CHAPITRE VIII
Manière défectueuse de sauter du cheval Remèdes ày appliquer. -Du sucre et du caveçon
UNK longue pratique et un coup d'œil exercé sont nécessaires pour savoir rapidement distinguer le côté faible et défectueux du saut d'un cheval.
Différents cas peuvent se présenter: ou bien l'animal joue avec l'obstacle, ou bien il n'accuse rien fonçant au travers, ou bien, le plus souvent, il prend de trop loin ou de trop près.
Si le cheval joue, on a la ressource de rendre le joujou fixe; mais outre la casse dispendieuse des obstacles à laquelle peut s'ajouter celle plus désagréable du sauteur nous n'approuvons pas ce moyen extrême, qui produit la plupart du temps l'écœurement, ou tout au moins une appréhension de longue durée.
La plupart des cavaliers, pour éviter le bris du matériel, ou les notes du vétérinaire, se servent d'obstacles de carton, du type de ceux que l'on rencontre dans presque tous les manèges civils ou militaires, grave faute, à notre avis ; un cheval qui, à ses débuts, a compris qu'il n'y avait qu'à foncer de sa masse et de son poitrail, voire même de son nez, pour mettre tout à terre, est un cheval aux trois quarts perdu !
D'autres se leurrent de douces illusions; s'imaginent que le cheval manque d'expérience et, qu'en lui apprenant à la longe, à bien prendre sa battue, à bien se servir de son encolure, à bien passer la barre par terre, ils auront tôt fait de changer ses mauvaises habitudes.
La barre par terre? Nous allons soulever bien des tempêtes, en lui cherchant noise à cette vieille radoteuse, qui, depuis des éternités, mange la sciure de bois ou le tan de nos manèges.
Nous n'y croyons pas ou du moins nous n'y croyons qu'à la condition expresse de la rendre rigoureusement fixe et inamovible.
90 ilAXIERK DKl'J^CTUEUSK DK SALTJiR J)U ClIlCvAi,
Cette barre cjue le cheval retrouvera ])endant toute sa carrière >urniontaut une foule d'obstacles, celte barre (lu'il devra toujours resi^ecter, puisqu'elle est le symbole d'uue fixité daugereuse, est-il logicjue de lui appreudre à sa ])reuiière leçon, que c'est un leurre un obstacle pour rire. (|u'elle roule et <|u'il ]icut \' poser les pieds sans se faire mal.
Pourquoi alors pour montrer à un cheval de chasse comment il doit sauter un arbre en foret, ne pas lui faire fabriquer un chêne en carton ?
\'ous voulez enseigner à votre monture la cadence du saut, la franchise et la manière de se servir de son encolure, un petit fossé creux vous rendra bien mieux les mêmes services sans olifrir les mêmes inconvénients.
Pendant bien longtemps, je me suis fatigué les méninges, pour chercher quelque chose qui, sans être trop fixe, sans être dangereux, ni brutal, empêcherait l'animal de mettre l'obstacle par terre; le lui ferait, dès son entrée dans le monde du saut, craindre et respecter ; le forcerait de prendre sa battue à la bonne place, mieux que toutes les ridicules barres blanches roulant par terre ; et plus vite que des mois de travail à la longe, suivis de formidables tapins de barres de cent kilos.
Ma trouvaille est fort simple, et je la soumets à mes lecteurs pour ce qu'elle vaut, leur conseillant de l'essayer avec un cheval de quatre ans qui ne sait encore rien des premières lettres de son alphabet, ou avec un cheval sautant mal qu'ils veulent améliorer.
Nous savons tous que la faute lourde, celle qui met le sauteur liors concours et l'obstacle à terre, provient neuf fois sur dix de ce qu'il a l)ris sa battue de trop près.
Une manie des dresseurs français est de débuter par des obstacles droits, murs ou barrières. Ils ont le plus grand tort; les premiers f-bstacles devraient toujours au contraire se présenter au jeune cheval inclinés, comme ceux que l'on rencontre généralement à travers champs ; où il n'y a de droites que les barrières ou les clôtures qui ofifrent le ])lus de difficultés à tous les chevaux.
Il n'est pas logique de commencer par ce qui est le plus malaisé à apprendre pour bien sauter .
Il me fallut donc trouver un moyen d'éloigner le sauteur de son obstacle.
