De Martens, ouvrage cité
fiant tantôt sur un point, tantôt sur un autre, on finira par établir une ligne continue de défense qui humanisera la guerre autant que possible. Pour parler sans figure, les traités spéciaux destinés à atténuer les horreurs de la guerre iront vraisemblablement en se multipliant, ceux qui existent déjà en appelleront d'autres, soit pour les perfectionner, soit pour en combler les lacunes, et ainsi la législation internationale reflétera toujours mieux les mœurs contemporaines.
Peut-être même en viendra-t-on à une codification générale du droit guerrier.
Une chose pourrait nuire à la réalisation de ce programme, mais personne assurément ne le regretterait. Ce serait la suppression de la guerre elle-même. Nous avons dit qu'elle n'était plus envisagée que comme un pis aller, comme une chose à laquelle on se résignait, à défaut d'un moyen meilleur et plus humain pour faire valoir ses droits. On s'accorde, en principe du moins, à admettre que s'il existait une juridiction internationale, armée d'une force matérielle ou d'une autorité morale suffisante pour se
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faire respecter, la guerre n'aurait plus sa raison d'être. Eh bien, cette supposition devient de jour en jour moins chimérique et ce tribunal a déjà fonctionné. N'avons-nous pas vu des conflits internationaux conciliés par des arbitrages souverains? N'avons-nous pas vu des velléités belliqueuses domptées par l'opinion publique? Ce sont là des tendances, des faits d'une haute signification.
Le Congrès de Paris, en 1856, a émis le vœu qu'à l'avenir, les États entre lesquels s'élèverait un dissentiment sérieux, eussent recours, autant que les circonstances le permettraient, aux bons offices d'une puissance amie, avant d'en appeler à la force brutale, et ce vœu a déjà été exaucé à plusieurs reprises. Sans doute un jugement arbitral ne fait parfois qu'ajourner la crise, mais c'est déjà quelque chose, et d'ailleurs, suivant la nature des griefs, il suffît souvent pour rétablir la bonne harmonie.
En tous cas, il est plus sage de s'en rapporter aux parties adverses du soin de choisir leurs arbitres dans chaque cas particulier, que d'instituer à priori, si tant est que l'on
pût y parvenir, un tribunal permanent et souverain qui, chargé de prononcer dans les procès où le droit des gens serait invoqué de part et d'autre, aurait à sa disposition toutes les baïonnettes de l'Europe pour assurer l'exécution de ses jugements. On se soumet d'autant plus volontiers à des décisions arbitrales qu'elles ne s'imposent pas par la force et ne sont pas suspectes de partialité. Au contraire, les arrêts d'une Cour suprême, où les gouvernements se trouveraient exposés à être à la fois juges et parties dans leur propre cause, pourraient ne pas présenter toutes les garanties d'équité désirables, et si l'on voulait les faire respecter contre le gré des intéressés, on n'aboutirait qu'à transformer en une guerre générale celle qui sans cela eût été localisée et eût présenté relativement peu de gravité.
L'inconvénient qu'il y aurait à s'en tenir au système de l'arbitrage, serait de rendre la tentative de conciliation facultative, tandis qu'une juridiction préexistante à des conflits . futurs, évoquant d'office à elle toutes les contestations naissantes, nul ne pourrait s'y
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soustraire. Mais cette considération n'est pas à mettre en balance avec celles qui précèdent. C'est ici d'ailleurs que l'opinion publique aurait un rôle à remplir pour rendre moralement, sinon légalement, le recours aux arbitres obligatoire. Déjà elle sait se faire écouter, déjà elle influe puissamment sur la marche des événements et leur imprime, pour autant que cela dépend d'elle, des allures pacifiques. Tout annonce qu'elle continuera à suivre cette pente et à intervenir de plus en plus dans les querelles de peuple à peuple, pour imposer son véto à l'efî'usion du sang. Nous en avons pour garants non-seulement la tendance des esprits, mais encore la propagande active qui se fait de toute part pour hâter l'avénement du règne de la paix, en vantant aux hommes ses bienfaits et en leur inspirant l'horreur de la guerre. Naguères, les premiers champions de cette belle cause étaient peu écoutés, mais il n'en «st pas de même de leurs successeurs. Les sociétés de la paix, et notamment la Ligue internationale de la paix, dont un économiste éminent, M. Frédéric
Passy, se fait le digne interprète, sont en pleine prospérité ; elles recrutent des adhérents par milliers et leur influence déjà sensible dans les conseils des souverains ne peut que s'étendre et grandir toujours davantage. L'avenir leur appartient. « La guerre, dit M. Vergé, était l'état normal des populations anciennes, comme la paix semble devoir être l'état normal des nations modernes*. »
On a assimilé la guerre à un duel, mais il est une institution qui a fait son temps et avec laquelle elle a de bien plus grandes analogies •: c'est le combat judiciaire. Quand la procédure criminelle adopta cet usage, « l'idée du droit et celle de la justice furent effacées; la force matérielle régna seule et fit la justice et le droit. Chacun plaçait son appui dans sa force et dans son adresse, on recourait non point aux juges mais aux ar-
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En vérité, si l'on ne savait de quoi parle