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chambres du second étage représentent des personnages vêtus à la mode du xvnr siècle ; elles rappellent les expériences faites dans ces locaux par Bottger en 1709 et qui l'ont conduit à la découverte de la porcelaine. De son côté, la ville a honoré d'une statue l'inventeur qui a rendu célèbre le nom de Meissen dans le monde entier.
Ce qu'il y a de singulier dans l'histoire de la porcelaine européenne.
Intérieur de l'Albrechtsburg : salle des Appels.
c'est qu'elle a été inventée par des alchimistes : Bottger ou Tchirnhaus, peu importe! (on a discuté longuement sur la priorité de leurs trouvailles 1, qui cherchaient la pierre philosophale. Et c'est pour avoir été inquiété à Berlin, à raison de ses recherches suspectes d'alchimie, que Bottger, en 1701, se réfugia en Saxe.
Retenu prisonnier par Auguste II, à Kcenigstein, puis à Dresde, transféré à Meissen en 1705, Bottger ne trouvait toujours pas d'or. .Mais il eut le bonheur de découvrir un procédé pour la fabrication d'un produit analogue au grès rouge chinois, dit Boccaro. Ses recherches furent encou-
- par ITchirnhaus, savant physicien, qui avait proposé à Auguste le Fort de créer une porcelaine européenne similaire de la porcelaine blanche chinoise; mais il n'avait obtenu qu'une pâte tendre analogue à La porcelaine de Saint Cloud. Ce qui constitue la porcelaine dure, c'est le kaolin. La découverte du gisemenl de terre d'Aue, en Saxe et La mainmise par l'Etat sur ce gisement, vinrent fournir à Bôttger l'élément indispensable à la fabrication <le La pâte dure. Tchirnhaus étant mort en
seul à poursuivre ses recherches, à en recueillir L'honneur fruil Dès 1709, les expériences avaient abouti à produire des spécimens de porcelaine dure, blanche.
Le roi avail aperçu Le parti qu'on pouvait tirer des découvertes du céramiste. Matériel et ouvriers furent transférés en 1710. à l'Albrechtsburg. de Meissen : ceux-ci étaient astreints à n'en pas sortir et à garder le secret sur les procédés de fabrication
Rien de plus passionnant pour un amateur de porcelaines, que de suivre, d'après le classement chronologique de la collection du Johaniitiiiu, l'histoire des tâtonnements de l'inventeur : d'abord, les ustensiles en terre d'Okrilla rouge, de nuance plus ou moins foncée et que l'excès de la cuisson faisait tourner au noir : la même pâte vernie et émail- Lée, avec ornements en relief rapportés, essais de couleur et de dorure ; vases a glaçure noire avec réserves de rouge. Puis, grâce à la terre d'Aue | kaolin . moulage et cuisson de porcelaine blanche, d'un blanc à la vérité encore bien défectueux, grenu, jaunâtre Successivement, on produit des pièces ajourées, on ajoute de légers reliefs : on procède aux premiers essais de peinture, en prenant pour modèle la porcelaine de Chine, avec un nombre de teintes fort limité : brun, bleu, vert pour les feuillages, à ceux de dorure ou d'argenture, très imparfaits â l'origine. Par accident. argenture déteint en noir. Les imitations des formes chinoises et japonaises, les débuts du modelage artistique, représentant des personnages, des nains, conduisent le visiteur jusqu'à la fin de la carrière de Bôttger. Celui-ci mourut le 13 mars 17 19.
Vient ensuite la période dite d'Hérold. Originaire d'Iéna, J. G. Hérold était fixé à Vienne, d'où il fut appelé en 1720 â la direction de la fabrique de Meissen. Bon administrateur, peintre habile, il donna un grand essor a La décoration des plats, des assiettes, des services de table, augmenta le nombre des couleurs, introduisit l'emploi des rouges de cuivre et d'étain, du vert de mer. du jaune-citron, du violet et du bleu foncé ; il en aviva l'éclat jusqu'à rivaliser parfois avec le coloris des porcelaines d'Extrême- < >rient. Il parvint â éclaircir la blancheur de l'émail, â trouver en 17,34
la formule du bleu sous-glaçure, si laborieusement cherchée dans la période précédente.
