‹ Droit municipal dans l'antiquitéChapitre 39 sur 91 · SO · texte numérisé non relu

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les citoyens ne cesse de grandir, le nombre des propriétaires se réduit à des proportions infimes, et l'oligarchie, devenue de plus en plus oppressive, pousse en quelque sorte le peuple dans les bras des tyrans.

La tyrannie, chez les Grecs, était un pouvoir cher au peuple, comme la royauté des temps héroïques l’était aux grands. « Tandis que la royauté, dit Aristote (1), est établie pour défendre les grands contre le peuple, le tyran n’a pour mission que de protéger le peuple contre les riches; le tyran a toujours commencé par être un démagogue, et il est de l’essence de la tyrannie de combattre l’aristocratie. » Tels furent à Corinthe, Cypsile ; à Mégare, Théagène, qui déposséda et exila tous les grands propriétaires ; à Sparte, Cléomène qui abolit les dettes et partagea les terres (2) ; à Argos, Nabis, dont le premier soin fut de confisquer les biens de l’aristocratie (3). Quelquefois de l’excès du mal naquit le remède, et des hommes éprouvés par leurs talents et leur caractère furent investis d’une mission conciliatrice et réformatrice. Solon à Athènes, Zaleucus à Locres, Charondas à Catane donnèrent des lois sur lesquelles on n’a recueilli que des notions assez incertaines (4). Mais ces lois célèbres ont reparu quelque peu altérées, peut-être, dans les écrits des théoriciens. Aristote (5) donne à leurs auteurs le titre d’aiVipvrlTjt!, c’est-à-dire de dictateurs élus. Quelques-uns avaient cette charge à vie, d’autres pendant le temps nécessaire à l’accomplissement de leur mission. Denysd'Halicamasse (6) les compare aux dictateurs romains. Leur pouvoir consistait à corriger les vices de la constitution, sans en altérer l’essence. Mais comment

(t) Polit., V, 8. — (2) PotYBE, II, A7. — (3) Tite-Live, XXXII, 38, AO. — ( ) Dcroy, Hist. grecqur, p. 129 à 13A.

(5) On a même révoqué en doute l’existence de Zaleucus. Cic. <U Leg. Il, 6-15. —(6) Polit., IU, 9-5. —

les maintenait-on dans les limites de leur pouvoir? C'est ce que l’histoire ne nous apprend pas. Ce quelle nous apprend beaucoup mieux, c’est que, malgré ces palliatifs, les vices intérieurs des constitutions de la Grèce allèrent toujours se développant, et amenèrent l’affaissement des forces physiques et morales de ces États, autrefois si fiers et si florissants, et leur assujettissement ou au pouvoir ou à l’influence de princes étrangers, jusqu’au moment où la Grèce devint une province romaine.

Dans l’ Attique même,Pisistrate, ce tyran populaire, maintint, mais à son profit, les sages lois de Solon (1). C’est surtout dans les cités italiques que les démagogues se multiplièrent et devinrent des tyrans. Télius à Sybaris, Aristodème à Cumes, Amasillas à Reggio, Gélon, Hiéron à Syracuse, exercèrent le pouvoir suprême, mais avec moins d’intelligence et de modération que Cypsile, Ortagoras et Pisistrate. Aussi leur pouvoir fut-il d’une beaucoup plus courte durée, et tombèrent-ils, poursuivis par la haine et le mépris universels.

La chute des tyrans fut suivie, avec des conditions diverses, et dans des proportions inégales, de l’ avènement de la démocratie dans la plupart des États de la Grèce. Le principe de l’égalité dans les lois («jovoma), de l'égalité dans les honneurs (erortpia), de l’égalité de la parole dans les assemblées populaires ((«rïjyopia}, s’infiltra peu à peu dans toutes les constitutions politiques. On repoussa la timocratie dont les riches s’étaient fait un instrument d’ambition; et comme les garanties morales qu’offrait la démocratie primitive avaient été altérées par la corruption des mœurs, en laissant le champ libre aux démagogues qui flattaient le peuple pour le dominer, on ouvrit les voies à l'ochlocratie, c’est-à-dire à cette forme sauvage de gou-

(1) Antiq. Rom., V, 73.

veraement, dans laquelle la masse du peuple, sans distinction d'aucune sorte, est appelée à exercer tous les droits politiques et à décider toutes les affaires, et dont F avènement est presque toujours le prélude de la tyrannie, selon cette belle pensée de Cicéron : Plerumque ex maxima et tffrenata libertate lyrannus gignitur , et ilia injustissima et durissima servi tus

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