl aux derniers de la série, comme ils avaient disparu à la démolition ordonnée après 1 incendie de 1701, on les a refaits au xvm"" siècle... Il me parait difficile d'admettre que cette frise ait été sculjUée par l'artiste qui, d'un ciseau si délicat, a fouillé les rinceaux cl les figures du Georgcntor.
LA KEXAISSANCE
Ce pavillon ne suffit pas aux ambitions artistiques de l'Électeur Maurice. A sa nouv^elle dignité convenait un palais plus vaste, décoré suivant le goût de son époque. Transformée par son ordre, l'aile de l'est prit l'aspect qu'elle a conservé depuis lors ; l'aile ouest du château fut jetée bas en 1547, et remplacée par un nouveau bâtiment qui rejoignit le bâtiment nord, dont la longueur fut doublée.
Devenue centrale . la oTOsse tour fut réédifiée en 1550 et couverte en cuivre. Sur la Sclilo.ssfrassc , l'autre tour , extérieure, fut coiffée d'une flèche couronnée d'un lanternon octogonal. Aux angles de la cour s'encastrèrent trois tours pentagonales avec des escaliers tournants éclairés par des fenêtres en échelons. Elles existent encore aujourd'hui Cette construction fut conduite par Hans Dehn surnommé Rothfelser, mais les plans avaient été fournis par l'ingénieur des fortifications, Gaspard Vogt de AVie-
randt. C'est lui qui fit , ,^ , . ■. = ,.i,,
1 Le Gtwgcntor, reconstruit en 1.S99.
venir des artistes d'Italie et pénétrer ainsi en Saxe l'influence de la Renais.sance italienne.
Le plus marquant de ces artistes était Juan Maria de Padua.Son nom indique son origine. Vers 1520, il travaillait à Venise, sous Sansovino, comme aide sculpteur ; en 1527, il contribua à décorer le Siiiifo de sa ville natale. Puis il passe les monts, on le retrouve en Bohême, en Pologne. Le Siikiennice (halle aux draps) de Cracovie, lui est attribué. Il amena sans doute à Dresde des praticiens d'Italie, mais il dut aussi
i8 DRESDE
employer des artisans allemands. Si la conception générale est inspirée de la Renaissance italienne et si l'on remarque une certaine habileté de main dans rornementalion plus délicate des pilastres, des chapiteaux, dans la frise de la tour nord-ouest qui représente des combats de cavalerie mouvementés, la lourdeur des hermès qui encadrent les entrées des ours d'angle, guerriers aux formes colossales parmi lesquels on reconnaît Samson armé d'une mâchoire d'âne, la représentation d'Adam et d'Kve
l'Jlol.i T.M c.
Cour du Cliàteau. — Tour d'angle nord-ouest et loggia du xvi" siècle, avant la transformation Je 1896.
par un couple humain nu et velu, l'instinct de grosse bouffonnerie qui rend caricaturales certaines figures luinioristiques. attestent la survivance de l'esprit allemand du moyen âge.
A l'ombre de la tour centrale fut érigé un balcon à trijjle étage formant une loggia à l'italienne, porté par quatre ordres de colonnes superposées : toscan, ionien et corinthien pour les deux derniersl. Celles du rez-de-chaussée étaient engagées dans des arcades aveugles Au-dessus court une frise à sept compartiments, dont deux en retour, représentant les exploits de Josué, la prise de Jéricho par exemple, allusion aux victoires remportées sur Charles-CJuint par l'I'.lecteur .Maurice. Ces sculp-
LA RENAISSANCE 19
tures, assez lourdes, attribuées à un artiste allemand dont on n'a pu déterminer le nom, ne sont pas sans valeur.
Lors delà reconstruction de 1896, on a un peu modifié Tordonnance de ce balcon, en avançant la colonnade de deux mètres. On ouvrit les arcades bouchées; on plaça des fenêtres dans les arceaux au premier et au second étage; on restaura le troisième dont l'ancien toit en bois fut remplacé par une toiture d'une forme plus élégante.
Intérieur du Chàleau. — Cabinet des Porcelaines, voussures et décoration à l'italienne.
du -Wi'' siècle.
En 1550, l'Électeur Maurice avait fait venir, pour le service de la chapelle électorale, des musiciens italiens, les trois frères de Thola. Deux d'entre eux étaient également peintres; son successeur Auguste I"'' les employa à décorer les murailles du château de peintures en sgraffiti, à l'extérieur aussi bien que dans la cour. Un autre italien, Fr. Richino, peignit à fresque une Adoration des Mages au second étage de la loggia formée par le balcon décrit plus haut.
L'intérieur du château s'embellit aussi de tapisseries, de solives et plafonds peints. Rien n'a survécu des fresques; une partie seulement des soffites en bois peint, exécutés par Hans Willkomm et Georg Fleischer, a subsisté, notamment dans la salle des "Wettin, restaurée en 1892.
