CHAPITRE IV
XVlir- SIÈCLE (PREMIÈRE PARTIE)
xviii" siècle, première période : du <r baroque « au « rococo «. — Le régne d'Auguste le Fort (1694-1733). — Ses constructions : le Zwiiiger, le pont Auguste ; le Blockham. — La nouvelle Fi\iueiikir(:lie. — Palais et hôtels privés, — Le Palais Japonais et le percement de la .XciistiiJl.
Avec l'avènement de Frédéric-Auguste I", l'histoire artistique de Dresde atteint l'apogée de sa splendeur. Seuls Léon X, François I"' et Louis XIV ont exercé une influence aussi marquée sur l'art de leur pays.
Fils cadet de Jean-Georges III, Frédéric-Auguste n'était pas destiné à lui succéder. Son père, prince guerrier, avait combattu les Turcs à Vienne, à Pest et en Morée ; il avait pris part aux coalitions contre Louis XIV et obtenu même le commandement de l'armée impériale. Ses goiits étaient donc plutôt militaires. Cependant il envoya son fils faire en Europe son tour de gentilhomme, afin de l'initier aux mœurs des autres contrées, aux usages des cours étrangères. Frappé de ce qu'il avait pu voir, notamment en Italie, en France, et particulièrement à Versailles
où il avait paru deux fois en 1687 et 1688, Frédéric-Auguste s'était formé un idéal de beauté et de splendeur. Mieux que son frère aîné, l'Électeur, — aussi porté d'ailleurs au faste que leur aïeul Jean-Georges II, — il était capable de le réaliser La mort prématurée de Jean-Georges IV. ;iprès trois ans de règne seulement, devait lui en fournir l'occasion.
D'autre part, l'ambition de ce prince ne se contenta pas de l'Électorat. Après la mort de Jean Sobieski 1696 , Frédéric-Auguste P' brigua et obtint, grâce à une abjuralinn préalable et à l'appui du Tsar et de l'Empereur, la royauté élective de Pologne : il prit comme souverain de ce pays le nom d'Auguste II' et c'est de ce nom que nous l'appellerons désormais.
Royauté précaire dont le dépouilla son ennemi Charles XII. au jirofit de Stanislas Leczj'nszky. Auguste II la recouvra cependant, après que le roi de Suède eut subi la défaite de Poltava. .Sévèrement jugé par les historiens au point de vue politique et financier, son règne est grand dans les annales de la Saxe jjar 1 impulsion que son amour du faste a donné aux arts
Non seulement, comme son frère aîné Jean-Georges IV, il était grand amateur d'orfèvrerie et de joaillerie, mais il encouragea en Saxe la fabrication de la verrerie et de la tapisserie. Il établit en 1690 dans la Friedrichsti7ill , une verrerie à hn[ue]le il c-ommandait des services de table, des lustres et des torchères, et, en 1714, dans le faubourg de Pirna. une manufacture de tapisseries dirigée par un tapissier d'Aubusson. J. -Pierre Mercier, chassé de son pays par la Révocation de l'Fdit de Nantes et qui avait été d'abord au service du roi de Prusse. Les tapisseries hollandaises ou saxonnes du château ayant été détruites par le grand incendie de 1701. .^lerl•ier fut chargé de les remplacer. On montre dans les appartements royaux deux tapisseries exécutées par lui sur des cartons de Louis Silvestre. relatives au voyage en France du prince héritier et commémoratives de sa réception à l'ontainel)leau jntr Louis Xl\'.
Un roi ne pouvait consentir à être logé comme un sim])le Klecteur. Dès 1698. en souvenir des splendeurs de \'ersailles. Auguste II, c}ui avait pris comme « ordonnateur de cabinet « un architecte français Raymond Le l'iat. faisait décorer dans le goût français, une série de pièces du château. Les deux principales, la salle du Trône et sa chambre à coucher, ont été conservées telles qu'elles étaient à la fin du XVII' siècle, avec leurs tentures de velours encadrées de pilastres d'ornements
1. Le surnom d'Auguste le Fort lui venait de sa force physique ; il bris.iit J'um^ main un fer à cheval.
brodés en brocard d'or. Le grand lit de parade, placé de milieu, rappelle la disposition de la chambre de Louis XIV. L'étiquette de Versailles était d'ailleurs observée pour le lever et le coucher du roi.
