‹ Dressage en liberté du cheval d'obstaclesChapitre 34 sur 61 · LE NOUVEAU TAQUET · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU TAQUET

pendante de l'obstacle, mais s'ajustant exactement sur son sommet, peinte de sa couleur, ])our mieux tromper le sauteur, et qui, au moindre frôlement de la pince du fer se déplaçait ou tombait.

ARTiFiCliS DK DRIÎSSAGE: 79

Rien n'estj plus c'quitable ; cette petite barre évite toutes discussions, et obvie à toute distraction de la part du marqueur. La faute est autrement facile à véritier par exemple que l'eftieurement du devant et du derrière, que bien des gens critiquaient en IJelgique, où, pourtant en fait de sport bippique, il y a bien plus à hjuer qu'à blâmer.

Depuis deux ans à iîruxelles, ]\1. Du];uicb a trouvé mieux. Il avait observé de son œil auquel rien n'échappe qu'en France, même avec le taquet mobile, la veine était trop flagrante pour certains cavaliers.

Nous avons tous vu en effet, les chevaux de concurrents nés coiffés, taper fortement le dessus d'un mur ou d'une barrière, et un peu en dessous de la barre-taquet, et celle-ci ne pas tomber ; tandis que pour d'autres, rien que l'imperceptible frôlement d'un saut de volée un peu trop large la faisait voler en l'air.

C'était une injustice cruelle du sort auquel il fallait parer dans la mesure du possible.

j\I. Dupuich y parvint en supprimant la barre mobile ; mais rendit mobile la partie supérieure de l'obstacle lui-même dont la base était fixe, par exemple la dernière traverse d'une barrière des champs. Cette traverse mobile, étant touchée sans être déplacée, il n'y avait pas de faute, si au contraire elle était déplacée, il était marqué un quart de point, si elle tombait, une faute complète.

C'est de loin, le mode le plus équitable de tenir compte des fautes, et celui qui devrait être universellement adopté.

L'invention du ta(|uet serait donc un titre de gloire pour la Société Hippique frani;aise, si elle n'en avait abusé de sa décou- \'erte, au point d'en donner une indigestion aux cavaliers et aux spectateurs ; si, surtout, à côté des obstacles à taquets, indispensables pour augmenter la sévérité d'un parcours, son imagination rétive au progrès avait su trouver un peu plus d'obstacles variés et de campagne.

Nous reviendrons au long sur cette critique au chapitre X.

Désormais contraint de faire une guerre à mort à l'impitoyable marqueur de peccadilles, le cavalier de concours dut dresser sa monture non seulement à bien sauter, mais à sauter haut, toujours plus haut, de façon à ne pas chatouiller l'enfant terrible.

De cette obligation, de ce duel à outrance, sont nés les artifice, de dressage en général et en particulier LK tapin.

Le mot n'a pas, que je sache, droit d'entrée dans le dictionnaire

8o ARTIFICES DE DRESSAGE

de l'Académie, mais il est passé dans notre langue à l'emporte-pièce. et nous radoptons comme les camarades.

Le tapin est donc l'antimicrobe du taquet, de l'effleuré, du frôlement, du chatouillement de l'obstacle.

Nous n'en finirions jamais, si nous voulions dresser la liste complète, de tous les outils ingénieux ou bizarres, de tous les instruments de torture, qui sortirent de l'imagination des concurrents pour le plus grand malheur de leurs infortunés quadrupèdes.

C'est d'abord la menue barre, qui, dissimulée tant bien que mal, à fleur du taquet, est manœuvrée d'une seule main. Si elle manque souvent les sabots de la monture, elle se rattrape sur les tibias du cavalier.

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La grosse barre de fer creuse démontable, vissable ou dévissable à volonté. Il faut deux forts de la halle pour la lever vite un peu haut, c'est dire qu'elle arrive trop tard, toujours trop tard à la correction. Quand, par-dessus le marché, elle se tord sous les horions, il faut réquisitionner toute une équipe pour la redresser.

La perche recouverte d'ajoncs marins, qui forme un balai d'aiguilles à son extrémité; elle a l'avantage peu appréciable de communiquer aux boulets des victimes la fièvre d'ajoncs, sans qu'il soit besoin d'un long déplacement pour aller courir le renard dans les landes épineuses de Pau ou de Biarritz.

Puis un instrument de supplice, découvert sans nul doute dans les geôles de l'Inquisition, tout à fait indigne, selon moi, de figurer dans la panoplie surélévatrice d'un sportsman, la gaule à l'extrémité gainée de cuir et garnie de clous pointus.