On peut avoir une idée de l'esprit dans lequel était conçue cette décoration inspirée de la Renaissance italienne, en rei^ardant les voûtes, divisées en compartiments ou délimitées par des lunettes, du Griincs GcZL'ôlbf, au rez-de-chaussée, ou de la pièce carrée, sous la tour centrale, dite Cabinet des Porcelaines.
En 1592, sousla régence de l'Electrice Sophie, on acheta pour agrandir le château, une maison de la SL-h/ossfrassc. Paul Biichner fut chargé de raccorder l'architecture. Sur la cour intermédiaire entre le bâtiment sud ancien et le nouveau, la petite cour actuelle du château, on construisit une loggia à colonnes toscanes très simples. Le bâtiment se termine vers le sud-est, par une tour d'escalier coiffée d'une calotte. Les pignons rappellent ceux de l'ancien château du x\ T' siècle.
Sur la Si/i/o.sst/'i7SS{' même, on avait ouvert, deux ans auparavant, une seconde ])()rte donnant accès au château. C'est celle dite <■ du Pélican ». à cause du pélican cjui en décore la clé de voûte Seule, la partie inférieure, d'ordre rustique à plein cintre, surmonté d'un triglyphe, aux métopes ornées de tètes de lions, subsiste encore. L'ordonnance primitive de ce portail, à la fin du xvT siècle, était beaucoup plus imposante. Elle comjjortait un triple étage. Au premier, quatre statues allégoriques : la Foi. la Magnanimité, la Force, la Reconnaissance, escortées d'animaux fabuleux ou exotiques; au second, deux Renommées comme figures d'angle, sur la balustrade; au sommet, une coupole dominée par la statue de la Justice.
En 173.5, cette porte fut amputée de sa coupole et de la partie supérieure de sa décoration. lin if<(^4, elle fut encore transformée ])ar les architectes officiels.
Sous la tour centrale, dite Griiiu Turin, à laquelle, de 1674 à 167(3, (jf. de Klengel donna son aspect actuel, fut ouvert un passage entre la grande cour et la place qui s'étend devant le château. De ce côté, fut adaptée une porte assez grossière, en style baroque, avec des emblèmes, des trophées. Son aspect n'a pas été changé.
En 1682, le bâtiment dit de la Lanterne, déjà modifié en 1608, fut encore transformé par l'ouverture, entre la petite et la grande cour, dune porte qui existe actuellement Du coté de la petite cour, c'est une construction très simple, de l'ordre rustique, avec cette devise à la clef de voûte : ftlwvah vcx/l/itiii mciiiii. Du côté delà grande cour, l'arc plein cintre jmrte un vaste écusson armorié; deux coujdes de colonnes toscanes soutiennent un balcon. Les deux statues dont il est orné : un Hercule appuyé sur sa massue, une Minerve ca.squée, attestent l'influence du style baroque hollandais.
LA RENAISSANCE
De Tannée suivante est le quatrième escalier de la grande cour, construit comme pendant à ceux du xvr siècle, dans l'angle sud-est, précisément à côté de ce passage voûté.
Les souverains du xvii" siècle n'agrandirent pas la Résidence ; ils se
Château royal. — Porte de ib82 entre les deux cours.
bornèrent à embellir de stucs et de marbres certaines pièces des ailes occidentale et méridionale. Quant à la longue galerie a3'ant vue sur la Schlosstrasse, au xvi" siècle, on ne lui avait donné qu'un plafond ordinaire. En lôjy, l'architecte Dulich la transforma au moyen d'une voûte en berceau d'où pendaient sept lustres pesant plusieurs quintaux. Les lambris étaient ornés des signes du Zodiaque en camaïeu bleu, étoiles d'astres en métal doré, parmi lesquels on avait fait figurer une
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comète apparue en 1618. Au-dessus de la corniche, à la naissance de la voûte, étaient peintes des vues cavalières de villes de Saxe et, dans l'intervalle, des divinités païennes, dues au pinceau de Kilian Fabritius. Dans les baies des fenêtres, on reconnaissait à leurs costumes nationaux, des Suisses, des Grecs, des Turcs, des Russes, des Persans, des Péruviens, des Éthiopiens. Sur les trumeaux, des géants carrant leur énorme sta-
Nr/.v III i^>l DRf.-I>I.N .MrMBOTMlliniljJ
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Vue de la S.ille des Géants (1627). d'après une estampe de Juhann A/eli.