A cet effet, je fis traverser mes poteaux horizontalement à
RKMI:D]-:S a y APPI.IOUKR
un mètre de hanteur par des barres de fer plates distancées les unes des autres de o'"20, et percées de trous destinés à recevoir de légères tringles verticales, dont la ttte se terminait par un anneau, et qu'on pouvait retirer à volonté.
Ces tringles une fois posées se trouvent éloignées, la première de o'"25, la seconde de o'"35 du poteau.
Le but de cette double échelle est d'abord de servir de support
aux différentes barres ; ensuite et surtout de maintenir une perche en avant de l'obstacle, soit à o'"25, soit à o"'35, afin d'en éloigner le cheval de gré ou de force.
Le moyen était ainsi trouvé de rempêcher de prendre de trop près, et de venir tâter avec son naseau ou son poitrail le ])lus ou moins de fixité d'un obstacle artificiel.
Ce petit truc si simple m'a admirablement réussi avec tous les sujets sans exception.
92 RliMÈDJiS A V Ai'l'LlQUER
Je le crois le meilleur de tous pour forcer le cheval à prendre sa battue à la bonne place; pour renipêcher de galoper ou de bourrer dans l'obstacle, qu'il s'habituera de suite à respecter, sans s'en faire un épouvantail, et sans risquer de s'y casser ou de s'y tarer, comme cela arrive trop souvent sur du fixe.
De la sorte, une grande économie de planches est réalisée ; et plus n'est besoin d'un menuisier raccommotleur à l'année, comme nous en voytnis dans certaines écuries de concours.
11 suffit d'un jeu de barres de rechange, dont fort peu cassent, du reste, quand elles sont en bois vert et flexible.
Il se rencontre malgré tout des chevaux désespérants, que rien ne semble devoir corriger de l'effleuré ou du renversé avec la masse ou le poitrail.
Ces frôleurs ou renverseurs de taquets sont, en général, les gros cobs, aux sabots énormes et brise-tout, à la masse imposante qu'aucun choc ne parvient à déséquilibrer en l'air.
]\Jerveilleux à travers les fields anglais avec 120 kilos sur les reins ils font dans les concours de véritables hécatombes d'obstacles artificiels, et voler en éclats nos murs gâteaux montés ou nos barrières de pacotille.
Je pus enfin en venir à bout et en très peu de temps par le procédé suivant.
Je modifiai à l'intention de ces cobs mes poulies-perches, et les remplaçai par des planchettes de bois, auxquelles je ménageai mie glissière, formée de deux rainures de bois solide, verticales et parallèles fixées à l'intérieur des chandeliers.
Des cordes fixées par deux pitons aux extrémités de la planche la relèvent par le procédé habituel et la cassent au besoin dans les pattes du cheval (jui est ainsi corrigé plus ou moins durement suivant la force de traction qu'on y met.
Les planchettes doivent avoir deux centimètres d'épaisseur, de 10 à 12 centimètres de large. Pour faire un avec l'obstacle et ne point être devinées par le sauteur, elles devront être peintes de couleur grise ou rouge pour un mur, blanche pour une barrière.
Comme pour tout autre genre de travail ou de barrage en liberté, l'animal doit avoir les tendons protégés par quatre bonnes flanelles, et porter une paire de genouillères solides, souples et bien serrées audessus du orenou.
REMEDIvS A Y APPLIQUER
RKMEDHS A Y APPLIQUER
Des guêtres de ])olo sont encore ce qui protège le mieux l'arrièremain.
Ce mo}en /'/; c.vtrciiiis. m'a réussi souvent au-delà de toute espérance, les chevaux croyant sans doute que l'obstacle se relevait sous leurs i)attes.
11 va de soi que ce petit truc n'est profitable qu'aux animaux d'une franchise absolue et que rien ne rebute. Ce sont généralement les meilleurs et pour eux mon tapin-planchette fera toujours merveille.
PLANXUETTE A GLISSIERE RELEVEE PAR DES POULn;S D^XS LES JAMBES DU CHEVAL
S'il s'agit, au contraire, de rogneux ou de nerveux, ne voulant supporter personne autour des obstacles, et n'endurant aucune correction, la i)erche-arrêt débordant en avant de o"'35 aura déjà fait merveille.
L'animal la confond avec l'obstacle (|u"il ne peut pdus renverser ou ébranler de sa masse, et s'y corrige sans secours étranger cjui le ferait refuser.
l'n bon moyen ])0ur ces rebelles au barrage est de surmonter l'obstacle d'un tuyau de plomb creux, épais et long de o^SO. pesant