Les plafonds de ces deux belles pièces, d'une date postérieure, sont dus à Louis Silvestre, peintre français, élève de Lebrun et de Bon Boullogne, que le roi fit venir en 1716, comme peintre de la Cour, combla de ses faveurs et de ses commandes.
Si, dans le château lui-même, Auguste II se contenta de faire disparaître
Intérieur du Château ro\aI. Appartements d'Auguste II; salle du Trône, avec plafond peint par Louis Silvestre.
les traces de l'incendie de 1701. il avait conçu cependant une série de plans pour l'embellissement de la Résidence. Les guerres du Nord et l'extrême versatilité de son caractère en empêchèrent l'exécution. Par contre, on doit peut-être à l'alliance d'Auguste II avec le roi de Danemark, Frédéric III. contre Charles XII, et à la visite de ce souverain en 1709, la création du Ziciiigcr.
On a vu plus haut combien les défilés équestres, tournois, carrousels et mascarades étaient goûtés à Dresde pendant les xvi°et xvii= siècles. La tendance au faste d'Auguste II ne pouvait que donner à ces divertissements plus de splendeur. Parmi les plus notoires, il faut citer le cortège mythologique de 1694, qui a été gravé, et la fête organisée en 170g, qui avait pour titre : La course de bagues et de têtes des sept Planètes contre
le nionarqiic NetnroJ. revenu tout exprès des Enfers avec sa suite. Le scénario comportait l'alternative des exercices équestres avec des intermèdes musicaux et chorégraphiques auxquels prenaient part les acteurs de la mascarade.
Pour permettre au souverain danois, à la Cour, de bien voir tous les épisodes de ces divertissements qui duraient plusieurs journées, au lieu de donner la fête sur les emplacements habituels des carrousels et courses de bagues, le roi fit. sur le terrain compris dans le saillant ni)rdouest des fortifications ',Z'u:iiiger), élever par son architecte Daniel Poppelmann. un amphithéâtre de bois. Cet ensemble de tribunes provisoires n'avait rien de somptueux. Auguste II songea à le remplacer par un édifice en pierre permanent, d'un caractère monumental. De là l'origine des bâtiments du Zzcingcr auxquels fut sairifié un ancien manège de 1618.
Doenges affirme, pour avoir compulsé les pièces d'archives, que le roi fut. dans la circonstance, le collaborateur intime de son architecte ; il dessinait lui-même à la plume, traçait des plans, précisait des directions qui étonnaient les gens du métier. I). Pôppelmann n'aurait ])as fait moins de on\c devis ])()ur un château grandiose projeté au lendemain de l'incendie de 1701. Dohme, dans les notices de son album : Barock iind Rococo. donne même le nombre des bâtiments de ce palais dont le Zwingcr iwlwvX n'aurait été ([ue ra\ant-iour ("est pour cette raison que l'un des côtés longs n'aurait été fermé que jKir un mur jjrnsisoirc.
Cette opinion est en désaccord avec celle qu'exprime Paul Schumann dans son excellente étude sur Dresde et avec les éclaicissements donnés par Pôppelmann lui-même, dans sa préface à l'album des vingt planches explicatives (ju'il jiublia en 1 729 sous ce titre : L'Orangerie ravale Je Dresde.
La forme elliiJtique adoptée s'explique tout naturellement par l'allusion que l'auteur a faite aux « édifices des Romains créés pour les spectacles..., combats de gladiateurs » et notamment au Colysée. Le toit plat de ces portiques servait de balcons qu'il faut imaginer remjjlis tle spectateurs assistant à des courses de bagues ou de traîneaux, carrousels, tirs à l'arbalète, illuminations, motivées par quelque fête de Cour
«L'édifice, continue Pôppelmann, est formé de six salles spacieuses et un pavillon, reliés par des galeries de communication. » Ce qu'il appelle un« pavillon », c'est le jjortailsud, alors précédé d'un pont-levis par lequel on franchissait le fossé des fortifications. Comme pendant, sur « le côté encore imparfait», il devait y avoir un autre portail surmonté d'une statue de la P'orce et une galerie couverte. // en donne mrnie le dessin gravé. Ce projet ne fut pas exécuté, de sorte que, pendant plus d'un siècle.
une vulgaire clôture en charpente peinte à fresque, ferma l'amphithéâtre sur la face nord.
