‹ Droit et Economie PolitiqueChapitre 68 sur 93 · Carlile, op. cit. (ch. intitulé Ornament and Money · texte numérisé non relu

Carlile, op. cit. (ch. intitulé Ornament and Money

mique : construire de belles usines et de belles machines, nous dit Sorel, c'est multiplier par là même la productivité des hommes. Mais surtout le phénomène esthétique commande la production en agissant directement sur la demande. Influant ici sur les fins mêmes de la production, il met sa marque sur son organisation el son fonctionnement.

En effet, ce qu’on appelle couramment le « luxe » est parallèle au développement général de la vie esthétique, et notamment à celui des arts décoratifs et plastiques. Or, il y a longtemps que les économistes ont assigné à ce phénomène des effets caractéristiques sur l’état de la production. Il en détermine d’abord la quantité ou l'intensité. Pour Quesnay, le luxe, cest-à-dire l'abondance des consommations, présente deux formes : le /uxe de subsistance, consistant dans une forte consommation des denrées; le luxe de décoration, qui consiste dans la consommation des vêtements, des ameublements, etc. Le premier assure la vente des denrées à un bon prix, et par suite l'incorporation à la terre de nouvelles avances. Le second, au contraire, favorise peu la reproduction du revenu. Aussi Quesnay, dans la vingt-deuxième Maxime du Gouvernement économique (1) s'exprime ainsi :

1. Dans Dupont de Nemours, Physiocratie, 17967, I, P-. 116-117.

« Qu'on ne provoque point le luxe de décoration au préjudice des dépenses d'exploitation et d'amélioration d'agriculture, et des dépenses en consommation de subsistance, qui entretiennent le bon prix et le débit des denrées du cru, et la reproduction des revenus de la nation. » Ainsi des effets spécifiques sont attribués, quant à la production générale, à la proportion qu'y tiennent les industries d'art. De même, nous avons vu Cantillon,età sa suite le marquis de Mirabeau, affirmer l'influence des goûts esthétiques des propriétaires sur la direction de la production générale et, par cette orientation, sur sa quantité. Mais son organisation mème n’est pas indépendante de l'état de culture esthétique qu’a atteint la société. On sait bien que la petite industrie se maintient essentiellement dans les industries de luxe, dont les produits ne supportent pas la fabrication par grandes masses : et encore que les cartells n’ont pu parvenir à s’y développer. L'adaptation même de la production à la demande se ferait mieux, à en croire Max Schippel, dans les industries de luxe où les besoins, plus variables, peuvent se développer et se restreindre aisément et s'adapter mieux aux changements du volume de la production (1). Il résulte

1. V. Roberto Michels. Divagazioni economiche sulla funzione del lusso (Riforma sociale, 1905).

enfin de tout ceci que le régime de la distribution des biens et des revenus dépend des mêmes facteurs ; ceux-ci, en déterminant la production à s'orienter dans un certain sens, fixent ainsi la part du revenu qui va aux diverses classes sociales.

Dans ce qui précède, nous n'avons guère pu noter que des influences très générales exercées par le développement général de la vie esthétique sur les caractères de la vie économique. En venant maintenant aux répercussions de la seconde sur la première, mieux éludiées, nous allons nous trou ver en face de liens plus précis, plus spéciaux ; à côté d’influences générales nous verrons les divers arts dépendre, chacun à sa façon, de l'état de l'économie.

Comme pour la langue, c'est surtout dans Îles sociétés inférieures qu'on a pu saisir cette dépendance. «Chez les peuples primitifs, écrit Grosse (L), une forme donnée de l'art correspond partout à une forme donnée de la production. » Sans adopter cette thèse un peu simpliste et absolue, il faut constater que de nombreuses inflaences de ce

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