Placé sous la haute direction du comte Hoym, qui aimait Paris pour y avoir résidé, la fabrique avait cherché des débouchés du côté de la France ; elle s'était fait envoyer des dessins de Meissonnier et des modèles à exécuter. C'est ainsi que pénétra à 3Ieissen le goût des masques, des
Soupière du Schwanenservice aux armes du conue Brùhl
(Collection des Porcelaines au Johannenm).
(Hxlrait de l'ouvrage Meissner Pm~xeUan. par Karl Berling. Brockhaus, éditeur^.
lambrequins, le style Watteau. Les petites scènes peintes dans des cartouches ou sur le marli des plats et des assiettes, remplacèrent les simples décors primitifs de fleurs, de pampres. Ilérold multiplia sur les services, pots à bière, saladiers, soupières, encriers, tabatières et pipes, les sujets champêtres ou galants, les tableaux de chasses, les cavaliers à la Wouwerman, non sans y mêler parfois des motifs, analogues aux motifs
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chinois ou japonais, empruntés à la flore extra-européenne ou à la faune ailée : papillons, coqs de bruyère, oiseaux de paradis
Plusieurs services de toilette, de table, à thé ou à café, exécutés pour le Roi ''ii pour d'autres personnages, entre 1730 et [734, en sont au Musée les spécimens caractéristiques et glorieux.
Tandis qu'Hérold répugnait aux exagérations du style baroque, qui réduisaient le champ de la peinture, les modeleurs Lûcke, Kirchner, entrés à la fabrique en [727-28, cherchaient à innover dans le domaine de la tonne, subissaient l'influence de ce style. Elle prévalut avec J Joachim Kandler, sculpteur saxon, élève de l'hoirne
Dans la période de Kandler, c'est-à-dire de 1735 à 1776. le modelage l'emporta naturellement sur la décoration peinte. C'est la belle période des produits de Meissen, celle des tons chauds, francs, vigoureux ; la perfection du dessin n'enlève rien à la spontanéité du trait, à la liberté du modelé, à la vivacité des attitudes
Depuis l'avènement d'Auguste 111. son favori, le comte Bruhl, avait dans ses attributions la liante direction de la manufacture. C'est pour lui que fut exécuté le magnifique Schwanenservice. Les cygnes n'en sont pas les seuls motifs d'ornement : les dauphins, tritons et néréides, un festonnage de coquilles, concourent à la décoration. Ce service, timbré aux armes des familles Briïhl et Kolowrat. a été en partie détruit ', mais les pièces capitales sont demeurées soit à Dresde, soit au château de Pforten, ancienne résidence du comte Brùhl.
La mission principale confiée à Kandler par Auguste II. était de diriger la confection des grandes pièces : plats, vases, animaux, oiseaux, destinés à la décoration du Palais Japonais. .Mais la plupart de celles qui. sous le règne de ce roi, ont été exécutées dans ce but, ne sont pas de Kandler. Kirchner serait l'auteur de ces animaux. Pour la vérité de l'observation, ils n'égalent pas ceux que Kandler modela plus tard d'après nature et qui suffiraient à la gloire d'un sculpteur animalier.
Après avoir supplanté Kirchner, Kandler devint, à partir de 1733, seul modeleur à .Meissen. En dehors des oiseaux de toute espèce et des animaux, l'artiste a moulé des apôtres en porcelaine pour la chapelle du Palais Japonais ou pour l'impératrice Amélie ; des groupes à personnages comme celui du Calvaire, celui de Saint-Hubert, le Martyre de saint François-Xavier, que l'on peut admirer au Johanneum et dans lesquels
1 . I rne partir de ce service se trouve- à Berlin, au Musée des Arts décoratifs. Plusieurs appartenant au fidéicommis de la succession Brùhl 11703 ont été prêtées en 1899 au Musée des Arts industriels d>- Dr.-sdi- dont elles font l'ornement.
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le manque de naturel propre au style baroque n'exclut pas l'observation.