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ARTIFICES DD driîssage; 8i

L'outil merveilleux releveur s. g. d. g, dont nous avons entrevu les prospectus aux alléchantes promesses, mais que nous n'avons jamais essayé, ayant été guéri à tout jamais de ces admirables machines par un outil du même genre que nous avions inventé et qui ne nous donna que des déboires.

L'aide fantôme qui accroupi derrière le mur surgit avec sa barre au risque de se faire rompre les os, quand le cheval est déjà loin.

L'obstacle lui-même que l'on se met à deux pour relever dans les jambes du cheval.

Si celui-ci est d'une franchise à toute épreuve, c'est certainement un des meilleurs tapins.

J'inventai donc un jour un appareil que j'eus la bonne idée de ne point faire breveter, et je croyais pourtant avoir fait une découverte sensationnelle. Jugez-en un peu

C'était une caisse énorme, genre boîte de jeu de croquet, longue de 3™50 et épaisse de 0,50 centimètres, munie à l'intérieur de puissans ressorts à boudins, se tendant ou distendant très aisément. Figurez-vous ces boîtes joujoux dont il surgit tout à coup un polichinelle, pour la plus grande joie des marmots.

Les deux parois de la caisse étaient ramenées l'une contre l'autre en pressant vigoureusement sur les ressorts. L'appareil était aussi mis au cran en arrière.

En tirant sur une ficelle attachée à un anneau à une certaine distance de la boîte, le déclanchement se produisait instantanément. La paroi supérieure de la boîte, repoussée par les ressorts, se relevait, surélevant en même temps de 0,30 à 0,40 centimètres le mur ou la barre que l'on avait posés dessus.

L'idée semblait pratique, voire même géniale.

Le système, enterré dans un trou, semblait ne pouvoir être éventé par le cheval, qui sent ou devine plus ou moins l'homme, si bien caché qu'il soit.

A l'application ce fut un désastre. Le déclanchement, qui en théorie devait être rapide comme l'éclair, en pratique relevait l'obstacle ou trop tôt ou tard, et le plus souvent le chavirait complètement, ce qui était encore pis. Le cheval était anéanti, terrorisé par ce tremblement de terre inattendu.

Je reléguai mon fameux truc au musée des souvenirs et... je redevins sérieux.

Il nous fallut donc, comme tout le monde, recourir au tapin

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pour le dressage des chevaux Xcus le croyous plus ou moins bon sous ses nuiltiples formes, à condition que cet instrument soit joué en variant les airs et a\'ec du doigte.

Le barrage à la main, le seul utilisable en déplacements de concours, rend de grands services, à condition de n'être pas trop répété el surtout d'être donné à un moment opportun, en dissimulant l'aide le mieux possible sur les côtés de l'obstacle et jamais derrière, ce qui est trop dangereux.

L'homme s'appliquera alcrs à cogner les jambes de clevant ou de derrière de l'animal, suivant qu'il laissera davantage traîner celles-ci ou celles-là.

Le cheval n'est pas aussi idiot qu'on le croit généralement; ii est doué d'une prodigieuse méiuoire ; si on le barre trop ou toujours suivant le même système, il sera très bondissant aux 4 ou 5 premiers obstacles d'un parcours: puis. agréablen:ent surpris de ne plus se sentir fra])per aux jambes, il se négligera petit à petit et fera fautes sur fautes en finissant.

Nous recommandons donc à l'exercice de ne jauiais taper un sauteur avant de lui avoir fait sauter <|uelques obstacles ; de ne le taper qu'au moment précis où il commencera à s'oublier, à être moins haut, comme nous disons.

Nous conseillons la manière de procéder suivante, qui nous a toujours fort bien réussi et dont les bons effets sont les plus durables.

Sur la piste d'entraînement ou parcours dont on dispose, donner au cheval un galop de i.ooo mètres, puis lui faire franchir un mur ou une barrière, derrière laquelle est bien dissimulé l'homme qui le cognera avec sa perche ; faire encore, sans sauter, quelques centaines de mètres de galop, puis venir encore passer la barrière où l'on tapera une seconde fois le cheval et ainsi de suite jusqu'à la fin du travail.

Ces sauts espacés, où le cheval est tantôt barré, tantôt saute, sans l'être, font qu'il ne peut ])lus deviner le mon'ient précis où on le frappera ; et cette leçon montrée, si elle se termine ])ar une récompense, sera la plus profitable de toutes.

Les Poulies

C'est encore chez ^l. G. \"an de Poêle ([ue je vis fonctionner pour la première fois ces gentilles petites machines traitresses, qui, à mon avis et après les avoir longtemps expérimentées, sont le meilleur mode de surélévation trouvé jusqu'ici.

