Das Werkzeug
3. V. sur les origines religieuses de la domestication et de l'élevage : Hahn. Die Hausthiere, p.89 sqq. — B. Jevons. /ntroduction to the History of Religion, p. 113-119, et déjà une indication dans Frazer. Toté misme, p. 135.
To
les hommes, s’élant aperçus du goût agréable de certains animaux, les auraient conservés pour les élever est inadmissible : loin que l'épargne soit à l’origine une tendance spontanée de l’homme, il a fallu que des règles religieuses vinssent le lui imposer. L'interdiction de la consommation des espèces animales servant de totems et d’ancêtres aux différents clans avait pour effet indirect et non prévu la conservation de ces espèces ; et, lorsque s’affaiblirent ces interdictions totémiques, il devint possible de consommer, d’abord dans des repas sacriliciels, puis même dans la vie courante, la chair de ceux de ces animaux qui y élaient propres ; la pratique de la conservation de ces espèces animales dans un but économique n’a fait que prolonger celle de leur conservation obligatoire dans un but religieux : l’une n’eùt pu se produire sans l'autre.
L'origine de la culture des plantes procède sans doute de règles analogues (1). Grant Allen a suggéré cette idée, que la première agriculture n'a été que la reproduclion artificielle de ce qui se
1. V. déjà quelques idées très vagues dans Comte. Cours, V, 61 sqq. et surtout : Hahn, op. cit. — Grant Allen. Ævolution of the idea of God, 1897. — Goblet d’Alviella. Les Rites de la Moisson et les Commencements de l'Agriculture (Rev. de l'Hist. des Relig., 1898). — B. Jevons, op. cit., 210-212.
passait accidentellement dans les tombeaux lorsque germaient les graines déposées comme offrande, lesquelles, en raison des soins apportés à l'entretien des tombeaux, étaient placées dans des conditions de fructitication les plus favorables ;: c'est au spectacle de ces faits que les hommes auraient appris les premières lois de la reproduction des plantes. On ne peut guère expliquer comment l’homme eût pu s’apercevoir autrement qu'en déposant dans la terre des graines et en y apportant certains soins il en récolterait, au bout d’un temps plus ou moins long, une plus grande quantité de semblables : le culte des morts lui a fait faire à son insu des expériences agraires qu'il ne lui füt pas venu à l'idée de faire sans cela.
Ainsi la religion a pu déterminer le passage d'un genre de production à un genre nouveau, et devenir ainsi un facteur actif de progrès économique. Mais, pour les mêmes raisons, elle peut aussi empêcher une telle transformation, et arrêter par là l'évolution économique d'un peuple; c'est ce qu'Adam Smith avait fort bien noté en ce qui concerne les obstacles que la religion de certains peuples a apportés à leur développement commercial. & Par superstition, écrivait-il (1), les
1. Richesse des Nations, livre IV, eh. g (t. II, p. 32r- 322).
anciens Égyptiens avaient de l'éloignement pour la mer, et comme la religion des Gentons ne permet pas à ceux qui la suivent d'allumer du feu sur l’eau ni, par conséquent, d'y préparer des aliments, elle leur défend, par le fait, tout voyage de long cours par mer. Les Egyptiens et les Indiens ont dù se trouver nécessairement, pour l’exportation de leur surplus de production, dans la dépendance de la navigation des autres nations ; et comme cette dépendance a dû resserrer leur marché, elle a nécessairement par là découragé l'accroissement de ce surplus de produit. »
Quant à l'influence de la religion sur l’organisation de la production, nous avons tenté nousmême, dans un précédent travail, d'en faire la démonstralion partielle (1). Nous y avons montré comment la division du travail entre les sexes, qui présente un caractère si rigoureux dans les sociétés inférieures, n'est qu'un cas particulier d'une séparation générale de toute leur vie matérielle- et morale, à eux imposée en vertu des croyances relatives à leurs caractères religieux respectifs. Nous y avons fait voir pareillement que des formes plus élevées de la division du travail
1. Vie religieuse et Vie économique : la Division du Travail (Revue internationale de Sociologie, décembre 1907, janvier-février 1908).
économique sont commandées par des notions religieuses d'un autre genre. La spécialisation des divers clans de la tribu procède de la différence de leurs tolems ; chaque clan, élant parent d'une espèce animale donnée, est conçu comme ayant seul, à l’exclusion des autres, le pouvoir magicoreligieux nécessaire pour agir sur elle. Ainsi cette spécialisation résulte, directement et sans aucun intermédiaire, de la notion fondamentale de la religion totémique : l'identité de nature du clan et de son totem. [1 y a de même quelquefois une division du travail non plus entre clans, mais entre tribus localisées, qui résulte des pouvoirs magiques spéciaux attribués à certaines d'entre elles pour la fabrication d'objets déterminés (1). Et comme les castes et les professions sont sorties de ces tribus et de ces clans spécialisés, on voit l'influence de ces notions religieuses survivre, à l'état atténué, dans des types de civilisation déjà très élevés. C'est ainsi que, même dans les civilisalions urbaines, des ‘abous religieux entrent encore en œuvre pour déterminer la séparation locale des métiers spécialisés et isoler les uns des autres les groupes professionnels (2).