Le pavillon elliptique sud-est servait de passage et d'entrée du côté de la ville, celui du nord-ouest donnait accès au terre-plein des fortifications. Les galeries latérales et les galeries demi-circulaires qui unissent deux à deux les pavillons rectangulaires , étaient destinées à servir d'orangeries. Aussi les satvres qui gambadent et grimacent le long de ces o-aleries sont-ils disposés comme consoles pour l'exposition des arbustes frileux. Seuls les pavillons sont pourvus d'un premier étage décoré de fresques par Pellegrini.
Sous Auguste II, on les a affectés à l'installation des divers Cabinets de curiosité précédemment logés dans sept salles du château. Leur affectation respective a parfois été changée depuis lors. Le seul pavillon des Sciences Mathématiques est resté aménagé et décoré comme il l'était à l'origine, avec ses trois pièces séparées par des arcades cintrées et ses plafonds m3-thologiques par Louis Silvestre.
La conception architecturale de l'ensemble dans le st3'le de la fin de la Renaissance, est sobre, — surtout dans les pavillons d'angle, — et même trop maigre dans le bas. On ne conçoit donc pas que G. Semper ait considéré le Zu:i)igcr comme « un essai naïf de rococo ». Tout s'accorde à lui donner tort, les dates de la construction (1711-1722), les grandes lignes du monument et même l'esprit de la décoration sculpturale qui appartient bien au style baroque, avec ses frontons segmentés,
Intérieur du Pavillon des Sciences Mathématiques, au Zivhiçrer.
les ressauts exagérés de certains ornements : cartouches, armoiries royales, les contorsions excessives des hermès. L'ornementation la plus chargée est celle des pavillons ovales et du portail à jour, surmonté de la couronne royale soutenue par quatre aigles.
Le sculpteur le plus éminent qui ait travaillé au Zwiilgrr,1i l'ernioser, petit paysan de la llavile-Bavière, devenu d'instinct tailleur de figures en bois, — par son éducation artistique dans le .Midi de l'Allemagne et dans
l-^.f\f^~jFM^Â&^.JEi^^
Pavillon norJ du /.uiiiger.
la Florence du XVII^ siècle, par l'exagération des musculatures et la tendance de ses figures à la contorsion, appartient essentiellement, à la période du style «baroque ». Pour le ZzA-'ingcr, outre l'Hercule pliant sous le faix du globe terrestre, qui domine le pavillon ovale de l'ouest et qui fut copié pour celui de l'est, — il fit plusieurs divinités mythologiques. Il décora les niches de la salle de la Grotte — où est la rollertiiMi minéralogique, — des statues de •^linerve et d'Apollon. On lui attribue aussi quatre statues disposées dans des niches au pavillon d'entrée et les deux Bacchus qui ornent l'intérieur du Bain des Nymphes. Plusieurs des ouvrages importants de Permoser ont été dispersés ou détruits, par exem])le, les statues qu'il avait sculptées pour le Grand Jardin. Aujourd'hui
SI
il est surtout apprécié pour ses ivoires exposés au Grihics GezcôJbc. Les eaux jaillissantes faisaient, à cette époque, un des motifs de décoration préférés. Pôppelmann avait donc disposé plusieurs fontaines le long de la galerie sud, de chaque côté du portail, aménagé en grotte ornée de statues le rez-de-chaussée du pavillon ouest. Du même côté, un escalier double pratiqué dans le pavillon ovale mène à la promenade du rem-
Cour du Ziiiitgei , état actuel, avec la statue assise du roi Frédéric-Auguste \'\
part, plantée de tilleuls, ornée de bosquets et d'où l'on découvre le lieu le plus secret du Zwingcr,\e Nywphenbad.
Au milieu se trouve la cascade, aujourd'hui tarie, surmontée de deux groupes en grès : Neptune et Triton. Le rectangle de portiques est orné de huit statues de nymphes, de faces de dieux marins et de grenouilles. Des fontaines secondaires aux vasques mouvementées et à têtes de dauphins, et des vases en grès complètent la décoration. La nature s'est chargée de la parfaire en envahissant cette retraite mystérieuse où les eaux se sont tues, des lianes et des touffes d'une végétation exubérante.
