‹ Dresde, Freiberg & MeissenChapitre 3 sur 21 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

FIN DE LA RENAISSANCE ET XVIP SIÈCLE

De la Renaissance au style baroque : période de 158Ô à 1O94. — Le Lus t /m us nu der Jungfer. — Nosseni et ses travaux. — Construction du Bâtiment des Ecuries, actuellement dit Johiiiiiu-uiii. — Collection dermes et armures du Musée Historique. — L'architecture civile au xvu'- siècle. — Le Palais du Cîrand lardin.

Le lecteur voudra bien admettre que le chapitre sur le XYII" .siècle commence non en ihoi, mai.s une quinzaine d'années plus tôt, car les édifices que j'ai maintenant à décrire, bien qu'achevés au cours du xvii° siècle, ont été commencés dans la dernière période du xvi" ; ils appartiennent à un art de transition, celui de la fin de la Renaissance.

Si Maurice avait étendu l'enceinte fortifiée de Dresde, il régna trop peu de temps pour voir l'achèvement de .son œuvre militaire. Sous Auguste I"' un Florentin. Roch Ouirin, comte de L3'nar. qui avait été au service du roi de France, Henri II, fut chargé de fortifier la partie de l'enceinte entre la porte de AVilsdrûff et le château. Sur le front nord-est, le svstème défensif conçu par lui ne fut mis en œuvre qu'en 1589. par son successeur, Paul Bïichner, maître d'artillerie, sous le règne de Christian P''. Ce front parallèle à l'Elbe, correspond à ce que l'on appelle aujourd'hui la Terrasse ; c'était alors le bastion de la A'ierge.

Au saillant de ce bastion, Christian P'' 1586-1591; eut l'idée de faire construire un pavillon d'agrément Lusthciiis), ayant vue sur le fleuve, sur la sapinière de Blasewitz et, au delà, sur les coteaux de Loschwitz et de Pillnitz. La construction fut confiée à un Italien. Jean-Maria Nosseni. Recommandé à Auguste I" par un seigneur allemand, le comte Albert

de Sprintzenstein. qui l'avait fait travailler à Florence. Xosseni. chargé • par l'Électeur, en 1575. de diriger l'exploitation des carrières de marbre découvertes à Weissensee. élut domicile en Saxe et s'y maria trois fois. Sous le règne d'Auguste. Xosseni n'avait donné des preuves de son talent que comme sculpteur ; il avait exécuté en marbre ou en serpentin des tables et des chaises destinées à des pièces d'apparat. Il en reste des spécimens dans les collections du Johaniieinii. Comme architecte décorateur, son (i'u\rc la ])lus importante est la création de la chapelle funéraire de Freiberg.

D'après les estampes du temps et les anciennes descriptions de Dresde.

Bâtiment des tcuries. — Vue cavalière, d'après une estampe du xvn" siècle.

le Liisthiiiis consistait d'abord en un pavillon d'un seul étage, de 22 mètres de long sur 14 dé large, éclairé sur le fleuve par trois fenêtres couplées, avec un fronton au-dessus de celle tlu milieu. 11 parait avoir été agrandi plus tard : on y ajouta un second étage, que l'on recouvrit d'une toiture -arquée.

J.a décoration intérieure: statues des I-lmpereurs, bustes en bronzedes princes de Saxe, avait été exécutée sous la direction d'un sculpteur italien. Carlo da Cesare, que Xosseni avait fait venir en 1 =,i)o, pour travailler à la chapelle de Freiberg ; les peintures du premier étage, sujets relatifs à la guerre de Troie et figures allégoriques, par les peintres Schiebling et Kilian Fabritius.

FIN DE LA RENAISSANCE ET XVI I'^^ SIECLE

Victime de la proximité de la poudrière qui, frappée d"un coup de foudre le 22 septembre 1747, fit sauter la plus grande partie du bastion, ce pavillon, considéré jusqu'alors comme une des merveilles de Dresde, fut pulvérisé avec tout ce qu'il renfermait.

