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CHAPITRE I

DES CITÉS DE LA GAULE AVANT l' INVASION DES ROMAINS.

§ 1. — On donnait le nom de Gaule à la partie de l'Europe bornée à l'occident et au septentrion par l'Océan; au midi, par les Pyrénées et l'Ibérie ; à l'orient, par le Rhin, la grande Germanie, la Rhétie, l'Italie et les Alpes.

Trois nations distinctes parla langue, les institutions et les lois, et divisées en plusieurs centaines de petits peuples (1) , possédaient ce territoire et faisaient pressentir, dès la plus haute antiquité, l'unité qui devait un jour les réunir en corps de nation (2) . Ces peuples étaient les Aquitains, les Celtes et les Belges.

A ce triple élément de la population de la Gaule, on peut en ajouter un quatrième : ce sont les colonies grecques, qui n'entrèrent en Gaule que longtemps après qu'elle

(1) Hi omnes lingua, institutis, legibus inter se differunt {Cjesar). V. Guérard, Polypiique d'Irminont I, p. 41.

(2) Voyez les textes de Strabon, 11, de Ptolem., VIII, 2, rapportés par D. Bouquet, Rerum GaLUcarum (ranci se arum scripiores, I, 2, I, 88, 1, Ubl. Voy. aussi Isid., Orig., XIV, U ; Pompon. Mel., III, 2. Ammian Marc, XV, 10.

eut reçu ses premiers habitants, et qui s'établirent à l'embouchure des grands fleuves armoricains et sur le littoral de la Méditerranée, pour s'y livrer au commerce.

Les Aquitains qui habitaient le midi de la Gaule descendaient de la nation ibérienne, qui apparaît, aux époques les plus éloignées, dans les contrées situées sur les pentes méridionales de la chaîne du Caucase et sur l'isthme qui sépare le Pont-Euxin de la mer Caspienne. Cette population primitive, accrue d'un mélange d'aborigènes Gaulois, refoulés vers les côtes occidentales de l'Atlantique par l'invasion des Celtes, de tribus celtiques conquérantes et d'Espagnols originaires du pied méridional des Pyrénées (1), se partageait en deux peuples : les Ligures, établis entre la Méditerranée et les Cévennes, et les Celtibères, qui couvraient l'espace enfermé entre le golfe de Gascogne, la Garonne et les Pyrénées.

Les Celtes faisaient partie de ces tribus de pasteurs qui erraient dans les vastes déserts situés au nord des grands empires de l'Asie, au-dessus de la mer Caspienne, du Pont-Euxin, du Danube, du golfe Adriatique et du Rhin. Tous ces peuples de la race de Japhet, errants et dispersés dans les campagnes où ils se nourrissaient de lait et de la chair de leurs troupeaux, se dirigèrent vers l'occident en cherchant de nouveaux pâturages, franchirent le Rhin et s'établirent dans des contrées fertiles d'où ils expulsèrent les indigènes (2). Ils étaient divisés en tribus comme tous les peuples de l'antiquité (3) .

(1) Aquitani caeterorum celtica? incolarum plane différentes non modo lingua, sed et corporibus, Iberis quamCeltis sunt similiores. Strab., IV. B. 1, Zj.

(2) Reperiebat Cœsar Belgos Rhenum antiquitus transductos propter loci fertilitatem ibi consedisse, Gallosque qui ea loca incolerent expulisse. (Oesar, Bell. Gall., H, 4.)

(3) Koulorga, De la tribu dans l'antiquité.

Les rameaux de la souche celtique établie sur le territoire des Gaules sont nombreux. Dans un essai sur l'histoire des institutions du nord de la France pendant l'ère celtique, M. Tailliar signale une première tige, les Galls qui, dès le seizième siècle avant Jésus-Christ, sont en possession d'une grande partie de la Gaule et du tiers de l'Italie ; une deuxième tige, les Gimmériens ou Cimbres primitifs, d'où sortent : 1° les Gimmériens ou Gimbres orientaux ; 2° les Cimbres de l'Ister ou Danube ; 3° les Gimbres ou Kymris de la Gaule armorique ; il0 les Kymris- Belges, qui envahissent successivement le nord, l'est et le midi de la Gaule. Nous ne suivrons pas le savant écrivain dans ces recherches, qui nous entraîneraient hors des bornes de notre sujet.

César compare les mœurs et l'état politique des Gaulois aux mœurs et à l'état politique des Germains. « Il fut un temps, dit-il (1), où les Gaulois surpassaient les Germains en valeur, portaient la guerre chez eux et envoyaient, au delà du Rhin, des colonies pour soulager leur territoire d'un excédant de population. C'est ainsi que les Volsques- Tectosages vinrent se fixer dans les contrées les plus fertiles de la Germanie, près de la forêt Hercynie, qui paraît avoir été connue d'Eratosthène et de quelques autres Grecs sous le nom d'Orcynie. Cette nation s'y est maintenue jusqu'à ce jour, et jouit d'une grande réputation de justice et de valeur. Aujourd'hui encore, ses habitants vivent dans la même pauvreté, la même indigence, la même frugalité que les Germains : ils ont adopté leur genre de vie et leur costume. Quant aux Gaulois, le voisinage de la province et le commerce maritime leur ont fait connaître l'abondance et les jouissances du luxe. Accoutumés peu à

(1) Cjesar, de beilo galUco, lib. Vf, XXIV.

peu à se laisser battre, vaincus dans un grand nombre de combats, ils n'osent plus eux-mêmes se comparer aux Germains. »

L'état social originaire des Aquitains, des Celtes et des Belges différait sous certains rapports (1) , mais se rapprochait sous d'autres de l'état social des Germains, car la Gaule et la Germanie, séparées par un fleuve qui était un bien faible obstacle aux invasions réciproques (2) , avaient des occasions fréquentes de mêler leurs populations. Aussi Strabon pense-t-il que l'on doit juger des premiers Celtes par les Germains, à cause de l'origine commune et de la ressemblance des deux nations (3) .