L'insurrection de mai 1849, qui éclata à Dresde à la suite de la dissolution des États parle roi Frédéric-Auguste IL causa d'importants dégâts
au Zwinger. Le pavillon ovale qui sert d'entrée vers la ville, le pavillon sud-est qui' en est voisin et la salle d'opéra contiguê à ce dernier, bâtie en 1718 par Poppelmann et aménagée à l'intérieur sur les plans de l'Italien Al. Mauro. furent atteints, dégradés ou détruits par l'incendie.
On a vu plus haut qu'à la Réforme, toutes les églises de Dresde avaient été ou fermées ou affectées à la religion luthérienne Mais leur
Zvinger. — Le Xynipheiibad (bain des Nymphes) , état actuel.
torme s'y adaptait mal. L'une d'elles, la Fraucnkirchc, fort dégradée, menaçait ruine. Le Conseil résolut de la faire démolir et de la remplacer par une nouvelle église, mieux appropriée à sa destination. Quatre plans successifs furent présentés de 1723 à 1739 par l'architecte municipal. Dans une substantielle et minutieuse monographie, M. Louis Sponsel a raconté les luttes qu'eut à soutenir Georges Bahr pour faire ])révaloir ses idées contre l'ignorance, la prévention ou la jalousie. Le malheureux artiste mourut à la peine; il ne vit jkis l'achèvement de son u'uvre. qui ne fut terminée qu'en 1743 et autrement qu'il l'avait imaginée.
Bien que la seconde période de la construction se prolonge sous le règne d'Auguste III, l'u'uvre de (t. Bàhr était presque entièrement des-
sinée en pierre à la mort d'Auguste II, car le tambour de la coupole s'élevait jusqu'à la corniche. Par l'époque où les plans en furent dressés, par sa conception architecturale, par le profil des c[uatre clochetons qui encadrent la coupole et surtout par la tumultueuse décoration intérieure
l'tiolo Tallinn'
La Frauenkii-che V1727-1743). Vue prise du Xciimarll. Devant, la statue de Luther,
par Ernest Rietschel.
de l'abside, la Francnkirche, si sobre dans ses grandes lignes: trois portails surmontés de frontons, quatre escaliers^d'accès aux- étages dont la cage en pierre forme ressaut en pan coupé sur les faces, — dans son plan intérieur : voûte portée par quatre piliers élancés, soutenant des étages de galeries disposées en cercle, appartient bien au style baroque
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et l'on doit en faire honneur au règne d'Auguste 11. Ouanl au dôme de pierre, percé de larges fenêtres, avec sa calotte intérieure reposant sur huit arcs interrompus et peinte par firono, dôme dont les Dresdois sont si fiers, — il est en effet d'une conception très hardie, si hardie que le Conseil hésita longtemps à en approuver le plan, exigea enquêtes et contre-enquêtes avant de consentir à l'adopter. Ur, les calculs de son auteur étaient si justes que ce dôme dont on redoutait l'écroulement, résista victorieusement au bomljardement de 1760, tandis que la I\riii;kirc]ic et YAïuiciikirchc étaient détruites par les obus prussiens.
Les auteurs allemands font à Georges Biihr, un mérite particulier d'avoir trouvé pour les assemblées du culte réformé le dispositif idéal qui groupe les fidèles autour du pasteur et en face de l'orgue. On peut donc s'étonner que le même artiste ait imaginé pour l'autel, le chœur et la tribune de l'orgue, une ornementation si contraire à l'austérité des temjjles protestants, i.a forme de ce chœur semblable à une scène, les six arcades qui l'encadrent de leurs boiseries comme un décor, les lourdes statues assises (Moïse et Aaron] ou debout (saint Paul et saint Philippe) au-dessus des portes des sacristies, l'immense rétable en pierre représentant le Christ au Jardin des Oliviers, sous un fronton en style baroque, décoré d'une gloire et qui porte la tribune de l'orgue de Silbermann, tout cet ensemble exécuté par le sculpteur Feige, procède directement du style jésuite aux luxuriances théâtrales.
Entre la Résidence et la Sopliifiikirclic s'élève aujourd'hui le Palais Aiii Tiiscliiiibcrg. C'était, en 1705, l'hôtel particulier de la comtesse Anna-Constance Cosel, la favorite d'Auguste II. Agrandi entre 1701 et 171 1, haut de trois étages sur rez-de-chaussée, cet hôtel avait alors dixneuf fenêtres de façade. Le roi l'acheta en 17 15 et le fit meubler à la turque. Un vestibule et un escalier grandiose donnaient accès à l'intérieur. En 1719, il en fil la résidence du ])rince électoral. Ce palais a été agrandi quarante ans plus tard et il est devenu une dépendance de la Résidence royale avec laquelle il est en communication.