Dès son avènement, en 1586, Christian l" avait donné l'ordre d'édifier un nouveau palais, à l'est de l'ancien château, sur un emplacement obtenu par l'agrandissement de l'enceinte. Malgré son appellation, le Stallgebciùdc 1 Bâtiment des Ecuries) n'en était pas moins un palais, dont la façade tournée vers le Jiïdiiiliof. était pourvue aux angles, de deux balcons en forme d'avant-corps. A droite et à gauche, s'ouvraient de lourds portails. Ee plan était celui d'un U écrasé ; la Iiauteur, de deux étages, aux fenêtres cintrées. Avec ce palais se raccordait, à angle obtus, un autre bâtiment, sur l'alignement de V Aitgiist nssti'ûssc actuelle. C'était là que se trouvaient les Ecuries. A l'extérieur, les trois ailes, ainsi d'ailleurs quela façade, étaient décorées de pignons, dans les formes massives de la Renaissance, et revêtues de sgraffiti^gu.rant une série de scènes guerrières ou équestres. Entre les fenêtres se

voj^aient les Don je Travaux i/'Hc/u/ilf. Tout ce revêtement a disparu, lors des transformations ultérieures de ce palais. Il n'erl reste que le gros œuvre et les deux portes, aux extrémités de l'aile des Ecuries.

L'aménagement intérieur était Somptueux, le marbre prodigué dans les carrelages des quatre grandes salles du premier étage prenant jour sur lejûden/iof. dans les plinthes des diverses pièces ; les plafonds, décorés de peintures aux sujets tirés de l'Histoire romaine ; les chambres, garnies de meubles précieux en bois sculpté, en mosaïque, en' marbre ou en serpentin.

Colonnes du xvC' siècle dans la Cour des Ecuries.

André Walther avait contribué à la décoration comme sculpteur. Henri Goeding comme peintre. Cet artiste brunswickois, venu à Dresde entre 1550 et 1560, a donné plus de preuves de son talent dans ses portraits que dans ses tableaux à sujets religieux ou historiques. Sur les 53 portraits en ])ied de sou\erains ou de généraux saxons qui font une décoration murale si intéressante à la Galerie des Armes à feu [Gcwchr- Galcric . installée au XVIII" siècle dans l'aile des Ecuries, 43 sont dus à Gœding. exécutés soit d'après ses miniatures dont l'album est conservé à la Bibliothèque royale, soit même de sa main. Le meilleur, ])arce qu'il

Tournoi peint par Gœding (Galerie des Armes à feu).

a été certainement peint d'après nature, est celui de Christian 1" : il porte la date de 1381^.

Cet étage de l'aile des Ecuries a été disposé en 1733 comme galerie d'ancêtres, la série des Electeurs de Saxe commencée par H. Gœding, ayant été continuée au XVII" siècle par les peintres de Cour ce .sont précisément les portraits de Christian II et des quatre Jean-f leorges, qui ont le plus de caractère et d'expression .

La configuration irrégulière de la cour des Ecuries [Stallliof a été déterminée par la direction de l'ancien mur d enceinte de Dresde, qui la borne du côté de la Chancellerie, par laquelle le nouveau palais se raccorde à l'ancien château. Au pied de ce mur, que revêt une épaisse fourrure de lierre, un abreuvoir était creusé; on en voit encore la vasque. lùUrc l'abreuvoir et l'aile des Ecuries, jjeinte de fre.sques représentant

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des portraits de chevaux, et dont les arcades s'ouvraient entre vingt deux colonnes toscanes, s'étendait une lice disposée pour les courses de bagues ; deux colonnes de bronze fondues en 1588, en délimitaient le parcours. Il n'en reste qu'une au complet aujourd'hui.

riiùlù HdnlsL.ieui^l.

Ecu du xvr" siècle (travail d'Augsboiirg). Galerie des Armures (Musée Historique).

Les exercices physiques étaient en grand honneur à la Cour des princes de Saxe. Pendant le moyen âge, les fêtes offertes aux seigneurs et au peuple consistaient principalement en tournois. Ils se donnaient soit dans la cour du château, soit à VAltinarkt, dans un emplacement fermé par des barrières. Des tribunes étaient réservées aux dames La lance arcboutée sur le faucre, les combattants se ruaient l'un sur l'autre, dans l'équipement que nous représentent les anciennes estampes du xvi° siècle, celles de Cranacb, ou son tableau du Massacre des Innocents, s\ précieux au point de vue documentaire. Dans la Galerie des Armes à feu, 29 pan-

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neaiix peints par Henri Gœdinj^, retracent les exploits équestres du prince Electeur Auguste, soit à Dresde, ou à Meissen. à Merseburg, soit en dehors de la Saxe. Ils montrent avec précision le lieu de la lutte et les spectateurs. Quant aux adversaires, des mannequins revêtent leur écjui-

Armure de parade de Cliristian II (1606), en acier repoussé argenté ^Musée Historique).

pemenl authentique, dans les salles du Musée Historique de Dresde, si riche en armes et armures de toute sorte

Ces armes se divisent en deux catégories : les armes de guerre, intéressent surtout par les souvenirs historiques qui s"}- rattachent : les armures de parade, noircies, bleuies, gravées à lacide et dorées, sont <run aspect plus brillant, plus élégant, d'une ornementation ingénieuse et artistique.

