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CHAPITRE IX

Soins et nourriture du cheval d'obstacle

UNE for.le d'excellents ouvrages ont traité cette question dont nous ne dirons cjne quelques mots, renvoyant nos lecteurs pour plus de détails, aux livres si documentés et intéressants du comte de Comminges, dont nous apprécions plus que personne la grande compétence en matière de sport et l'inlassable dévouement, à la cause du cheval.

Un de ces derniers livres « Le Cheval, Soins pratiques » a sa place indiquée dans la bibliothèque de tout sportsman.

Nous indiquerons brièvement dans ce chapitre, comment nous soignons nos chevaux d'obstacle, ce qui nous réussit le mieux pour les mettre en rapide condition, et les conserver pleins de santé et de vigueur pendant la période des classes, des concours et du repos.

A mes débuts dans la carrière, je pensais avec tout le monde que plus on bourrait un cheval d'avoine, mieux il se portait, plus \\ était armé pour un gros effort et un travail prolongé. Je suis tôt revenu de cette erreur de jeunesse, et l'expérience m'a appris qu'il était parfaitement inutile de dépasser une certaine ration de grain. Rien n'est plus préjudiciable au bon fonctionnement de l'estomac et de l'intestin que de distribuer l'avoine toujours seule, et avec des rations de 20 litres, on ne fait le bonheur que des grainetiers et des moineaux.

Pendant des séjours prolongés en Angleterre et en Irlande, j'a; été maintes fois surpris de voir des chevaux en plein entraînement ou galopant toute une saison derrière les chiens, superbes de muscles et d'état, quoique nourris avec une ration d'avoine très inférieure à celle que nous donnons d'habitude en France.

La raison de cette anomalie est, que si les lads ne donnent jamais

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d'excédents inutiles de grain, au moins ce grain n'est jamais donné seul, mais toujours mélangé à du chaff (foin ou luzerne coupés menu).

Ce hachis force le cheval, toujours gkniton sur sa nourriture à la mastiquer lentement, au lieu de la hoire. Aussi le tout est-il parfaitement ensalivé et assimilé, et une grosse proportion intacte n'en est plus rendue par l'intestin.

Quelques poignées de coupage ajoutées à la ration quotidienne Clans la proportion de deux ou trois casquettes d'écurie par repas, j)ermettent de réduire sensiblement la dcse journahère, pour le plus grand profit de l'animal et de la bourse du patron.

Dans ces conditions d'assimilation parfaite, le grand maximum selon nous, est de 12 à 14 litres pour un grand cheval en plein travail.

Dans mon écurie je n'ai à aucun moment dépassé 12 litres, et ma distribution habituelle de travail est de 10 litres.

Bien que l'avoine mélangée au chaff soit une alimentation digestive et tonifiante au premier chef, il ne faut pas s'y tenir exclusivenient. Il convient de changer la nourriture de son cheval, comme on aime à avoir à sp disposition un menu varié. Autrement le dégoijt et l'inappétence viendraient vite détruire la condition.

Les carotte* rouges ou blanches sont un excellent entremets. Ironiques et rai aîchissantes de par l'huile volatile qu'elles contiennent, elles ont en toute saison, et surtout l'hiver, leur place indiquée dans une bonne écurie.

Elles seront toujours lavées, puis données entières ou coupées en sifflet, avec ou sans l'avoine.

La mélasse sous toutes ses formes, et par les immenses services Qu'elle a rendus, a conquis son droit d'entrée dans toutes les auges.

Pale-male ou mélasse pure et sirupeuse, ou encore sucre brut rouge, non raffiné ; le cheval en devient vite friand sous toutes ses formes. Comme le chaflf, et renfermant en outre des produits nutritifs du système musculaire, elle force le cheval à manger lentement.

Relativement bon marché et permettant de réduire d'autant la ration d'avoine, elle est très à recommander.

Nous lui ferons pourtant la légère crititiue suivante: l'été chez certains sujets, délicats d'entrailles, elle dessèche le palais par .sa fadeur sucrée, elle incite trop à boire, et son abus par les grandes chaleurs amènerait de l'entérite et des coliques.