Sur le Jùdcnhof où l'on voit encore une jolie habitation du même temps '1715), construite par Pôppelmann. se trouvait le Rcginicntshaiis de 1710, avec deux portails, qui était l'hôtel du gouverneur de la ville, le comte Flemming.
Si le palais lloym Piniaischc Gassc) et celui que possédait dans la même rue le comte Flemming ont été rasés ou transformés sous le règne du rococostyl, — agrandi dans le cours du xviii' siècle, le palais lloym
a été affecté de nos jours au Conservatoire de musique [Haniioiiic^cbaudc). — on peut voir encore dans la Mor/f;strassc l'un des meilleurs spécimens du style baroque dresdois : le " Palais de Saxe », édifié sur
l'iiitto laniiiiL'.
Intérieur lie la Fiauenkiiche; l'autel, le rétable, l'orgue et la chaire (xvm'= siècle).
les plans de Georges Bâhr, avec deux façades, l'une sur la Moritistrassc, l'autre sur la Landhaiissfrassc. Elles présentent une ordonnance de pilastres corinthiens surmontés de consoles qui portent un triple fronton au-devant du comble; des frontons et des médaillons de héros romains alternent au-dessus des fenêtres.
D'un style analogue, mais moins orné, est la maison située à l'angle
de VAltmarkt et de la Wilsdriilfcrstrasse. dont un lion sculpté au-dessus de la pharmacie, décore X'crkcr en pan coupé, haut de trois étages.
Enfin, ne pouvant les citer tous, — un grand nombre d'ailleurs a disparu, pour diverses causes, — je veux au moins signaler le gracieux
Maison dite de Dinglinger (1715) sur le liidenlwf, style baroque dresdois.
hôtel connu sous le nom de Palais de Courlande, qui fut construit en 171g pour le comte Wackerbarth. Incendié dix ans plus tard, il fut restauré en 1729 par l'architecte Chr. KnoflFel à qui Dresde doit plusieurs des plus élégantes constructions du XVIII" siècle.
Non seulement les personnages de la Cour, grands seigneurs de Saxe ou de Pologne, s'inspiraient de la passion du roi pour la bâtisse, mais les bourgeois aisés suivaient cet exemple. Ainsi, sur V AltinarkL
XVIir- SIÈCLE 'PREMIERE PARTIE)
la maison occupée par rhôtel Ziiin g.oldciicn Ring est de 1700. Paul Schumann en cite une quantité d'autres dans la T'ôpferstrasse, la Seestrasse, la Galeriestrassc. la Grosse Bnuiergasse, la Wilsdrilferstrassc, la Zahiigassc, la Rampische Gasse. la Breitc Strasse, les rues qui avoisinent la Kreiiikirchc et la Francnkirche. Les caractéristiques du stA'le « baroque dresdois » sont la disposition des chapiteaux en forme de lambrequins, les frontons de fenêtres en accolade, qui presque toujours encadrent un cartouche sculpté, la porte à arc surbaissé avec clé de voiite très saillante.
C'est dans la Ncustadt qu'on peut le mieux étudier ce style, parce que là, les dates de construction sont d'une précision absolue. En effet, ce nom de Ncustadt fut imposé en 173J par Auguste II à la partie de la ville située au nord de l'Elbe, parce qu'elle fut presque entièrement rebâtie après l'immense incendie qui. en 1685, avait consumé Alten-Drcsdcn. Jean- Georges III en avait profité pour faire étudier par son ingénieur en chef des fortifications. G. de Klengel, un plan de reconstruction, combinant les percées des rues avec les nécessités de la défense. Il traçait une large voie allant directement du marché à la Porte Noire aujourd'hui démolie ' Albert plat; actuelle!, qui devenait le nœud de plusieurs rues en ligne droite. L'exécution de ce plan, simplement commencée sous son règne (on dessina cependant la Haiiptstrasse et VHeinrichstrasse qui se dirigeait vers la Porte Blanche et qui existe encore}, fut poursuivie rigoureusement par Auguste II, si rigoureusement qu'il exigea du Conseil de la Ncustadt, la démolition de l'église des Trois Rois, — reconstruite après rincendie sur le même emplacement et son transfèrement en dehors de l'avenue.