Aussi je les emploie presque exclusivement dans mon manège.

La première condition de réussite est que l'aide qui joue des I)Oulies soit le plus éloigné possible des chandeliers où elles sont fixées

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et caché avec le plus grand soin, de façon à voir sans être vu. La plupart des chevaux ont pour deviner l'honnne un flair de pointer anglais.

Alon installation se trouvant à la campagne, je me dissimule derrière des massifs broussailleux pour tirer la corde longue de 5 à 6 mètres.

Les 4 poulies sont adaptées à de gros poteaux de chêne hauts de 2; mètres, suivant le mode de fonctionnement qui scmb'era le plus pratique à chacun. Séjournant à l'humidité, elles devraient être enduites

d'une forte couclie de vaseline. La corde ainsi graissée glissera plus rapidement, sans usure,, et fonctionnera sans le moindre bruit, ce qui est très important pour ne pas effrayer l'animal.

Nous déconseillons de taper le cheval troj) haut ou sur de trop gros obstacles. Ne jamais taper plus haut que 0,25 ou 0,30 centimètres au-dessus du sommet ; passée cette hauteur, ce serait préjudiciable et même mortel.

De petits crans d'arrêts fixés le long des poteaux empêchent la poulie de faire dépasser à la perche la hauteur voulue ; ceci est de la plus grande importance.

Nous n'avons aucune estime pour ces sauteurs qui commencent vn parcours en bondissant tant et plus. C'est très impressionnant pour le bon public qui n'y entend rien, mais le plus souvent c'est de la mauvaise besogne pour la fin du parcours.

Ces sauts dévergondés, désespérés en l'air, sont l'indice d'un mauvais entraînement, d'un barrage trop haut donné sans rime ni raison.

Il faut également éviter la faute de faire sauter à des débutants de trop gros obstacles, sous prétexte qu'ils les auront un jour ou l'autre à sauter en public.

Nous croyons donc pouvoir établir cette règle dictée par une longue expérience.

Moins les chrz'iiu.v sai(tcroiit haut à l'cscnice, et moins ils seront tapés haut, inieux cela vaudra pour la réussite finale.

Cette longue digression était utile avant d'en arriver au fonctionnement des poulies.

Les perches reliées par des cordes solides aux poulies seront de 5 à 6 centimètres de diamètre environ en bois vert et le plus flexible possible.

Plus ces petites barres seront fiexibles, moins il y aura de casse; il faudra néanmoins toujours avoir à sa portée un jeu de rechange.

La manœuvre des poulies est fort délicate, si délicate, que n'ayant jamais pu former un homme à s'en bien servir,, je les manie toujours moi-même.

O. A'an de Poêle, qui les manie de main de maître, prétend que le plus sûr moyen de se débarrasser d'un crack qui gagne tous les prix est d'indiquer à son heureux propriétaire le moyen de se servir de ces petites machines traîtresses.

Le jugement est exagéré, le mieux est de faire comme moi. si

Ion n'a pas à son service un cocher qui s'en serve avec intelligence et à propos.

Il est très important que la barre actionnée par la ficelle arrive juste à temps dans les jambes du cheval, ni trop tôt, ni trop tard, ni trop brutalement.

Trop tôt, c'est-à-dire avant l'instant précis où les pieds du cheval ont quitté le sol, on l'épouvante et on provoque l'arrêt.

Trop tard, c'est en pure perte.

Trop brutalement, on risque le panache et ses suites fâcheuses, qui peuvent arriver même sur un sol doucement sablé.

Nous ne partageons d'aucune façon l'avis de ceux qui prétendent qu'un bon panache est la meilleure leçon que l'on puisse donner à un sauteur négligent. Nous avons vu plusieurs sujets, après une sérieuse pirouette, rester dans une invincible appréhension, qui ne les a jamais quittés depuis et qui paralysait leurs moyens.

Pour bien manier les poulies, il faut du moelleux dans les doigts, comme pour le glisser des rênes en abordant l'obstacle ; et savoir saisir le moment où il faut raidir ou laisser aller la corde.

Je n'ai jamais occasionné le moindre accident aux poulies, malgré le très grand nombre de chevaux que j'y ai mis. et pourtant je tiendrais volontiers le pari d'envoyer sur le nez et du premier coup n'importe quel cheval, si puissant qu'il iût.

La poulie, quand on ne sait pas rendre au moment opportun, a une force déséquilibrante et brutale formidable.

Il importe de bien dissimuler la perche derrière l'obstacle et bien à ras du sommet; d'abord pour arriver plus vite aux jambes du cheval; ensuite et surtout pour ne pas l'effaroucher, ni le faire arrêter par \*t ballottement de la barre qu'il apercevrait.