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11 convient de donner dn vert, dès le printemps, beaucoup de vert, soit brassé avec le foin ou la luzerne sècbe, pour en corriger l'effet trop laxatif au début, soit bacbé menu et mélangé au cliaff et à l'avoine.

Ce régime bienfaisant pour l'intestin du cbeval qui a été brûlé par l'avoine pendant l'biver. devra être continué aussi tard que possible en saison et tant que l'on aura à sa disposition de la luzerne ou du sainfoin. Le vert est aussi profitable à l'animal que la salade et les légumes le sont aux humains brûlés par les toxines de la viande.

C'est une grande erreur de s'imaginer (lue le vert en petite quantité débilite ou amollit le cbeval à l'entrainemcnt ; il n'est pas plus anémiant que la laitue ou les épinards ne le sont pour nous; et c'est le meilleur mode pour lui faire supporter, pendant la saison estivale, une ration supplémentaire d'avoine sans lui détraquer l'intérieur.

Quand je suis à la campagne, j'offre souvent à nos braves amis un régal qu'ils trouvent à nul autre pareil: à savoir deux pieds de laitue ou de romaine bâchés avec des carottes, le tout mélangé au chaff et à l'avoine.

C'est plaisir de voir la joie gloutonne avec laquelle ils se mettent à table, bro}'ant, mastiquant à qui mieux mieux, n'en perdant pas une bouchée; les yeux dtsorbités de joie et de gourmandise.

Nous n'insisterons pas sur la nourriture cuite ; toute bonne écurie, été comme hiver, tient à honneur de servir un mash par semaine à ses pensionnaires, et aurait le plus grand tort de faillir à cette excellente tradition.

Xe déshonorons pourtant pas le nom de mash, en l'appliquant à cette ignoble lavasserie fabriquée à la hàfe par certains palefreniers qui devraient être condamnés à la goûter.

Affreuse bouillabaisse, écœurant mélange d'avoine, de graines de lin. de sel de cuisine ; le tout, à peine réchauffé par de l'eau sale jamais bouillie et recouvert d'une couche épaisse et indigeste de son poussiéreux sans farine.

Cet infect mastic à la sciure de bois est à peine bon pour une porcherie.

Le mash est excellent, fait avec tous les grains, orge, avoine, froment, seigle, ma'is ; mais, à la condition expresse que ces grains soient bien cuits et qu'ils aient gonflé doucement et sans être brûlés, dans de l'eau bouillante, j^endant i heure 1/2.

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-L'appareil le meilleur et le plus économique à avoir, près de la sellerie, pour la cuisson des mashs. est le simple fourneau dont on se sert dans les vacheries ])our l'alimentation des veaux au sevrage.

Fourneau à bri(|ues avec foyer pour mettre du bois, surmonté d'une large cuvette en fonte. Le mélange y mijote tout doucement sans crainte d'être brûlé, exige peu de combustible, peu de surveillance, et le récipient ])eut contenir la ration de 5 à 6 chevaux.

Le meilleur moyen, pour le palefrenier trop occupé ailleurs, pour pouvoir surveiller la cuisson de temps en temps, s'il ne veut jamais l.'rfder son mash. est de le faire cuire au bain-marie. 1 ^^f

II y a beaucoup de formules d'excellents mashs.

Celui que je préfère est composé de parties égales d'orge, parties égales de riz, avec quelques cuillerées à soupe de graines de lin. Le riz cuisant plus rapidement que l'orge, devra être mis dans la cuve une demi-heure après.

Cette bonne soupe m'a rendu grand service pour remettre en état des chevaux éprouvés par le travail ou la maladie, atteints d'entérite ou brûlés par une alimentation trop échaufifante.

L'Irlandais importé, surtout s'il a moins de 6 ans, est fort malaisé à nourrir les premiers mois où il est éprouvé par le changement de climat et de nourriture.

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JI boude désespérément le meilleur foin cUU|uel il trouve sans cloute moins d'arôme qu'au fourrage du pays natal; il ne touche pas a la paille (|ui est une litière généralement ignorée dans son pays où elle est fort coûteuse. 11 se rattrapera bientôt du reste, et la dévorera au point qu'il faudra le museler pour l'empêcher de manger son fumier et de bedonner désespérément.

