I. Oîiv. cité, t. I, p
l'Etat ^ " Un système social ne saurait plus ouvertement faire aveu d'impuissance. Ce n'est point là l'équitable solution d'un problème de droit, mais le sacrifice voulu, et l'abandon résig-né de ce droit lui-même aux tyranniques invasions de la force brutale.
Le politique gallican André Dupin, dans son Rapport sur les travaux inédits de Portails^ repousse avec énergie le dualisme que la théorie de l'égalité des deux pouvoirs introduirait dans le gouvernement de la société humaine. Il n'hésite pas à déclarer "qu'on ne peut admettre deux puissances absolument égales, dont le concours produirait une sorte de manichéisme politique, et n'aboutirait qu'à des luttes périlleuses ou à une négation sans issue '^. "
Toutefois, si le gallicanisme politique refuse, avec M. Dupin,^ de voir dans l'Eglise et l'Etat deux puissances d'égale dignité et de parallèle influence, s'il ne croit pas plausible que Dieu ait ainsi créé et mis en face l'une de l'autre deux sociétés vouées dès leur berceau à de fatales discordes et à un état d'antagonisme aussi fécond en différends que dénué de tout moyen de les terminer, ce n'est pas pour reconnaître la supériorité de l'Eglise sur l'Etat, c'est plutôt pour élever l'Etat au-dessus de l'Eglise.
Ce système de subordination de l'Eglise à l'Etat, on prétend l'appuyer sur les livres inspirés eux-mêmes, notamment sur ces paroles de l'apôtre saint Paul : Omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit^ ; c'est-à-dire (traduisent nos adversaires) que tous les hommes, personnes physiques et personnes morales, individus et corps sociaux, s'inclinent devant l'autorité séculière et obéissent à ses ordres.
C'est là, on l'avouera, une version assez libre, élargissant à plaisir le texte sacré, et moins faite pour en rendre exactement le sens que pour offrir quelque appui à une théorie chancelante.