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4. Vignes. La Science sociale d’après les Principes de Le Play, 1897, 2 vol.
correspondent des formes de conscience sociale déterminée » (1).
Nous verrons que la technique,pas plus qu'aucun autre genre de faits, n'est un facteur premier et original, qui déterminerait unilatéralement les faits économiques sans être déterminé par eux. Il n'y a pas plus en science sociale que dans aucune autre science de « causes premières ». Sous cette forme, l'explication de l'économie par la technique n’est donc qu'une métaphysique arbitraire. La technique conditionne l’économie ; mais elle n'est pas moins conditionnée par elle.
I. — Les caractères généraux du système économique dépendent de l’état de la technique. La dimension des groupements économiques est conditionnée à un certain degré par l’état de la technique des transports ; des changements dans cette technique sont nécessaires pour que se fasse le passage des économies locales fermées à des économies plus larges. De même le système de l’échange direct s'efface devant une organisation « capitaliste » lorsque progresse l'étendue des marchés, laquelle dépend aussi de la technique des transports. Il n’est pas jusqu'à l’aspect mental de la vie économique d’une société qui ne portela marque de sa technique : on a pu noter comment le machi-
nisme rend la pensée et l’action économique moins traditionnelles, plus rationnelles, plus « mécaniques », et moins arbitraires, donc en quelque mesure plus prévisibles.
IT, — La technique agit aussi et surtout sur la production, considérée à la fois dans sa quantité, dans son orientation et dans son organisation (1).
a) La quantité de la production dépend évidemment et de la quantité des moyens techniques possédés par une société, et de leur état de perfection. Le développement des industries dans une région estcorrélatif, toutes choses égales d'ailleurs, à celui des transports (2). Elle dépend aussi de leur mode d'utilisation, c’est-à-dire de la capacité technique des individus; de leur aptitude à rythmer le travail dépend l'efficacité mécanique de celui-ci, et par suite sa productivité économique. On sait toute l'importance qu'attribuait Ricardo et à sa suite Stuart Mill à ce conditionnement général de la quantité de la production agricole par la technique, puisque la loi pour eux la plus importante de la productivité agricole et par là de toute la vie économique, celle des rendements décroissants, implique, pour produire toutes ses consé-
1. V. Graziani. Studi sulla teoria economica delle macchine, 1891. — Lenzi. Le influence delle macchine sulla produzione, 1899.
2 Cf. Gephart. Transportation and industrial development in the Middle West. New-York, 1909.
quences, un état stationnaire de la technique.
b) La nature de cette production dépend, non plus de la quantité des moyens techniques, mais de leur qualité. Chaque mode d'activité économique, ayant sa matière propre présentant des caractères mécaniques sui generis, implique des moyens techniques spéciaux, sans l'existence desquels elle ne saurait se développer. Pas d'industrie qui n'ait ses outils. Point de chasse possible sans l’arc et la flèche, ni d'agriculture sans la houe et la charrue. Mais par là même l'orientation de la production dans un groupe social dépend de la capacité technique des individus ; c'est ce qui a arrêté le développement de nombreusesindustries dans les groupes ruraux, et qui confère à certaines nations le monopole de certaines productions.
c) Surtout, l’organisation de la production subit dans ses divers caractères, l’influence du facteur technique. L'état de la division du travail sousses diverses formes en porte la marque évidente ; Adam Smith la faisait même naitre de la différence des aptitudes techniques. La division géographique du travail, en tant qu'elle se lie à la distribution des matières premières et des forces motrices, varie suivant les conditions techniques de leur utilisation (1) ; on sait les effets qu'a eus à
1. Cf. Grossmann. Technische Entwicklung und Produktionsstandort (dans Die Glasindustrie, 1908, p. 5-16).
Maunier IL
cet égard la substitution du charbon au bois dans la production du fer, et ceux qu’on a attribués à la substitution de la houille blanche au charbon comme force motrice. La géographie des industries dépend aussi de la technique des transports. Thünen déjà, dans son Z{at isolé, avait cherché à déterminer comment la répartition locale des productions autour du centre de consommation se fait sous l'influence des conditions de transport spéciales aux différents produits, lesquelles dépendent elles-mêmes des propriétés mécanico-physiques de ces produits. — La division du travail professionnelle se fait souvent, surtout à l'origine, par espèces de matière première plutôt que par qualités de produits : une matière spéciale appelle une technique spéciale, donc une profession spéciale : à un stade plus élevé, les diverses qualités d'un produit ou les divers moments d une même fabricalion, nécessitant des techniques spéciales, se constituent en métiers spécialisés. La différenciation des techniques accélère ainsi celle des professions. — Enfin la décomposition du travail dans la fabrique n'est elle-même qu'un phénomène de technique, et se relie directement à l'état du machinisme et de la concentration.
La forme de l'industrie dépend, dans les diverses branches de la production, des différents ordres de phénomènes techniques. — En agriculture, on a pu
noter comment la faible capacité technique des ruraux et les conditions techniques spéciales de la production agricole limitent l'emploi des machines et par suite le développement des grandes exploitations (1). — Pour l’industrie de transformation surtout, nombreux sont les économistes qui, comme Marx, voient dans la concentration industrielle un simple produit du machinisme, ou seulement d'un certain mode du machinisme : c’est ce qu'implique l'influence qu'on a attribuée au développement des moteurs électriques quant au renouveau futur des petites industries à domicile. — Pour l'industrie commerciale, les partisans de l’explication par la technique ont dû être plus prudents : l'échange dépend, moins que la production, de l'outil, quoique l'intensité mème des échanges tombe sous la dépendance évidente de certains procédés techniques (télégraphe, téléphone, etc.), et que le mode de l'échange par la monnaie implique qu’a été trouvée une technique de la frappe qui a manqué longtemps à des sociétés même élevées comme la Chine ; et surtout la forme du commerce, comme la forme de l’industrie, dépend, par l'étendue du marché, de l’état de la technique des transports.
Il n’est pas jusqu’au régime juridique de l'industrie qui ne souffre l'influence de la technique. Le