On y peut voir aussi le modèle réduit de la statue équestre d'Auguste III
dont toutes les pièces : socle et monument, attributs, figures allégoriques,
arbustes et jusqu'aux bornes, devaient être en porcelaine. En 1755. après
Projet du monument équestre d'Auguste III (modèle réduit), par J.-J. Kaudler {Johanneum) . (Extrait de l'ouvrage : Meissner Por^ellan, par Karl Berling. Brockhaus, éditeur
de longues études préliminaires, Kandler fit un modèle en plâtre de dix mètres de haut, que l'on exposa sur un échafaudage, dans la cour de V Albrechtsburg . .Mais d'une part, l'invasion prussienne qui, pendant la Guerre de Sept ans. occupa 3Ieissen et son château et interrompit les travaux de la manufacture, la pénurie du Trésor causée par les désastres de la Saxe, la mort d'Auguste III ; d'autre part, les obstacles matériels à la coulée d'objets de pareilles dimensions, firent renoncer à l'accomplis-
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semenl d'un projet aussi téméraire que grandiose. Le modèle en plâtre même fut détruit en 1779.
En 1740. l'influence française, un moment contrariée, avait reparu à Meissen, introduisant les formes rocaille, le style Louis XV, si merveilleusement approprié .. la préciosité de la matière Concurremment avec les grandes pièces de collection, tels les grands cadres de miroirs em oyés en présent par Auguste III à Louis XV, en 1750, la fabrique produisait abondamment de ces petites figurines hautes de quelques pouces, habillées à la mode de Paris, bavardant, caquetant, minaudant, qui devinrent bientôt la coqueluche des salons et des boudoirs < )n débuta par des personnages de la Comédie italienne, puis on représenta des scènes de mœurs, des scènes d'amour, jouées en costumes du temps Mais à côti 'les galants marquis à jabots «le dentelles et des « belles écouteuses ". KLandler produisait aussi des types nationaux : Turcs. Chinois. Polonais, Tcherkesses, nègres, façonnait des artisans de tous métiers. Saxons. Italiens ou même Français, d'après les estampes de Callot ou de Délia Bella, équipai! des soldats: trabants, pandours et timbaliers, d"une couleur toujours tranche, vive, brillante, d'un émail éclatant.
K and 1er se laissait aussi guider parle goût français pour les sujet s allégoriques, les mythologies tirées des Métamorphoses d'Ovide, lorsque les Quatre Saisons, les Quatre Eléments, les Cinq Sens lui servaient de motifs d'ornement, lorsqu'il modelaitpourlepalais Briïhloù périrent plusieurs de sesceuvres, une Fontaine dt Neptune, diminutif de celle de Mattielli.
La porcelaine de Saxe avait bientôt fait naître l'engouement. Le succès même suscita la concurrence ; Meissen eut à se défendre contre les fabriques de Vienne, de Bayreuth, de Hœchst, de Mannheim. A la mort d'Auguste III, la situation de la fabrique était déjà compromise, la faveur déclinait, la peinture y était en décadence. On chercha à la perfectionner en confiant la direction artistique à Dietrich On envoya des émissaires a Vienne, à Paris, en Hollande, s'enquérir des variations du goût, chercher de nouveaux collaborateurs. A Paris, ils s'attachèrent le sculpteur Michel- Victor Acier, préalablement examiné sous le rapport de la capacité par le graveur J. (t. Wille, ami et correspondant de Dietrich.
Arrivé a Meissen à la fin de 1764, Acier contribua à introduire dans la fabrication des petits « saxes » d'étagère les caractères du goût français. S'inspirant des dessins de Iluet. il imprima aux formes plus de légèreté et d'élégance, plus de mignardise; il se complut aux sujets gracieux tels que jardiniers, musiciens, amours et bergerades
Les grandes pièces de la vieillesse de Kandler montrent l'évolution du « baroque » vers le « classicisme », préconisé par Winckelmann; mais Acier lui-même, parfait représentant de l'art Louis XV, transforma sa manière selon l'évolution qui se produisait alors dans le style français. Meissen tourna à l'imitation des formes antiques que Sèvres et Wedgwood avaient mises à la mode. Cette transformation coïncide avec la mort de Kandler et la nomination comme directeur du peintre Schenau, élève de Louis Silvestre 1775)- Dans les sujets à personnages, les frivolités Louis XV sont remplacées par des sentimentalités à la Greuze : le Pont rompu, les Œufs casses, le Miroir brise, le Bon père, la Bonne mère. Aux formes tarabiscotées se substituent les lignes droites, la symétrie, les motifs classiques : guirlandes, thyrses, torches, médaillons couronnés de lauriers. Cette évolution affecta d'abord les socles (et l'on eut ainsi un art de transition . puis les petites pièces, enfin se manifesta, comme à Sèvres, dans la composition de groupes fiorianesques en biscuit : V Exhortation de l'Amour. l'Amour apprivoisé, la Marchande d' amours, les Trois Grâces Le modeleur Jùchzer y excella. En même temps, les tonalités naguère si franches, si éclatantes, s'affadirent, tournèrent aux nuances tendres, tourterelle ; le rose pompadour dégénéra en saumon ; le bleu perdit de sa pureté, on essaya de copier le « bleu de roi » de Sèvres et le bleu de lin de Wedgwood, mais les amateurs préféraient les produits français et lorsque le style Empire succéda au Louis XVI, ceux de la manufacture de Vienne.
