‹ Droit et moraleChapitre 5 sur 126 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Pour nous, catholiques, tout n’est pas dit quand nous avons assisté à la Messe ou fréquenté les Sacrements. Nous ne pouvons faire abstraction de nos convictions, en vaquant aux occupations profanes, comme si nous étions incroyants. Un chrétien, digne de ce nom, juge et agit en tout suivant sa foi. Elle fait corps avec lui et ne se dépose pas comme un vêtement.

Ceci soit dit, à titre d'introduction, pour expliquer comment nous concevons les relations entre la morale et la loi civile.

Certes, en règle générale, les lois civiles intéressent la conscience, Mais au-dessus du pouvoir humain, nous reconnaissons Dieu: en cas de conflit il vaut mieux Lui obéir qu'aux hommes. Heureux, nous qui avons le magistère de l'Eglise, pour nous informer, au besoin, que telle loi ne peut lier notre conscience.

Ensuite, outre les lois humaines, il y a le droit naturel. Nous ne le concevons pas comme les philosophes de la fin du XVII siècle, déterminant jusqu'aux derniers détails et applicable comme tel à tous les peuples et à tous les temps. Le droit naturel comprend les principes que l’homme peut connaître par la considération de sa « nature» même, principes inculqués d’ailleurs par le Créateur à sa créature raisonnable, indépendamment de toute législation de l'Eglise ou de l'Etat. Telle est la loi naturelle, qui nous prescrit, par exemple, de donner à chacun ce qui lui revient et défend l’homicide, le mensonge, la désobéissance à l'autorité légitime etc. Le droit naturel correspond au Décalogue.

Celui qui nie le droit naturel, enlève au droit positif toute autorité pour commander, et sape dans les sujets l'obligation d'obéir. Les juristes positivistes, qui ne reconnaissent que les prescriptions législatives de l’Etat, ne savent comment juger, au point de vue moral, le refus d’adorer la statue de Nabuchodonosor, ou d’autre part les lois sanguinaires de la Révolution française, Beaucoup de prescriptions de la loi naturelle s’éclairent et se précisent par les lois de l'Etat, mais celles-ci ne peuvent aller à l'encontre de celles-là.

Outre le droit civil, il y a encore le droit canon, qui a marqué de son empreinte beaucoup de iois civiles, à une époque où celles-ci étaient moins fixées et les législateurs plus croyants.

Bref, il y a bien autre chose que les lois de l'Etat, et c’est précisément ce qu’enseignent les moralistes. Que des catholiques ne puissent être, en matière de droit, des positivistes exclusifs, cela va de soi. Mais, même pour eux, l’existence des

Page 1