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CHAPITRE XVII

DIS ÉTABLISSEMENTS d' INSTRUCTION ET DE BIENFAISANCE PUBLIQUES.

§ ï. — Des écoles municipales cl des auditoires impériaux.

C'était pour les cités un précieux privilège que celui de foncier des écoles pour la jeunesse de leur circonscription et des districts environnants.

Les Romains attachaient à ces écoles une telle importance que les philosophes, les rhéteurs, les grammairiens, les médecins, étaient dispensés, par un édit d'Antonin le pieux, confirmé par Commode (1), des tutelles, du gymnase, du sacerdoce, et ne pouvaient être forcés ni aux achats de blé, d'huile et de vin, ni aux services municipaux, ni aux charges déjuges, ni à celles de députés, ni à la milice. Ces privilèges, étendus d'abord à tous ceux qui exerçaient des professions libérales, furent ensuite réduits à un certain nombre d'entr'eux, puis à ceux seulement qui avaient le titre cC aniitiles liber alium art htm, selon l'expression d'un décret de Dioctétien et de Maximien (2).

(1) Modestibus le cite, liv. XXVII, dos pandrcUs, tit. Ier, de e.rcu.u>l.- ('2) Lib. X, tit. XLv'!, L. J, Cod. , Ut derctis dnurv-mtm.

En outre, et quoique les cités ne rétribuassent aucun fonctionnaire, depuis le décurion et l'édile jusqu'à ceux qui géraient les charges les plus modestes, les fonctions des professeurs et des médecins étaient exceptionnellement, et seules salariées (1). Un décret de Vespasien adopta pour les écoles publiques de Rome (2) , cette mesure qu'Àntonin le Pieux étendit à tout l'empire (3). Mais alors ce ne furent plus les cités, ce ne fut plus le trésor public qui fournit ce salaire, lequel ne s'élevait pas à moins de 500 écus d'or. Aussi, Tatien disait-il dans son apologétique : « Vos philosophes sont si loin de mépriser les richesses que quelques-uns reçoivent des empereurs jusqu'à 600 écus d'or chaque année. »

A côté des écoles municipales s'élevaient les auditoires impériaux ; mais ces établissements de hautes études ne donnaient pas l'instruction moyenne qui convient au grand nombre, et leur concurrence fut si peu fatale aux écoles municipales, que celles-ci florissaient encore au moment où l'empire croulait. Duboulay [k) nous apprend qu'à Poitiers et à Clermont on trouvait des maîtres distingués publico stipendie* tondue li , payés par le trésor commun. Ausone loue l'école municipale de Besançon (5), et c'est aux écoles des cités que fait allusion le décret par lequel Gratien déclare qu'il doit être libre à chaque cité de rétribuer, comme elle l'entend, ses maîlreset ses docteurs (6).

(1) L 1, § û, ff., rte exlraord. cogn. Disserl. d'Emmanuel Ottox, p. 183. — (2) Suet invita Vkspas , ch. xvm. Plin., epist., IV, 13. — (3) Rhetoribus et philosophis per omnes provincias et honores et salaria detulit (Dullœus de regimine vterum ucalcmiarum.) — (û) Ilist. univ., part 5, tit I. — (5) Panégyrique de Gratien, — (6) Nec vero minus judicum liberum ut sit cuique civitati suos doctores et magittros, placito sibi juvare compendio. Uuilœus ubi supra.

Les professeurs des écoles municipales étaient nommés et destitués par Tordre des décurions. Les grammairiens et les rhéteurs, approuvés par un décret de l'ordre, dit l'empereur Gratien, s'ils ne se montrent pas utiles aux élèves, peuvent être révoqués par le même ordre (1). L'ordre des décurions allouait à ces professeurs, tantôt un traitement complet, tantôt un suppléaient seulement lompendium. — Les élèves payaient en outre un minerval.

Les immunités dont jouissaient les professeurs furent contestées parle fisc, vers la fin de l'empire, au moment où le mauvais état des finances imprima un nouvel essor aux exactions qui pesaient sur les municipalités, et obligea les décurions de se réfugier dans les camps peur échapper aux tortures des onglets de fer. Mais ces immunités triomphèrent de toutes les épreuves ; les fonctions de professeurs furent quelque temps un asile où se réfugiaient les curiales ; les publicains les y poursuivirent. L'immunité fut contestée ; le nombre des exempts fut diminué par les rescrits (2) .