La plus intéressante pièce cuite à Meissen dans cette période est le « Groupe d'hommage à l'Electeur Frédéric-Auguste III » ; il date de 1776 et la grâce n'y est pas encore devenue de la fadeur. Quatre ans après, la fabrique, sur les plans de Neubert, orfèvre de la Cour, d'après les dessins de Schenau et avec la collaboration du sculpteur Mathaei, exécutait la cheminée en porcelaine que l'on voit au Grùnes Gew'olbe.
Peu sensible aux arts, Frédéric-Auguste III ne s'occupa guère d'abord de la manufacture. Quand il y songea, ce fut pour en abandonner la direction au comte Marcolini, amateur éclairé Marcolini mourut en 1814. Après lui, dans le premier tiers du XIXe siècle, la fabrique saxonne ne fit plus que décliner ; elle se traîna dans l'imitation des sujets antiques, puis après 1 S33. revint au style « rococo » qui avait fait son succès au XVIIIe. En dehors de quelques circonstances où elle dut exécuter des vases d'apparat, des surtouts, des groupes, d'après un dessin demandé à un peintre, un architecte ou un sculpteur illustre : Schwind, Semper ou Thorwaldsen, elle s'est bornée à rééditer indéfiniment les modèles qui avaient fait sa gloire
et même à reproduire les marques anciennes, contrefaçon d'ailleurs peu redoutable aux connaisseurs, car l'aspect de l'objet suffit à la dénoncer La visite, au Johanneum, des travées réservées à La période moderne, celle du dépôt de Dresde ou des magasins de vente à la manufacture de Meissen, -qui, depuis [864, a évacué le château qu'elle avait dégradé et parfois même incendié, cl qui a été installée par la ville, dans la vallée de i.i Triebisch, — produit une impression attristante. Les formes n'ont pas sensiblement dégénéré, — c'est une question de moule, — mais le rose s est mué en café au lait, les teintes sont devenues fausses, décolorées, la dorure est laide et criarde. Il n'y a d'intéressant à signaler que la tentative de rénovation dans le s, mis de limitation de la porcelaine danoise, qui remonte déjà a une dizaine d'années. Ajoutons que l'incontestée décadence de la porcelaine de Meissen n'a pas nui à son succès auprès des classes moyennes.
Je mêlais souvent demande d'où les porcelainiers saxons, au XVIIIe siècle, avaient pu tirer les modèles de leurs figurines frivoles, légères, aux grâces désinvoltes, au petit nez retroussé, et j'en attribuais la création à l'imitation des dessins de Watteau, de Pater, de Lancret. Depuis que. pour la préparation de ce livre, j'ai dû passer quelques semaines à Dresde, il m'a suffi, pour comprendre, de regarder autour de moi. Les artistes et les ouvriers de .Meissen n'ont certes pas échappé à l'influence du goût français, mais, avant tout, ils ont naturellement copié ce qu'ils avaient sous les yeux
Rien ne ressemble moins à un Poméranien qu'un Saxon de Misnie, à une lourde « Germania >> qu'une de ces jeunes ouvrières gaies, vives, lestes, à la bouche menue, aux yeux rieurs, à la taille fluette, qui, à la sortie des ateliers, des magasins, se répandent dans la Pragerstrasse, dans la Seestrasse, comme nos « midinettes » dans la rue de la Paix. Les allures, le caquet féminin, la vivacité de ht race, m'ont fait sentir tout ce qu'il y a d'observé et de naturel dans les attitudes des figurines en « vieux Saxe ». Habillez par la pensée ces fillettes de Dresde en falbalas Louis XV, coiffez-les d'un œil de poudre, et vous apercevrez dans le « rococo » de Meissen la floraison colorée de l'art saxon du XVIII0 siècle.
Suisse saxonne : ville et citadelle de Kœnigstein.