ture, raj)pelaient les Gigauli des fresques de Jules Koiiiain au Palais du T(\ à Mantoue. D'où le nom de Ricsetisaal. qui fut l'appellation de cette galerie jusqu'à l'incendie de 1701. Après sa restauration, l'aspect en fut modifié et elle fut. au XYilT siècle, divisée en plusieurs jîièces. L'Electeur .Maurice avait cru devoir aussi transformer la chapelle du château. Démolie en 1548, celle du XV siècle était fort exiguë. 1-a nouvelle, plus vaste et plus haute, fut ouverte dans le bâtiment nord, à côté de la tour ])rincipale ; elle fut sacrifiée â son tour, en 1737, lorsque la religion catholique, redevenue celle des souverains de la Saxe, eut une église affectée â l'usage de la Cour. Disparition regrettable, car. d'après
LA REXAISSANCF,
l'estampe de D. Conrad, reproduite dans la description de C. Gurlitt, et quelques fragments conservés au Musée des Antiquités, l'architecture et la décoration de la- chapelle étaient fort originales, surtout celle de la voûte où l'on voyait un ange, ^ tenant en mains les instruments de la Passion, mener captif le Dragon svmbolique.
Les objets les plus remarquables, sous le rapport de la sculpture, étaient les fonts baptismaux, l'autel, la tribune de l'orgue où se groupaient les musiciens.
L'autel n'est malheureusement pas resté à Dresde.
En 1662, il fut envoyé au château de Torgau dont il orne la chapelle, et remplacé par celui qui se trouve aujourd'hui dans la Biissniûiinkapclle de la Soph/rnk//\Jie. On croit que le positif de l'orgue en marbres de diverses couleurs qui, en 1578, fut envoyé à la chapelle du château de Freiberg, aurait été remplacé par le positif plus richement orné, composé par Christophe Walther, et que l'on peut voir au Musée Historique. C'est moins l'agencement polychrome qui est remarquable dans ce
petit édifice que les reliefs sculptés représentant le Calvaire et la Descente de Croix.
Enfin cette chapelle du château avait pour entrée un beau portail de 1556, attribué à Hans Dehn-Rothfelser. Il nous a été heureusement conservé. Après avoir été adapté, au xviii' siècle, à la Sophieiikirche. il a été replacé en 1876 dans l'enceinte du château, à gauche au. Johaniicitin, sur le Jùdcnhof.
Autel en marbre poKchrome et positif d'orgue, par Christoplie ^\■alther (1584) (Musée Historique)
C'est, au moins dans les socles des quatre colonnes corinthiennes, dans la large frise où les rinceaux s'enroulent autour d'animaux, d'oiseaux et d'enfants nus. dans les trumeaux des chambranles et de l'archivolte, un spécimen intéressant delà Renaissance italienne importée en Allemagne.
Sur l'attique. on a placé debout la statue du Ressuscité, entre deux
Plioto Tamnie
Porte de l'ancienne clupelle du Ch.iteau wvi" siècle) actuellement sur ]e JilJetilxil.
figures allégoriques : la Foi tenant le calice, et la Force qui porte une colonne Ce portail, restauré avec soin, est en parfait état; mais pourquoi l'avoir peint d'un badigeon brun qui l'alourdit et confond le ton de la pierre avec celui de la porte en bois sculpté ? Le sujet traité dans le panneau central, encadré par des colonnes corinthiennes : Jcsiis et la femme adultère, est d'un beau travail.
LA RKNAISSANCE
La chapelle du château ne fut achevée que sous le règne d'Auguste I", frère et successeur de Maurice. Ce prince regarda comme son premier devoir de rendre un hommage public à une carrière brillante, prématurément interrompue. Il honora le défunt en lui élevant un monument au
Mùniiment élevé vers 1570 à l'Electeur Maurice, actuellement au saillant nord-est
de la Terrasse.
point extrême où .Maurice avait porté vers l'est l'enceinte fortifiée de Dresde : à l'angle du bastion de Pirna, c'est-à-dire à l'endroit où aboutit aujourd'hui la Rûiiipische Gassc.
La conception de ce monument dont l'auteur n'est pas connu, est d'un symbolisme un peu naïf et d'une exécution qui, pour une œuvre de sculpture du XVI" siècle, manque de souplesse. Sous un jiortique soutenu
par des colonnes doriques, deux guerriers, en armures, suivis de leurs épouses, se font face : le personnage debout à gauche, — c'est .Maurice, — averti i>ar la mort que son heure est venue, tend l'épée électorale à son frère et successeur Auguste, qui s'avance vers lui. La sainte Trinité préside à cette transmission des pouvoirs.
Le règne de .Maurice avait été un règne guerrier. Celui d'Auguste 1553-1586 fut essentiellement pacifique et réparateur . Protecteur tles sciences et des arts, s'il n'eut ])as. comme son prédécesseur et d'autres princes saxons, la ruineuse passion de l'architecture, il forma le premier fonds delà l^ibliothèque, créa en 1560 le Cabinet d'Art des souverains de la Saxe, comniença la collection des Armes et armures, qui, augmentée aux XVlTet xviir' siècles, a formé la plus grande partie du .Musée Historique.