§2. — Les auteurs romains et les écrivains grecs de l'époque romaine nous ont laissé sur les éléments de la nation gauloise des notions précieuses que les publicistes et les philologues ont complétées en cherchant les traces des mœurs et des institutions anciennes dans les lois, les monuments et les langues des peuples modernes.

Strabon nous apprend (liv. XI, ch. h) que la nation ibérienne organisée de bonne heure comprenait quatre classes : 1° Les nobles, parmi lesquels on choisissait deux rois; 2° les prêtres, chargés en même temps de veiller aux frontières; 3° les paysans ou agriculteurs qui fournissaient des guerriers ; h° les artisans et les gens destinés au service des rois.

(1) Germani multum ab hac consuetudine différant. C^esar, de bello gallico, VI, 21.

(2) Quantulum enim amnis obstabat quominus ut quaeque gens evaluerat, occuparet, permutaretque sedes promiscuas et nulla regnorum potentia divisas (Tacite).

(3) Sed quales diximus superioribus temporibus taies eos fuisse intelligimus, ex Germanorum adhuc durantibus, nanti et natura et vitae institutis, gentes hae invicem similes sunt et cognatse, confinem habitantes regionem, Rheno divisam, et pleraque inter se similia habentur. L. IV, p. 195, 196.

L'histoire nous représente les Ibères comme une nation de taille moyenne, mais pleine de séve et de virilité. Nerveux et velus, les Ibères ont la chevelure et la barbe noires, longues, touffues, une peau mate et basanée qui rappelle leur origine sémitique, des membres, des muscles vigoureux et tout ce qui constitue une organisation robuste. Rompus à la fatigue, habitués à braver la rigueur des éléments, ils mènent une vie sobre et dure. Les femmes elles-mêmes prennent part sans efforts aux travaux les plus rudes (1) .

L'histoire peint au contraire les Gaulois comme des hommes blancs, à cheveux blonds, et de haute taille, vifs, emportés, courageux, mobiles, avides de querelles et merveilleusement vains (avidi jurgiorum, sublatius insolescentes), mais pleins de respect pour la foi jurée, pratiquant l'hospitalité d'une manière admirable et presque banale (2) .

Les Gaulois étaient braves et les femmes avaient encore plus de vigueur que leurs maris (mullo foriiores); on ne pensait pas à leur résister, dit Ammien Marcellin (3), lorsque les yeux hagards (gùmca), elles enflaient leur voix, grinçaient les dents, et roidissant leurs bras aussi blancs que la neige, s'apprêtaient à donner, du poing et du pied, des coups aussi vigoureux que s'ils étaient partis d'une catapulte.

La population gauloise était divisée en trois ordres.

(1) Estai sur C histoire des institutions du nord de la France {ère celtique), par M. Taii.liar

(2) De hospitalitate mira, et pasne promicuna. (Tacite, cap. xxr, Cjlsar, de bello galtico, Vr, 623.)

(3) Maxime cum iila inflata cervice, suffrendens, ponderansque niveas ulnas et vastas, admissis ca Ici bus, emittere cceperit pugnos, et catapultas tortoli bus nervis expulsas. (Ammian. Marcel. , lib. XV, cap. xlii.) Vilbert, Du gouvernement des provinces et de l'organisation des municipalités romaines.

1° Les druides étaient voués au culte divin et veillaient au maintien de l'unité religieuse; 2° les chevaliers {équités), adonnés à la profession des armes (1) , étaient aptes à être incorporés dans les conseils de leurs nations, et à remplir les fonctions de chefs civils et militaires. On n'entrait dans le sacerdoce ou dans le corps de la noblesse que par un noviciat analogue à celui de la chevalerie ; 3° la plèbe (piebs) était occupée des travaux agricoles ou mécaniques et placée dans un état voisin de la servitude (2) , mais qui n'était pas l'esclavage même. Les plébéiens étaient de deux sortes : Les uns étaient engagés volontaires, obérés; ils jouissaient des droits civils, mais non des droits politiques. Les autres étaient suijuris, et se divisaient en cliens ou ambactes et en non-cliens. César et Tacite s'accordent à chercher dans la famille le premier lien social des Gaulois et des Germains.

Le régime conjugal dans les Gaules était un régime de fonds commun analogue, mais non identique à notre communauté légale, et qui reposait sur la parfaite égalité des droits, des charges et des espérances; les apports des époux étaient égaux; l'époux survivant avait la part de l'un et de l'autre avec les intérêts accumulés. Les hommes avaient droit de vie et de mort sur leurs femmes et sur leurs enfants (3) . Ce que Tacite dit des mœurs de la famille ger-

(1) De his duobus generibus alterum est Druidum, alterum equitum. Illi rébus divinis intersunt... hi omnes in bello versantur. César, Vr, 13, 15. D. Bouquet, t. I, p. 25Z[.

(2) Plebs pene servorum habetur loco, quse per se nihil audet, et nulli adhibetur consilio. Plerique quum aut sere alieno, aut magnitudine tributorum, aut injuria potentiorum premantur sese in servitutem dicant nobilibus. In hos eadem omnia sunt jura quae dominis in servos (César, de bello gal/ico, VI, 13).

(3) Viri quanlas pecunias ab uxoribus dotis nomine acceperunt, tantas ex suis bonis aestimatione facta, cum dotibus communicant. Hujus omnis pecuniae conjonctiùs ratio habetur, fructus-

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