RAPPORTS AVEC LA LINGUISTIQUE
Une langue est une chose sociale, qui n’obéit pas seulement aux lois d’une logique interne,mais qui soutient des rapportsavec les milieux externes, physiques et sociaux,où elle se développe.Chaque société a sa langue dont les caractères expriment ses caractères propres. On est donc fondé à croire que les langues ne sont pas sans lien avec les phénomènes économiques, qu’elles agissent sur .eux, et qu’ils réagissent sur elles ; et par suite qu'il y aurait quelque intérêt pour l’économiste à cher cher ces connexions. Adam Smitha écrit un £ssai sur la Formation du Langage, où il applique au
1. Nous traitons les rapports de l’économie avec la linguistique immédiatement après ceux de l’économie avec le droit. La raison en est que, comme on la déjà vu par nos définitions préalables, le droit et la linguistique sont des phénomènes très voisins dans le tableau des fait sociaux. Voir d’ailleurs sur les analogies d’évolution entre la langue et le droit : Tarde. Transformations du droit, conclusion.
problème de l'origine des langues la même méthode exactement qu'il a appliquée par exemple au problème de l’origine de la monnaie. Pour lui, le langage, comme la monnaie, et une création artificielle des hommes, une invention née des inconvénients sentis de l'absence d’un moyen de communication mentale entre eux. Il y aurait eu un état primitif de mutisme : des individus plus ingénieux que les autres en avant perçu les dangers, on ue serait eotendu pour communiquer à l’aide de signes artificiels. Ce n'est donc pas seulement la société, comme le voulait Rousseau, qui résulte d'une espèce de contrat réel ou supposé : ce sont aussi les institutions sociales particulières comme la langue ou la monnaie. Au contrat social, Smith superpose le contrat monétaire et le contrat linguistique : il y a ainsi, dans sa sociologie, une véritable unité: le rationalisme utilitaire qui en domine les notions générales sert aussi à en fonder les diverses parties.
Il y aurait ainsi une analogie frappante de principe entre la langue et l’économie : l'une et l’autre seraient fondées sur la notion d'utilité, ou, comme dira plus tard un linguiste, Whitney, sur le « principe d'aise ou d'économie », c’est-à-dire sur ce que nous appellerions le principe du moindre effort. M. Whitney croit même que c'est là « la loi la plus fondamentale du langage » qui ne rend nas
seulement compte de son origine, mais explique aussi toute son évolution (1'.Les modifications successives que subit une langue, les changements de sens des mots, leurs abréviations, sont des perfectionnements commandés par le «principe d’économie ». Nous n’avons pas à nous prononcer sur cette conception générale, tendant à l'affirmation d’une identité de nature ou d'essence entre la langue et l'économie : nous voulons nous borner à rassembler les rapports de causalité qu'on peut dès main. tenant reconnaitre entre ces deux ordres de faits.
Le phénomène économique, avons-nous dit, est essentiellement et directement un rapport de personne à chose. Néanmoins il suppose des rapports de personne à personne. La production les suppose normalement, car, dans toutes les sociétés, elle se fait normalement en commun. L'échange les suppose nécessairement. Il est donc naturel que la langue, instrument de ces rapports entre personnes, influe aussi sur les rapports de personne à chose.
Elle agit en premier lieu sur les caractères généraux du système économique. Dans une société où règne une multiplicité de dialectes locaux, les