Ouelques-unes de ces armures, les plus belles à la vérité, — proviennent d'Italie, d'Augsbourg ou de Nuremlierg; par exemple, les harnachements pour le tournoi à pied, ciselés et dorés par Peffenhaùser, ou

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les deux somptueuses armures achetées par Christian II, l'une à Augsbourg, en 1602. en métal repoussé, argenté, avec des appliques ajourées, dorées, représentant des animaux, des personnages: l'autre, en 1606, à Nuremberg, chef-d'œuvre de H. Knopf.

Les fondeurs de la .Saxe n'atteignaient pas à une telle maîtrise ; cependant les spécimens exécutés à Dresde par les armuriers de la Cour, ou à Wittemberg, surtout ceux qui datent du xvii° siècle, plusieurs modèles d'épées et de rapières, témoignent du talent des ouvriers saxons. C'est de leurs ateliers que sont sorties plusieurs des armures argentées ou dorées, offertes par les Itlectrices à leurs maris, comme cadeaux de Noél Les noms de Pierre de Spire. Hans Rosenberger, Siegmund Rockenberger au xvi'" siècle.

Jacques Jôrinck et Chr.

Miiller au xviT. méritaient d'être transmis à la postérité.

Avec les tournois alternaient les chasses.

Dans certaines régions

boisées de leurs domaines, particulièrement giboyeuses, les Electeurs a valent des châteaux de chasse que les rois de Saxe ont conservés. Les massacres de cerfs, de 16 et i S cors, les ramures d'élan, forment la décoration habituelle de ces demeures princières. La vénerie comportait donc des équipements pour la chasse au faucon, des trousses de couteaux pour « servir » le cerf, le sanglier, des épieux pour transpercer l'ours et l'aurochs Les vitrines du Musée Historique renferment des spécimens très artistiques, notamment pour les xvi'et xvii" siècles, de couteaux de chasse aux po-

wÊ

l'Iii.l.) il.inlstaPnBl.

Epée .1 garde ouvragée ^.\Vl'- siècle) (Musée Historique).

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gnées rehaussées de gemmes, de poires à poudre en bois ou en ivoire sculpté, d'arquebuses à incrustations d'ivoire, aux pièces d'acier ciselé, aux gardes dorées et ajourées, par exemple celle provenant de l'atelier de Chr. Herold, de Dresde, c[ue le futur Jean-Georges III offrit à son père. l'Electeur Jean-Georges II. Un y voit aussi des colliers de chiens ornés de reliefs en fer repoussé ou même en argent, tel celui dont l'Empereur Mathias lit présent en 1617 à Jean-Georges P'.

Parfois dans la cour du château, ou dans le Stallliof 'cour du Bâtiment des Ecuries) le souverain offrait à ses invités le spectacle de chasses à l'ours, au loup, au renard, ou des combats d'animaux : on y donnait aussi des carrousels, des courses de tètes ou de bagues auxquelles les dames prenaient part. I,es lances qu'employaient les cavaliers dans ces exercices d'adresse, étaient en bois mince, très effilées du bout, avec un contrepoids énorme derrière la poignée ; mais l'aspect massif de ce contrepoids était allégé par des ornements peints ou des sculptures ajourées. Il y en a une série très intéressante à la Galerie des Armures, notamment une collection du xvi" siècle aux armes de l'Electeur Auguste.

Les fêtes motivées par un événement heureux, mariage ou naissance d'un prince, comportaient souvent plusieurs journées de courses de bagues et mascarades. De l'influence italienne provenait ce goût pour les mascarades, les défilés de cortèges allégoriques ou mythologiques', auxquels se mêlaient des types populaires : pécheurs, chasseurs, vignerons, ou des personnages exotiques : Turcs, Maures, Indiens de l'Asie ou de l'Amérique ; tout au moins, elle en avait inspiré l'ordonnance. On donnait le nom à! Inventions à ces spectacles composites imaginés par Nosseni, fjui se fit par eux une réputation en Allemagne et dans les pays limitrophes. Cette mode, qui dura jusqu'au XVIII'' siècle, développa le luxe dans les vêtements, les carrosses, les harnachements, ainsi qu'on peut en juger par les spécimens conservés au .^lusée I listoricjue.