Il y a toujours grand intérêt tant au barrage à la main, qu'avec les poulies, à taper le plus près possible de l'obstacle.

Les poulies nous paraissent avoir sur le barrage à la main les avantages suivants.

i" Elles peuvent être tirées de fort loin par une main invisible qui se met avec la corde une rallonge de plusieurs mètres, tandis que l'homme qui barre est toujours plus ou moins deviné par l'animal.

2° Une très longue pratique nous a appris que ce déséquilibrement en l'air, dont le sauteur ne perçoit pas la cause, lui est autrement profitable, que les coups de barres lourdes qui tarent ; que les clous qui charcutent, ou que les badines qui chatouillent.

Déséquilibré sans y rien comorendre, il ouvre les yeux et s'appliiiuc tant qu'il peut à éviter -ces petites vibrations cinglantes qu'il levloute beaucoup plus (jue les cou])S brutaux.

Ivcs perches de bois peuvent être remplacées par des tuyaux de 1er creux d'un diamètre j^lus petit, mais nous ne voyons aucun avantage à employer cette ferraille, c[ui fait du bruit, est trop brutale, et demande à être redressée à chaque instant.

En résumé nous recommandons chaudement l'usage des poulies, elles font faire au débutant des progrès inouïs ; et après avoir essayé de tous les moyens en usage, nous les employons exclusivement.

M. Albert Wignolle. notre excellent ami à tous, ne m'en voudra pas, si je viens, grâce à lui, jeter une note gaie sur cette énumération monotone de tous les tapins. Je vais évoquer sa muse, car le vaillant cavalier était aussi poète à ses heures, et rappeler l'épitaphe qu'il fit inscrire sur le tombeau du Phoque, d'illustre mémoire, qui dort son dernier sommeil, dans son parc de Marquette.

Wignolle et Le Phoque ! Cette évocation du bon vieux temps nous reporte hélas ! bien des années en arrière, à l'ancien Palais de l'Industrie et nous met en mémoire nos meilleurs souvenirs de jeunesse que n'ont pu enterrer avec les pierres, les pioches des démolisseurs !

C'était alors le bon temps, la gaîté, les bravos et les rires que ne parvenaient pas à étouffer les bien-aller que les sonneurs de trompe envoyaient aux échos.

Les obstacles volaient en éclats, sous une grêle de taquets, et les Habits Rouges faisaient des pleines eaux à la rivière? D'enragés centaures, les étriers chaussés à fond, et la cape de chasse coiffée jusqu'aux oreilles, sur des montures emballées qu'on ne voit plus de nos jours, se ruaient à la sortie, bousculant le public qui s'esclaffait, ou fauchaient les boutiques des selliers qui s'en faisaient une joyeuse réclame :

Personne de notre génération qui vieillit et dont les jarrets mollissent, n'a oublié Albert Wignolle. l'enfant gâté du public, quand, époumonné. n'en pouvant plus, courbant en deux sa longue silhouette, i^ ramenait en main, après un merveilleux parcours, ^\y Love, les naseaux en feu, quand, vissé sur Le Phoque, il s'enlevait si haut, qu'il semblait avoir abandonné la piste pour toujours!

Le vieux Palais et le bon vieux temps ! Qu'ils paraissent riants à côté de cette piste lugubre, glacée et sans lumière du palais actuel des Champs-Elysées, où le public s'ennuie â périr, où ne pouvant rien voir

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88 LES POUUES

ni comprendre, il a renoncé à s'intéresser au côté sportif ; où, les parcours tous corrects, sans incidents, sans imprévu, se font à une allure de plus en plus folle, comme si chacun avait hâte d'en finir.

Pour nous, nous versons des larmes bien sincères sur le vieux Palais de l'Industrie et peut-être ne sommes-nous pas les seuls.

Ici, sous quelques pieds de terre.

Le vieux Phoque dort pour toujours.

11 a vécu célibataire,

Sachant que les folies amours

Sont déplorables en concours.

Que la terre lui soit légère!

S'il est quelque justice au ciel.

Un jour fort éloigné, j'espère.

Près d'un obstacle artificiel,

A la porte de Dieu le Père,

Le vieux Phoque se placera.

Et lorsque quittant ses pénates.

L'âme de Wignolle viendra,

En douceur il lui collera

Un coup de barre dans les pattes.

N.-B. — C'est par erreur que ces vers amusants ont été attribués à M. A. Wignolle. Ils ont été écrits par M. Jean de Chaudenay, l'excellent sportsman et cavalier.

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