A l'exception d'un très jH'tit n(jml)re, elles ne sont pas antérieures au XV" siècle. Le principal ai)j)r(jvisionnement était emmagasiné dans l'Arsenal (|ue ce prince fit ériger en 1559. derrière les fortifications du front nord. Cet ensemble de bâtiments à pignons, d'ailleurs transformé par la suite, a été démoli au xix'^^ siècle, pour faire place au .Mu.sée de Sculpture, dit AlhcrtiiiKin.
Ancien autel lirigé en 1570 dans la Kreii^kii che, artoctc ensuite à X Aniieiilciiche.
L'introduction de la Réforme avait eu pour résultat de dépouiller les églises des autels à rétables, des statues de saints dont les avait parés la Renaissance dans le premier quart du xvi" siècle. La Sophicnkirchc
LA RENAISSANCE a-
resta désaffectée jusqu'au début du xvii" ; les autres furent tant bien que mal, appropriées à leur nouvelle destination de temples protestants. Aucune d'elles n'a même conservé les autels dont le culte réformé les avait pourvues à l'origine. Celui dont, en 1570, le sculpteur saxon Hans AValther avait décoré la Krciixkirchc, en marbre rouoe et noir affecté de 1769 à igo- à VAiinenkirchc'. a trouvé récemment asile au Musée municipal.
Un relief de marbre blanc où l'artiste a représenté la Pâque juive.
E'ker rond de la Renaissance, à l'angie du Xcumui k! et de U Fraïuitslrasie (1550 environ).
orne le devant de cet autel. A la prédelle, un autre relief rappelle l'institution de la Cène. Au-dessus, quatre colonnes corinthiennes portent un entablement sur lequel repose tout l'étage supérieur, flanqué des statues de la Force et de la Foi, debout, et des quatre Evangélistes, assis et lisant A l'origine, le Christ en croix était placé au-dessus du relief de la Cène, là où l'on a introduit plus tard une chaire à prêcher, lors du transfert à VAijiiciikirchc, après l'incendiede la Krcii^kïrclic. A l'étage qu'oc-
I. La première Aiiin-nkirche, qui a reçu le nom de l'Electrice Anna, date de 1578. Elle fut construite prés du \\'i!/si-/ie Tor.
28 DRIÎSnE
cupe actuellement le crucifix, figurait alors un relief de la Résurrection.
L'adjonction ultérieure des statues de saint Jean et de saint Pierre, placées en dehors des colonnes, a eu pour résultat d'alourdir l'aspect de ce monument.
Mans Walther fut également chargé, en 1584. d ériger un nouvel autel dans la Fraiitiiliirchc. 11 l'avait conçu de la manière suivante : deux socles portant doubles colonnes corinthiennes, servant elles-mêmes de piédestaux aux statues des quatre l*"vangélistes. Sur le devant, trois reliefs. Au milieu, la Cène ; adroite, la Nativité ; à gauche, la Rcsiirrcition. Au-dessus, un tableau représentant Jésus crucifié, entre sa mère et saint Jean, qui ne fut pas mis en place. Plus haut, le Jugement dernier ; au sommet, des armoiries et un ange jouant de la trompette.
En 1727. comme la Fraiienki relie menaçait ruine, on dut la jeter bas. L'autel fut attribué à VAnnenkirche où l'incendie de 1760 le consuma : il y fut alors remplacé par celui de la Kren^kirche. Avec les débris on constitua en ])artie l'autel de l'église Saint-Matliieu, bâtie en 1730 dans le faubourg de la Fricdriehslcuil .
Si, malgré toutes les transformations subséquentes de ces édifices, les églises et le château nous ont légué des spécimens suffisamment noml)reux de l'archiicclurc et de la sculplure de la Renaissance, il n'en est pas de même des habitations privées. A l'exception du ravissant erkcr rond sur le Neiiniarkt, dans la frise duquel se démènent des jeux d'enfants nus. ce n'est guère que par quelques débris, conservés dans les Musées, que l'on j)eut avoir une idée de la décoration des maisons ])articulières à cette époque. Les pignons à redans, les erker .sculptés, encore si nombreux dans d'autres villes allemandes telles que Nuremberg. Hanovre. Brunswick ont disparu par suite des incendies ou des changements du goût. .Souvent même, ils ont été sacrifiés à des nécessités d'édilité ou d'agrandissement des voies du centre de VAltstac/t ... \'n des descripteurs récents de Dresde, y\. Willj' Doënges, regrette ces démolitions, qui peut-être n'étaient pas toujours très justifiées...
Vue cavalière d\4l!-Diesi!en et de Xeu-Dresden. d'après une estampe du xvii" siècle.