Von Corval, ouvrage cité
peau blanc avec la croix rouge, qui flottait sur une maison dans laquelle il rencontra les médecins d'infanterie déjà occupés à soigner des blessés.
Les médecins du détachement y restèrent avec quinze porteurs de brancards et soldats du service sanitaire: ils rassemblèrent tous les blessés de la division badoise et de l'ennemi, et l'on put procéder aux opérations et aux pansements, malgré les balles qui passaient par les fenêtres. Peu à peu les bataillons badois se replièrent, et lorsque les soldats prussiens envahirent Werbach, ils voulurent pénétrer aussi dans la maison où se trouvaient les blessés, prétendant que Ton avait tiré sur eux de cette maison. Leur erreur fut aussitôt démontrée, et un capitaine oldenbourgeois mit ledifice sous la protection d'un poste.
Jusqu'au soir les médecins purent vaquer à leurs- occupations auprès des blessés. Vers huit heures, arriva un officier prussien, lequel prévint le docteur Beck, chef de la compagnie sanitaire, qu'il avait l'ordre de faire transporter aux avant-postes badois les médecins et tout le personnel qui n'était plus nécessaire dans ette localité. Comme le docteur Beck désirait procéder encore en personne à quelques mesures
l&O CHAPITRE II.
pour ramélioration de la situation et des pansements des blessés^ il en résulta un retard dans le départ^ en sorte que l'officier prussien s'impatienta et déclara qu'il fallait se mettre en route;, la marche étant assez longue et luimême ayant encore d'autres affaires. M. de Corval , avec un autre médecin et sept soldats du détachement, furent laissés à Werbach par le docteur Beck, qui partit avec le reste du personnel et les voitures, escorté par un petit détachement prussien.
Les obus reçus en route s'expliquent assez par la circonstance rapportée, le soir même du 24 juillet, par l'officier prussien qui commandait la batterie : que la forte poussière soulevée sur la route, au passage des voitures, avait fait supposer qu'il s'agissait d'une colonne de munitions et de son escorte , en même temps qu'elle empêchait de voir les drapeaux; cette erreur était d'autant plus facile que la distance était de deux mille cinq cents pas, et que le convoi sanitaire badois n'avait, comme drapeaux, que deux fanions, l'un sur la première, l'autre sur la dernière voiture.
D'autre part, il est évident que le commandant prussien avait raison de supposer que, pour environ cinquante blessés déjà pourvus
des premiers soins^ deux médecins et sept soldats infirmiers étaient suffisants. (Les autres blessés badois de ce combat avaient été remis aux compagnies sanitaires disposées plus loin en arrière, et de là conduits à Wûrzbourg.)
Après le départ du docteur Beck, le docteur de Corval fit faire, par le peu de monde qui lui était resté, des recherches sur le lieu du combat. Cette opération s'exécuta dans le plus grand calme, et, bien loin qu'elle ait été troublée par les Prussiens, officiers et soldats la secondèrent si amicalement, que ce fait a produit la meilleure impression sur le docteur de Corval. (( Dès ce moment, dit-il, je devins un partisan décidé de la Convention de Genève, ou plutôt des principes sinon du texte de ses dispositions, tandis que précédemment je l'avais envisagée avec quelque défiance. »
Le 25 au matin, quatorze blessés non transportables furent remis aux soins d'un médecin civil, et les autres furent transportés à Tauberbischofsheim sur des chars obtenus grâce au concours des officiers prussiens. Le 25 au soir, relevé par un personnel volontaire arrivé de Garlsruhe , le détachement demanda et obtint la permission de rejoindre sa division, et se décida, ne sachant pas exactement où elle se
trouvait, à se rendrt} d'abord à Carlsruhe, pour y prendre des ordres. Le 26 au matin, il se mit en route, traversant plusieurs villages occupés par les Prussiens, et parvint à Boxberg sans avoir été l'objet d'aucune agression.
Le 27 au soir, une section de l'hôpital de campagne arriva encore à Tauberbischofsheim avec toutes ses voitures attelées, et cet hôpital ne fut l'objet d'aucune contestation de la part des Prussiens, bien que ce fût plusieurs jours avant la conclusion de l'armistice, et que, d'après les dispositions de la Convention de Genève, le matériel des hôpitaux de campagne ne fût pas compris alors dans le bénéfice de la neutralité.
« Les Prussiens, ajoute M. de Corval, n'ont point paru regarder comme dangereux notre séjour en dedans de leurs lignes , parce qu'ils savaient fort bien que nous avions tout autre chose à faire qu'à compter leurs troupes et à épier leurs positions. »
Art. 4. Le matériel des hôpitaux militaires demeurant soumis aux lois de la guerre, les personnes attachées à ces hôpitaux ne pourront, en se retirant, emporter que les objets qui seront leur propriété partie ûulière.
Dans les mênfes circonstances, au contraire, l'ambulance conservera son matériel.
§ 1". Cet article s'occupe du matériel sanitaire, et détermine à qui la propriété doit en être attribuée, lorsque le personnel qui s'en servait se retire, et qu'il ne reste ni blessés ni malades ennemis à soigner. Il fait suite, par conséquent, à l'article V% qui s'occupe seulement de la jDériode pendant laquelle les ambulances et les hôpitaux contiennent des blessés ou des malades.
§ 2. Une distinction essentielle doit être faite entre les ambulances et les hôpitaux. Ces derniers demeurent soumis aux lois habituelles de la guerre, c'est-à-dire qu'ils deviennent la propriété du vainqueur, qui en prend possession dès que le vaincu n'en a plus besoin pour son propre usage (voy. art. V% §4). Cette disposition est d'autant plus équitable que l'obligation créée, comme nous le verrons, par l'article 6, de soigner les blessés sans distinction de nationalité , est tout particulièrement onéreuse pour le vainqueur \ Le personnel, en s'en allant, ne peut donc emporter que les objets qui sont sa propriété particulière.