Le roi avait également à cœur de dégager la vue d'une de ses meilleures créations architecturales, celle du Palais Japonais ; dans ce but, il avait fait raser neuf maisons de la Meissnergasse. La Kocnigstrasse fut tracée en ligne droite de la place ainsi obtenue devant la façade (aujourd'hui Kaiser-W ilheliu-Plat^) jusqu'à la Porte Noire. De plus. par
Maison n" ■•,ie\3.Koenigstrasse
[Xiusltidt], style baroque dresdois.
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ses règlements de police, il imposa une symétrie dans la construction de cette rue nouvelle, et certaines limites de hauteur telles que le palais ne fût pas masqué par les maisons voisines. Plantée de tilleuls et bâtie au temps d'Auguste II. au moins dans ses premiers numéros, la Koenigstrassf, bordée de maisons élevées seulement d'un entresol et d'un premier étage, est d'une remarquable régularité.
Dans les rues qui débouchent sur le marché de la Neiistadt, telles que la Klostcrgasse à l'est, dont la maison d'angle abrite l'hôtel SLult Wicii. les deux Meissncrgasse, grande et petite, et la Rij/inif^gcissc k l'ouest, subsistent encore quelques maisons ou hôtels du premier tiers du yvill' siècle, plus hauts d'ailleurs, mais ornés dans le même esprit, Le plus souvent, cette ornementation affecte le portail et les deux^ou trois fenêtres groupées au centre, ou bien elle décore le pan coupé, à l'angle de deux rues. Plusieurs de ces mai.sons de la grande Mrissiiergnssc étaient affectées d'ailleurs à des services publics, entre autres, le Rcgicruiigshaiis ;hôtel du Gouvernement).
Le pont de l'Elbe avait été, avec le temps, ébranlé par l'action des eaux, la débâcle des glaces. Auguste II en prescrivit la réparation. On en dégagea l'accès en abattant la Belle Porte du xvi" siècle. Les piles furent renforcées, le tablier, élevé d'un mètre environ, élargi au moyen de corbeaux, afin de laisser un passage aux piétons. Cette transformation s'opéra de 1727 à 1732. Elle entraîna le déplacement du crucifix monumental fondu en bronze par llerold et qui. en 1670. avait été érigé sur le cinquième pilier sud du pont. Auguste II. cjui avait eu d'abord l'idée de se faire représenter par une statue équestre. — tel Henri 1\' >ur le Pont- Xeuf à Paris. — renonça à ce projet ([ui aurait ébranlé la solidité de la pile et y fit replacer le crucifix dont le métal fut doré '.
Au débouché du pont, sur la rive droite, se trouvait un poste de garde. Il est marqué .sur le plan de Dresde de 1706. Le roi voulut avoir là un édifice monumental. L'un de ses architectes français, — Jean de Bodt ou Longuelune, — avait projeté un bâtiment régulier, assez semblable au palais de Trianon, mais dominé par un obélisque formant la mire d'une perspective ouverte jusqu'à la Porte Noire. La jalousie du Saxon Chr. Knciffel, contre son collègue français, fit échouer le projet du Pyramidcngebaùdc. Lorsque le bâtiment du rez-de-chaussée, percé de cinq grandes arcades cintrées, fut achevé, on le couvrit d'un toit de circonstance. En
I. En 184), une crue de l'Klbe le précipita à l'eau avec le pilier qui le portait.
175 1, on y ajouta un entresol et, depuis lors, il a servi d'habitation au commandant militaire de Dresde. Actuellement il renferme à la fois le corps de garde de la Nciistadt et l'hôtel du ministre de la Guerre.
Les constructions militaires d'Auguste II furent complétées par celle des casernes de la Nciistadt, aujourd'hui détruites et par l'aménagement en Ecole des Cadets, du palais AVackerbarth, sur la Ritterstrassc dont le percement date de 1725 Haut de trois étages, d'apparence très simple
Le Blockhaus (Grand'Garde de la Neiisiadl), état actuel ii/ji 1892).
à l'extérieur, le Kadcttiiihaits, aujourd'hui désaffecté, possédait un très vaste manège et un bel escalier qui se voit encore à présent.
