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Tarde. Psychologie économique, IL

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La détermination du langage par les conditions économiques apparaît plus profonde et aussi plus complexe, plus variable dans son degré et dans son mode suivant les types de société : elle semble être particulièrement forte dans les sociétés inférieures, en raison des caractères particuliers qu'y revêt le langage. Dans ces sociétés, il est essentiellement descriptif et concret. « La première langue, disait déjà le président de Brosses, a été une peinture imitative des objets nommés » (1) ; elle reste ainsi indistincte des arts graphiques et plastiques comme des arts musicaux. Dès lors sa composition et sa structure même doivent exprimer ce que sont les choses dont vit la société et qui lui tiennent de plus près, et par là dépendre indirectement de la nature de la vie économique. Une autre raison s ajoute à celle-là et agit dans le même sens : c’est que dans les sociétés inférieures le langage, comme aussi d’ailleurs la musique, n’a pas seulement pour fonction la communication des hommes entre eux, mais aussi l’action magique sur les choses : la « puissance magique des mots », dans ces sociétés, leur est essentielle. Or, le principe de la magie est limitation des mouvements et des effets qu’on

1. Traité de la formation mécanique des Langues, 1765, E, p. XIII.

fl veut produire : par là le caractère descriptif et imitatif des langues primitives se trouve renforcé et par suite aussi est intensifiée l’action qu'exercent sur elles les conditions économiques.

Mais ce n’est pas la seule voie par où celles-ci ont pu déterminer la formation des premières onomatopées qui précèdent le langage articulé. Lazare Geiger et surtout Noiré (1) ont montré que les « racines » sont moins encore l’imitation des objets ou des mouvements du monde extérieur que tirées des cris qui accompagnent normalement les travaux primitifs exécutés en commun, et qui, par une association naturelle, ont servi à les désigner. On comprend mieux par là et la confusion première du langage et de la musique (2) et surtout le passage de ce langage descriptif et chanté à un langage articulé : ce serait, selon Vierkandt, le rythme nécessaire des travaux qui aurait produit la répétition régulière de ces cris, puis leur articulation en des mots (3). Le langage proprement dit, comme les cris d'où il est sorti, devrait donc son origine même à des conditions économiques.

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