Le goût d'Auguste II pour le faste a contribué à enrichir ce Musée d'objets à son usage personnel, épées et pistolets, ceux-ci faits à Paris par Casin, très finement incrustés et ciselés, de l'épée et des vêtements qui ont servi lors de son couronnement à Cracovie ; d'une selle en soie aux broderies d'or dessinées en rinceaux du plus pur style français, merveilleux cadeau de Louis XI \': tlu harnachement de son cheval, enrichi

I. Les albums de gouaches dessinées et enluminées par Johann S. Mock,C.H. Fritzch, Anna-Marie Werner, etc.. que j'ai feuilletés au Cabinet des Estampes de Dresde, nous en ont conservé le souvenir. Quelques-unes de ces suites ont été gravées, par exemple celles des Fêtes de 1678 et de 1694.

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de diamants de Saxe, fait pour la réception de Frédéric-Guillaume I'' en 1730, au camp de plaisance tenu à Zeithain. C'est avec l'écarlate de la tente qu'il habitait à Miihlberg qu'est tendue la salle des selles, toute rutilante des feux des diamants et des perles qui constellent les harnachements de son prédécesseur, Jean-Georges IV.

Pendant la guerre de Trente Ans. le territoire de la Saxe avait été envahi, exploité, pillé, ravagé tantôt parles Impériaux, tantôt par les Sué-

Fontaine Je 1.1 Paix, dire Tiiikeiihriiuiuii, sur le JiiJcnhpf, devant le JoI.HViiieuiii.

dois. Plus heureuse que .Magdebourg, Halle, Merseburg et Leipsick. Dresde elle-même, protégée sur la rive nord parles travaux d'art entrepris en 1626 par l'ingénieur Dulich, fut épargnée, mais, après la conclusion des traités de Westphalie. le pays était ruiné, la population réduite de moitié.

En réjouissance de cette paix si longtemps attendue, on éleva sur le Neuuiarkt une fontaine avec inscription latine. Après la victoire remportée en 1083 sur les Turcs par Jean Sobieski et à laquelle concourut, avec un corps saxon, l'Électeur Jean-Georges III, la fontaine de la Paix fut transformée de manière à célébrer le triomphe de la Chrétienté '.

1. Restauré en 1838, le Tiirkt-nbrunneii décore aujourd'hui \e JiïJenhor.

DRKSDE

L'allure de la statue allégorique, pleine de modestie et de grâce souriante, contraste avec les alliludes ronflantes si chères à la statuaire du bdrocksfyl. ])ar exemple ;iver 1p monument funéraire des Schœnberg,

• ■rigé dans la Sopliicnkirclu' i688).

Avec l'augmentation de la ])opulation et la résidence des Electeurs à Dresde, le développement de la vie de Cour y retenant les seigneurs saxons, l'architecture civile devint jilus ri'clierchée Après le granil in- < cndie de 1491 ', les maisons reconstruites furent bâties en pierre. Comme dans la ville du xV siècle, l'espace était limité par l'enceinte fortifiée, elles se développèrent en hauteur.

Xéanmoins. pour les raisons déjà exposées, les façades à pignons de hi Renaissance sont extrêmement i;ire>. a Dresde. Il en subsiste quelques unes du XVII" siècle; en général, du début de ce siècle, car. dans la suite, cette construction passa de mode. ( )n i)eut citer comme maisons a pignons, celle placée au coin de la l-'rohiigiisS(\ sur VAltinarkt. celle de la \V ilsdr il (t'crstr lisse n" 14 de iiiiio , le pompeux pignon de la Sililosslrassc n" 34 . tl'une architecture influencée par celle des Payslias et dont les motifs sont formés l)ar des colonnes, des guirlandes de fruits, des volutes en retraite.

D'autre part, sous Jean-Georges II. des ordonnances réitérées, destinées à préserver la ville du feu. menèrent une lutte obstinée contre les maisons de bois. Ce prince en acheta lui-même ])our les faire raser.

1. Dresde fut toujours, jusques et y compris le .wni'' siècle, dévastée par les incendies, Paul ScluMiKinn n'en compte pas moins de 50 de 1 |oi à 1739.

Erher sur la maison n" 50, Schlosssiiasse (.wii" siècle).