Antonin avait déjà fait descendre le chiffre à dix médecins, cinq rhéteurs et cinq grammairiens, dans les villes de premier ordre, dans les métropoles; à sept médecins, quatre sophistes, et quatre grammairiens, dans les villes de second ordre, celles où siégeaient des tribunaux; à cinq médecins, trois sophistes, et trois grammairiens dans les autres cités. Dioclètien et Maximien statuèrent qu'excepté les antistites des arts libéraux, l'immunité ne pouvait être accordée à personne (3). Quelques années plus tard, l'invasion des barbares balayait dans la même tour-

(1) God. Just., tit. de medicis et professoribus. — (!2) llislire de l'instruction publique, par M. de I\iancey, tit. I, p. 23. — (3) Couring, Antiquitates académie», Dissert. 3.

mente et les privilèges, et les sophistes et le lise impérial.

§2. — Des hôpitaux et autres établissements charitables.

L'hospitalité, cette vertu familière aux nations de l'antiquité, n'était érigée chez aucune d'elles en institution publique. Les romains avaient des appartements réservés aux hôtes, hospitalia, et des infirmeries domestiques, valet adinaria (4). Non-seulement les enfants et tous les membres de la famille y étaient traités, mais l'esclave qui, au lieu d'y recevoir les soins qui lui étaient dûs, était abandonné de son maître, devait être rendu à la liberté (2) . On a la mesure des bienfaits de l'hospitalité privée dans un passage de Tite-Live qui raconte que trente mille personnes ayant périou reçu des blessures lors de la chute de l'amphithéâtre de Fidènes, les blessés furent transportés, suivant l'usage ancien, dans les maisons des principaux citoyens, et y reçurent l'assistance des médecins et les remèdes et soins convenables. Mais à mesure que les liens de la fam'lle romaine se relâchèrent, et que la corruption des mœurs publiques fit des progrès, ce remède à la double plaie de l'infanticide et de l'esclavage fut de plus en plus insuffisant, et le Tibre reçut plus d'un cadavre de nouveau-né, et l'île d'Esculape fut souvent témoin du cruel abandon auquel étaient livrés les esclaves vieux et infirmes.

Toutefois, on trouve les premiers germes de nos hôpi-

(1) COM'MELLE, tit. XI, Ch. I.

(2) Servus segrotus, nisi ejus curam dominus gerat, sit liber. Cod.,liv. VI, tit IV, de bonis libertorum. Digeste, liv. X U, tit. VII, Pro dereliclis, ch. Uî. Novelle, 22, ch. xn, Cod., liv. Vil, tit Vf, L Uniq., de latina libertale tollenda, § !i.

taux dans ces salles garnies de lits, placées près du temple d'Esculape, où les étrangers qui tombaient malades se réfugiaient et recevaient les soins et les secours de l'art (1). En outre, les décurions entretenaient dans chaque cité des médecins publics chargés de traiter gratuitement les pauvres à domicile.

L'Église primitive n'adopta pas d'abord l'usage des hôpitaux. Les chrétiens vivaient en frères, et s'assistaient mutuellement, tant sains que malades. L^s maisons des prêtres et des évêques étaient d'ailleurs ouvertes aux étrangers et leur table était commune aux pauvres qui imploraient leur charité (2). Bientôt se formèrent, selon la remarque de M de Chateaubriand (3), des associations de fidèles, qui, instruits dans la grande vertu de la charité, mirent en commun quelques deniers pour secourir les nécessiteux, les malades et les voyageurs. Ainsi commencèrent les hôpitaux.

Les premiers asiles publics marqués de ce caractère furent les xeiiodocliia offerts aux pèlerins peregrinis, qui, dit saint Jérôme, au sujet d'un établissement de ce genre fondé par une femme romaine, Fabiola, demeuraient auparavant étendus sur la place publique, et reçurent dès lors les secours et les aliments nécessaires. De nombreuses xénodochies furent fondées par des laïques, clans les premiers siècles du christianisme; plus tard, les églises, les cités, les empereurs les multiplièrent, et Julien lui-même s'aida des inspirations du christianisme pour élever des asyles publics en faveur des pauvres et des malades. Mais la part la plus large dans la fondation des établissements

(1) Mtrcwïalis var bd., cap xn. GcÉRINS, Thésaurus ant'quit. fl'm. , 1, o. — (2) Tiiomassix, Vêtus et nova tcclesiœ dit ci p. — (3) Génie du Christianisme, t. IV, p. 120.

charitables revient incontestablement au clergé, qui excita souvent, par son zèle pieux, la jalousie des préfets des provinces. Saint Grégoire de Naziance, saint Jean-Chrysostômeet tous leurs pieux émules et successeurs ajoutèrent aux xènodockia les nosocomia, ou hôpitaux de malades, les orp/u/notrophia ou hospices d'orphelins, les gcrontico mia ou asyles de vieillards ; et, grâce au concours, dans chaque cité, de l'autorité religieuse et du pouvoir municipal, les œuvres de miséricorde se multiplièrent à l'infini, et il y eut, selon les expressions de M. de Chateaubriand, comme un débordement de la charité sur les misérables, jusqu'alors abandonnés sans secours par les heureux du monde.

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