L'Armée française en 1867, 2^16 ; — 1867, II
compliqués, se débarrassèrent comme ils purent de ces entraves pour se sauver, se traînant vers les issues et implorant des moyens de transport.
Rappeler de tels épisodes, c'est faire comprendre l'utilité qu'il y aurait à ce que le privilège accordé au personnel sanitaire fut étendu aux blessés. Un Congrès qui eût été dominé exclusivement par le point de vue philanthropique n'eût certes pas hésité à les mettre tous également au bénéfice de la neutralité. Mais les militaires ont judicieusement observé que pour faire proscrire l'usage actuel, il ne suffisait pas de démontrer qu'il était préjudiciable à l'un des belligérants; il fallait de plus établir que l'autre n'en retirait pas un avantage appréciable, autrement dit qu'il rentrait dans la catégorie des rigueurs inutiles.
Ici nous pourrions invoquer le témoignage et l'autorité de l'Empereur des Français qui, en 1859, après le combat de Montebello , décida généreusement que tous les prisonniers blessés seraient rendus à l'ennemi sans échange, dès que leur état leur permettrait de retourner dans leur pays. Napoléon III ajoutait, dans le préambule de ce décret, qu'il faisait cela pour « donner l'exemple de la
slipprossion des rigueurs qui ne sont |»;is nécessaires \ »
Cette manière d'envisager la situation des blessés n'a pourtant point fait école jusqu'à présent, et l'on a persisté à admettre que, du moins dans de certaines limites, l'ancien droit des gens doit rester en vigueur. L'article 6 esl devenu ainsi une sorte de compromis entre des aspirations généreuses, universellement partagées, et les nécessités militaires.
§ 5. Ce qui fait que l'on recule devant la neutralisation absolue des blessés, c'est qu'il se pourrait qu'elle eût pour conséquence la prolongation de la guerre. Chaque belligérant cherche, en effet, à diminuer, par tous les moyens licites, la force numérique de son antagoniste, qui constitue un des principaux éléments de sa puissance. S'il ne peut lui prendre ses soldats vivants, il les blesse ou les tue pour obtenir le même résultat. Mais si les blessés capturés devaient être rendus et, après guérison, rentrer dans les rangs de leur armée,, on comprend que le but du combat serait en grande partie manqué, puisque l'eni^emi se