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En revanche, il fut permis de bâtir en saillie sur la rue, ce qui favorisa la mode des crker. Dans la Wilsdruffcrstrassc, qui était alors la rue princijjale de Dresde, — sa largeur en témoigne, — subsistent deux crkcr remarquables, à l'hôtel Ziiiit goliUiicii Hiigcl et. plus loin, un crker double au n" 17. qui dépend de THotel de France. ()n en voit encore, entre autres, un à trois étages, de 1620, au n" 27 de la Schossergassc, et dans les grande et petite Brudcrgcissc, dans la \Vcbergassc, la Rninpischestrassc. la Galcr lest r a ssc. (iénéralement, ils n'ont qu'une fenêtre saillante, jsrovenant souvent d'une maison plus ancienne, sont faits de bois, rehaussé d'ornements sculptés ou en stuc : mascarons. guirlandes, feuilles d'acanthe. Par exception, celui de la Sclilossstrassc n" 30, est décoré des figures en relief de 11'"lecteur Christian II et de son épouse, lledwige de Danemark.

Vase en marbre avec figure de Psyché, par Ant. Corradini,

Le Palais du Grand 'i»"= '^ Grand lardin.

Jardin est une création

de Jean-Georges II. Au xvu' siècle, la ville était entourée de jardins où les habitants allaient goûter les plaisirs champêtres si chers aux cœurs allemands.

L'Électeur voulut aussi posséder une maison des champs. L'architecte en chef Karcher (d'autres disent Starke) fut chargé, en 1679, de dessiner un parc dans la banlieue est de Dresde et de construire au milieu une villa à l'italienne. Au début, ce parc formait un carré assez restreint

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autour de l'emplacement réservé au palais; mais, dès l'année suivante, les dimensions en furent agrandies au moyen d'expropriations. Jean- Georges III, Jean-Georges IV dont le règne [dura trois ans seulement (169 1-1694] et son frère et successeur Frédéric- Auguste I". poursuivirent la transformation du jardin.

Parmi les sculpteurs italiens qui, à la fin du xvii" siècle, furent appelés à concourir à son embellissement, le ]}]u^ habile était Corradini. On lui doit les deux groupes ])lacés à l'entrée du parterre de l'allée centrale : Y /:iilève77tent d'HippocIniiiic pcir Eiirytiis et y H)ilèvenu lit tic Dèjanirc par le Centaure Nessiis; les deux vases (le marlire qui représentent les {hiaire l^lènuiits et les Quatre l'iirlie.s du, iwoude. à l'entrée du jardin, du côté de la ville; un autre vase plus grand acheté en 1722), orné d'une figure de Psyché, formant l'anse, avec des reliefs sur la ceinture relatifs à des épisodes de la vie de Coriolan suivant (iurlitt, d'Alexandre le ( irand, d'après Schumann : enfin le groupe : Le Temps dévoile ta Vèriti\ placé devant la façade ouest du palais.

Comme pendant, Paul Balestra, élève du Bernin, mais très inférieur à son maître. ilc\ail sculpter un grdujje analogue sur ce thème :

Le Temps enlève la Vérité ; mais, ne se sentant pas de force à traiter le sujet, il se borna à copier le groupe du Palais Parnèse à Rome : L'Age enlève la Beauté. On attribue à un autre élève du Bernin. France.sco Baratta, deux autres groupes qui sont des imitations de l'antique.

Plus tard, Auguste le Fort imagina de transformer le Grand Jardin en une sorte de parc de Versailles. Kn 1715 il fit creuser la pièce d'eau, au delà de laquelle s'éleva un « Temple de Vénus «; en 1720, dessiner les

" Le Temps dévoile la Vcrité •, groupe enmarbre, par Ant.CorraJini.au GranJ JarJin.

FIN DE LA RKNAISSAXCI- ET XVII- SIECLE

parterres « en broderie ». Devant le palais, un emplacement était réservé aux carrousels ; des deux côtés, il y avait des terrasses avec orangeries. Plus loin se trouvaient un labyrinthe, des jeux d'eau, un jardin d'agrément. Au sud, sous de grands ormes, on avait disposé un Théâtre de la Nature, aux coulisses formées d'arbustes en espaliers, à la scène marquée par des statues, aux gradins taillés dans le gazon, qui fut inauguré en 171 9 par une « Fête de Vénus », lors du mariage du prince héritier On en discerne encore l'emplacement et la forme. 1500 objets d'art furent créés, assure-t-on, pour l'ornementation des allées et des pelouses. Bien qu'un certain nombre ait été détruit ])ar les Prussiens pendant la guerre de Sept ans ou emporté comme butin de guerre pour embellir le parc de Potsdam.

la quantité ne remplaçait pas la qualité.