Mais le principal édifice de la rive droite et l'un des plus caractéristiques du goiît de l'époque, c'est le Palais Japonais. A l'origine, le comte Flemming avait fait construire en 17 15, un grand hôtel particulier en face de l'Elbe. Il le destinait à sa collection de porcelaines. D'où l'appellation primitive de « Palais d'Hollande », parce que, au XVII'^ siècle, les amateurs de céramique tiraient des Pays-Bas, les porcelaines de la Chine et du Japon. Auguste II obligea le comte Flemming à lui céder et son palais, et sa collection qu'il accrut de ses achats à Paris et à Delft. D'autre part, à la même époque, l'inventeur européen de la porcelaine dure, Bottger, commençait à obtenir à ^leissen des imitations des produits chinois et japonais. Le roi, qui encourageait de ses deniers les efforts de la fabrique
saxonne, lui prodiguait les commandes, celles notamment de grandes pièces décoratives pour les salles du Palais Japonais'. Au reste, cette affectation spéciale ne fut donnée qu'en 1729 au « Palais d'Hollande ». Dans l'intervalle s'effectuèrent les travaux d'agrandissement, par l'édifîcation d'un bâtiment nord et des deux ailes rejoignant la façade sur
PiK.1.1 SI0C.II11.T.
l'al.iis Japonais ^Xcusladt). — FaçaJe sur le Jardin, regardant l'Elbe.
l'Elbe. C'est aux architectes français. Jean de Bodt et Longuelune, que l'on attribue ce remaniement, tandis que l'on fait honneur à Poppelmann de cette façade et de l'originale cour centrale avec galerie extérieure et balcons supportés par des hermès japonais.
Conformément aux plans approuvés par son père, Auguste 1 1 1 lit
I. II en sera parle à la fin do ce livre, au chapitre sur Meissen et la porcelaine de Saxe.
XVIII» SIECLE (PREMIERE PARTIE) 6i
achever le Palais Japonais. Le fronton de la façade principale en précise la destination : dans un relief du tympan, des Chinois et des Saxons font hommage au roi des porcelaines de leur pa3's. Celui de la façade sur l'Elbe est simplement orné de Teffigie d'Auguste II. avec la couronne ro3'ale et des attributs guerriers. Pour la décoration intérieure. Auguste III se conforma aussi aux vœux de son père, qui étaient d'en faire en quelque sorte le Musée de la porcelaine, mais un musée où la porcelaine aurait formé pour ainsi dire le revêtement mural, la matière des meubles, jusqu'à celle d'un trône dans la grande galerie, et les tuyaux d'un orgue colossal, — serait entrée dans la construction même, sous forme d'hermès japonais soutenant les balcons de la cour intérieure, de bas-reliefs pour la décoration de la chapelle où la chaire et l'autel de\'aient aussi être en porcelaine. De même, dans le jardin élargi de deux cents pieds vers l'Elbe, les statues, les vases, les caisses de plantes.
Les plans d'aménagement du palais antérieurs à la mort d'.Vuguste II. paraissent être de Poppelmann ; ceux de 1735. de J. de Bodt ou de Longuelune. Le rez-de-chaussée était réservé aux porcelaines de la Chine et du Japon ; JNleissen devait fournir la décoration du premier étage. La fabrique saxonne livra en effet, suivant les spécifications approuvées par le ministre, les plats, assiettes, services à thé, qui devaient former frise ou objets d'étagère, les oiseaux ou les animaux, en blanc ou en couleur, qui devaient trouver place sur les socles et les consoles, et jusqu'à un î;'/ockfiisp/f/ qui figure actuellement au Joliaiineiim,
Peu à peu se refroidit l'enthousiasme qui avait inspiré cette coûteuse folie. Le projet ne reçut jamais son exécution intégrale et l'on en vint, dès 1755, à enlever des galeries les pièces fragiles qui les ornaient, puis à les placer dans les sous-sols où l'humidité nuisit à leur conservation, tandis que les salles du palais étaient employées à d'autres usages. Rien ne subsiste aujourd'hui, dans ces salles, de la décoration en boiseries laquées, glaces, tentures de soie de couleur différente pour chaque pièce, blanche, jaune, ponceau, ordonnée par Auguste III. Vers 1780. le premier étage fut affecté à la Bibliothèque royale qui. un siècle plus tard, envahit le palais tout entier.
photo Tuiiimf.
Statue équestre d'Auguste H. sur le marché de la Nenstadt (1735).