Si on le bourre d'avoine (dont l'insulaire pauvre et regardant n'abuse pas non plus) sans recourir aux recommandations qui précèdent, c'est-à-dire sans y ajouter beaucoup de coupage et varier souvent le menu, on s'exposera à un tas d'ennuis. L'entérite, les coliques, le dépérissement viendront vite avec leur ennuyeux cortège, et on sera dans l'impossibilité d'avoir le cheval prêt avant l'année suivante.

La boisson

C'est une délicate question trop souvent négligée. De même qu'il ne faut donner ni trop d'avoine, ni rien que de l'avoine ; de même la boisson devra être soumise à certaines règles sévères.

Il ne doit pas être donné uniformément de l'eau crue ou glacée; mais il convient d'y ajouter de temps en temps certains condiments.

Il est un point de controverse que nous voudrions voir trancher par un plébiscite de sportsmen compétents: éleveurs, veneurs, officiers, propriétaires et entraîneurs de chevaux de course.

Doit-on laisser au cheval la facilité de boire à sa soif dans son boxe., en y laissant l'auge remplie d'eau ou le seau dans une encoignure ?

Les partisans de la liberté du seau prétendent que, de la sorte, le cheval boit peu à la fois et ne noyé pas, avant de manger, son suc gastrique dans des flots de liquide indigeste.

Pour ce qui est de nous, nous sommes tout à fait contre cette méthode nouvelle à laquelle nous préférons l'ancienne, qui consiste à présenter à boire au cheval deux ou trois fois par jour suivant la saison; à des heures régulières, et après lui avoir donné à mastiquer un peu de fourrage qui empêche la trop grande crudité de l'eau sur l'estomac.

Quand le cheval avale trop goulûment, nous coupons l'eau, c'est-àdire que nous l'empêchons de tout absorber d'un seul trait.

Lorsque l'eau est trop froide, ou le cheval en état de transpiration, nous la dégourdissons d'un quart d'eau chaude.

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Contre la liberté du seau nous apj)! rtons l'argumentation suivante

Le cheval est un animal inintelligent, grâce aux bons soins du créateur (sans ([uoi nous n'en serions jamais devenus maîtresj ; il a donc son seul in-tinct ])()ur guide.

Ayant de l'eau à discrétion, il boira tant et plus, au gré de sa soif, et aux moments ] récis où cette fantaisie sera la plus dangeureuse pour son organisme. Laissez-donc à un ivrogne, autre sorte de b-rute (jui ne >uit (|ue son instinct de soiffard incorrigible, des bouteilles de Fine Champagne ou de Whisky à discrétion; il boira jusqu'à ce que mort s'en suive. Ht vous voulez que le cheval altéré agisse autrement.

De plus, l'eau qui séjourne en été dans le boxe, devient fadasse, chaude, poussiéreuse ; en hiver, elle deviendra glaçon, pour peu que le thermomètre baisse brusquement la nuit.

Xous nous en tenons donc à la vieille mode; jusqu'à ce que l'avis contraire d'hommes de la partie nous ait fait changer d'opinion.

\'ariez donc un peu la façon de donner à boire, si vous conserver un cheval en boime santé, et au poil luisant; et pour cela vous avez quelques bons moyens.

La graine de lin (pii séjournera dans l'eau ([uelques heures est parfaite ; la farine d'orge et de riz sont également à recommander.

De toutes les boissons chaudes, le thé de foin obtenu en ébouillantant du bon fdin, de la luzerne ou du sainfoin, est la meilleure. Non seulement, elle est profitable aux malades et aux convalescents ; mais elle doit ttre considérée en tout temps comme une boisson hygiénique, diurétique et fortifiante, qu'il ne faut pas négliger de faire boire aux animaux en bonne santé.

Les vétérinaires vont jusqu'à prétendre, que pour les jeunes veaux au sevrage, le thé de foin est aussi nourrissant que le lait de la mère.

Je laisse souvent à mes chevaux la nuit un seau dans le fond duquel il y a un barbotage de farine d'orge, avec une" grosse poignée de sainfoin sur lequel a été versée de l'eau bouillante.