Il est facile d'édicter sur le-papier un parc de Versailles; il l'est moins d'avoir à sa disposition les artistes qu'employait Louis XIV. A défaut de statuaires tels que Coustou, Girardon ou C'03'sevox. le roi dut se contenter de sculpteurs français inférieurs comme François Coudray et Jean-Joseph Vinache. Les sculpteurs allemands : Paul Herrmann, Permoser, notamment avec une réplique de son monument au prince Eugène de Savoie, et son élève Kirchner pour les statues décorant le Théâtre de la Nature, eurent leur part des commandes officielles.

L'embellissement du Grand Jardin se poursuivit d'ailleurs au cours duxviii" et du XIX'' siècles ; mais si ses arbres de haute futaie et ses eaux

L'.Age enlève la Beauté n, groupe en marbre, par Paul Balestra,au Grand Jardin.

en font toujours la plus belle parure de Dresde, il a perdu peu à peu son aspect primitif de parc à la Lenotre.

Ouant au palais, il a subsisté sans grandes modifications. Inhal)ité, affecté au Musée des .antiquités de la Saxe, après avoir servi à des expositions, à des concerts d'oratorios, passablement délabré, il a conservé son aspect primitif

Dessiné en forme d i i. ce palais n a qu'un étage sur rez-de-chaussée et un attique plus bas. Aux deux façades, un escalier à double rampe

Photo Tamme.

Palais du Grand [ardin (lôSo], façade de l'est, devant la pièce d'eau.

coniluit au jjcrron qui donne accès au premier étage. Encadré de colonnes doubles, lavant-corps central est couronné dun fronton arrondi. armorié : du côté ouest, celui de la \ille. se \()it une « Saxonia » à laquelle des femmes et des enfants font hommage de fleurs et de fruits. La fat.-ade du rez-de-chaussée dont les pierres sont taillées en bossages ru.stiques, n"a d'autre ornement que des grilles aux fenêtres dans le style de la Renaissance allemande et des statues représentant des divinités mythologiques : Minerve, lumm. Cérès, Mercure, Vénus, Diane et Apollon, d'une sculpture naïve et gauche I.a surcharge d'attributs aux tympans, la grosseur excessive des coquilles, au cintre des fenêtres du rez-de-chaussée, des mascarons grimaçant au-dessus des portes d'entrée,

FIN DE LA RENAISSANCE ET XVII" SIÈCLE

la lourdeur de la décoration sculpturale du premier étage et de Tattique, révèlent une main-d'œuvre grossière et dénuée de grâce.

A l'intérieur, au rez-de-chaussée et au premier étage que relient de petits escaliers tournants, le plan est identique et des plus simple : une grande galerie et dans les ailes, trois pièces plus petites communiquant entre elles et avec la galerie, par trois arcades. Au rez-de-chaussée, dans la voûte surbaissée, supportée par quatre piliers indépendants et quatorze

Palais du Grand Jardin. — Galerie du premier étage. Au lond, le gigantesque Calvaire

du Doin de FreiDerg.

pilastres aux murs, se creusent des plafonds circulaires dont les peintures, très endommagées par l'humidité, représentent les signes du Zodiaque. La décoration de ce rez-de-chaussée, assez peu éclairé et triste d'aspect, est assez sobre. Celle du premier étage est beaucoup plus riche ; elle l'est même avec un excès qui visait sans doute à rappeler les splendeurs de Versailles et de Marly.

Vingt colonnes corinthiennes en stuc divisent les côtés en travées et portent les retombées des voussures. Celles-ci sont ornées de stucs, ainsi que la frise qui court au-dessus des chapitaux et les encadrements des peintures du plafond, dues au peintre de la Cour Samuel Bottschild,

qui, sur les parois de la galerie, a traité également des sujets mythologiques. Le plafond du milieu montre Jean-Georges III, l'épée dans la main droite, trônant sur les nuages, au milieu de figures allégoriques. Des statues de plâtre, plus grandes que nature, placées dans des niches, V Aiitoniiif et VÈtc, sont traitées dans le sentiment des œuvres classiques. On les attribue à un sculpteur hollandais nommé Diercs.

Dans les ailes, les plafonds mythologiques, de forme octogone, et les peintures, très enfumées et détériorées, paraissent d'une valeur inférieure. Des figures et des génies, des satyres, des cartouches en stuc contribuent à Tornementation.

Pliolo Tanuiie.

La cour du Zicinger au xvnr' siècle, d'après un tableau Je Canaletto.

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