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n'exagérons pas outre mesure, sa population et sa puissance absorbante.
Un sénateur, membre de l'Institut, annonçait il y a deux ans, avec une espérance enthousiaste en portant un toast amical au lord-maire de la cité de Londres, que Paris aurait en 1860, trois millions d’habitants. Londres en a presque autant, mais Londres n’est pas une ville unique obéissant au grand ressort du pouvoir central ; Londres est une réunion de municipalités autonomes, et, endehorsde la cité, le lord-maire n’a aucun pouvoir. En Angleterre, chaque cité, chaque bourg, chaque paroisse vit de sa vie propre; et l’esprit national, dont la chambre des lords et la chambre des communes offrent la double expression, résume les libertés aristocratiques et populaires. Dans de telles conditions politiques, l’excès de population d’une capitale n’a pas les mêmes inconvénients que dans un Etat où l’abus de la centralisation a tari en quelque sorte toutes les sources de la vie locale et dont la constitution administrative a pour prototype Ninive on Pékin.
Trente-huit mille communes composent la nation française. Chacune d’elles a droit à sa part de vie et de liberté, car chacune d’elles fournit à l’État la puissance de son contingent de sacrifices, et a ses mœurs privées et publiques, sa part d’influence.
On oublie trop à notre époque, disait naguères un membre éminent de l’épiscopat, que les grandes cités ont été créées d’abord par les fils de Caïn, tandis que les enfants des justes conservaient la vie pastorale. C’est par les petites cités, par les plus petites, que s’édifie l’humanité. C’est & Bethléem qu’est né le Sauveur du monde, et c’est à Nazareth qu’il a été élevé. Petite ou grande, rurale ou urbaine, la commune chrétienne est le microscome des sociétés vraiment libres, et c’est de l’union hiérarchique des assemblées municipales que doivent être formées les assemblées nationales, chargées de concourir avec les chefs des États aux progrès de la civilisation.
C’est pour propager ces idées que j’ai étudié les principes du droit municipal de l’antiquité et du moyen âge, dans le travail dont je soumets la première partie au public, non-seulement
comme un sujet d’études rétrospectives, mais comme un modèle d'institutions pour l'avenir. Les temps changent, mais ilyadans le gouvernement des sociétés, des principes immuables; ce sont ceux qui, aux yeux des anciens, constituaient la loi naturelle, et qui, pour nous, sont inscrits en caractères divins dans les tables du Décalogue. Ces principes respectés, dans une certaine mesure, par les peuples libres de l’antiquité, et qui ont fait, de la civilisation chrétienne du moyen âge et des temps modernes un modèle impérissable, constituent le droit municipal, droit qui s’allie avec toutes les constitutions politiques, et dont, au sein de formes infiniment variées, le principe essentiel et immuable repose sur la triple base de toutes les sociétés : religion , famille, propriété.