Tous, sans exception, adorent cette tisane qui améliore vite la condition des plus petits mangeurs.

Autant le son mouillé que l'on distribue dans la plupart des écuries, sous forme de pâte visqueuse, est indigeste; autant le lait de

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son obtenu en tordant le son à l'intérieur d'un torchon (comme le font les humains pour leurs bains) est un merveilleux drink rafraîchissant et agréable.

Dans ce résumé fait au galop de la plume, nous n'avons pas la place de parler de toutes les drogues vétérinaires, farines i)hosphatées, ball's-anglais, « condition powders », etc., dont la plupart ne sont protîtables c|u"à leur vendeur.

Il est entre autres bonnes préparation-, une poudre qui nous a donné de merveilleux résultats, et que nous avons déjà indi(jué à beaucoup d'amis qui n'ont eu qu'à s'en louer. C'est la Farine Lavocat, de Lyon, à base de Xucleine (i).

Nous avons vu cette poudre à l'œuvre en Algérie et en Tunisie, où elle est très employée.

Dans ces rudes climats, où l'été est si déprimant pour les chevaux qui doivent travailler, suant sang et eau, sous la bise dévorante du Siroco ; mal nourris par cet exécrable foin d'Afrique, qui n'est que coupures de joncs de marais, j'ai vu la Farine Lavocat opérer de véritables miracles.

J'en ai usé souvent depuis pour des animaux délicats, se nourrissant mal ou relevant de maladies graves ; elle m'a été d'un grand secours; et je crois rendre service à tous en la faisant connaître.

J'allais oublier de parler de l'hydrothérapie.

L'été, c'est un remède souverain à appliciuer aux chevaux délicats, et un moyen, à nul autre pareil, d'entreteinr un cheval quelconque en bonne santé et condition.

Il y a quelques préceptes qu'il ne faudra jamais négliger en s'en servant.

La douche et le lavage à grande eau devront toujours être donnés de préférence au cheval quand il sera en pleine transpiration ; mais jamais quand le cœur est trop agité encore par un effort musculaire ou un long galop.

Dans ce cas, il faut toujours laisser au cœur le temps de reprendre son battement normal.

Autreiuent dit, après un galop ou un long travail ayant amené une bonne poussée de sueur, il sied de le promener quelques minutes en main, avant de l'exposer au contact de l'eau glacée, mais en ayant bien soin de ne pas laisser sécher sa robe.

(i) Farine Lavocnt, rue Tbomassin, Lyon.

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Pendant la douche, ne pas perdre de temps, et ne pas laisser prendre froid au cheval en l'e.xposant à un courant d'air; après, le mener en main un lum (|uart d'iienre au soleil jnscju'à ce (ju'il soit bien sec; et même, en été. lui mettre tme couverture de laine à la rentrée dans son boxe.

Quand on a à sa disposition une rivière d'eau courante, y mener les chevaux très souvent; mais autant ([ue possible les y faire marcher et patauger et ne pas les y garder immobiles.

Pendant les quelques séjours que j'ai fait dans les Provinces allemandes, j'ai pu constater le grand usage que la cavalerie faisait de la méthode Kneipp pour ses chevaux ; l'été, ils font tous les jours une promenade (i) dans l'eau courante et en tirent un grand profit.

Ce petit guide d'hygiène n'apprendra rien, sans doute, à ceux qui ont vieilli sous le harnais; il pourra peut-être rendre service aux jeunes, qui. n'ayant pas encore acquis l'expérience complète des soins à donner au cheval, sont obligés de s'en rapporter à la routine ou à l'ignorance de certains cochers, pour tjui tout est mauvais en dehors de l'avoine crue qui coûte gros au patron, mais rapporte cher en pots de vin.

Je ne sais rien d'agréable pour (|ui aime son métier, comme un petit tour aux écuries à l'heure de la soupe, et rien d'amusant comme de voir les pensionnaires dévorer à pleines dents leur ration.

Ils font honneur à la table du maître ; et le brillant de leur poil lustré est la livrée la ])lus glorieuse pour leur patron.

I Je dis PROMEN'\DE car, à mon sens, rien n'est plus préjudiciable qn'un séjour prolongé dans l'eau froide, sans bemDER.

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