‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 114 sur 227 · Ibid., prop · texte numérisé non relu

Ibid., prop

celle de la subordination de V Etat à V Eglise^ fondée sur l'incontestable supériorité dont jouit la société religieuse vis-à-vis de la société civile.

Au surplus, cette supériorité n'est pas expliquée uniformément par tous les auteurs. Les uns en effet prétendent que l'Eglise, par sa prééminence, possède sur les affaires temporelles qui forment le domaine de l'Etat, un pouvoir direct. Les autres, et en plus grand nombre, ne lui reconnaissent qu'un pouvoir indirect, soit coercitif, soit simplement directif.

Ces expressions diverses du sentiment catholique feront l'objet d'une étude spéciale. Pour le moment, ce qui importe, c'est d'écarter, par une réfutation sommaire, les systèmes qui dénaturent le vrai concept de l'Eglise et rabaissent cette œuvre divine au niveau des associations purement humaines ; et c'est aussi d'établir sur un fondement solide l'indéniable prééminence de cette grande organisation spirituelle sur toute autre institution sociale.

Nous avons mentionné plus haut le système de l'indépendance réciproque des deux puissances.

Léon XIII, dans un passage de sa grande encyclique sur la constitution chrétienne des Etats, en a fait hautement justice. Voici ses paroles : " Leur autorité (l'autorité de l'Eglise et de l'Etat) s'exerçant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu'une seule et même chose soit, à des titres différents, soumise à la juridiction de l'une et l'autre puissance. La très sage providence de Dieu, qui a établi ces deux pouvoirs, a donc dû délimiter nettement leur champ d'action : les puissances ont été établies et réglées par Dieu. ^ S'il en était autrement, on verrait maintes fois surgir des conflits fâcheux ; et souvent l'homme hésiterait, perplexe et inquiet, tiraillé en sens opposés par deux puissances auxquelles il ne saurait, sans manquer à son devoir, refuser d'obéir. Or, il répugne souverainement que la sagesse et la bonté divine autorisent un tel désordre, alors

\. Rom., XIII, I,

■que, dans le domaine bien inférieur des choses physiques, cette sagesse a si parfaitement coordonné les forces et les causes naturelles, et créé entre elles un accord si général qu'aucune d'elles ne gêne les autres, et que toutes, au contraire, concourent dans un magnifique ensemble à réaliser la fin vers laquelle tend l'univers. Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances une entente pleine d'harmonie, qu'on peut justement comparer à l'union qui existe entre le corps et l'âme. "

M. Em. Olivier, partisan, nous l'avons vu, de l'indépendance mutuelle des deux pouvoirs, ne croit pas que le droit de l'Eglise et de l'Etat de statuer à part, et par conséquent d'une manière contradictoire, sur les mêmes matières, entraîne quelque inconvénient au point de vue pratique ^ Mais le docte publiciste, ébloui par le spécieux de son système, se trompe étrangement. N'est ce pas en effet sur le terrain pratique, et dans l'hypothèse concrète que l'Eglise et l'Etat s'ignorent et en s'ignorant se contredisent, que l'on fait aux sujets de ces deux sociétés la plus pénible et la plus gênante des situations? Et n'est-ce pas aussi cette situation même, cette regrettable nécessité pour un citoyen de désobéir à l'Etat en obéissant à l'Eglise et de désobéir à l'Eglise en obéissant à l'Etat, dont Léon XIII, dans les paroles citées plus haut, a si lumineusement signalé les inconvénients?

Sans-doute une entente quelconque, telle qu'on en voit s'établir entre deux nations rivales, pourrait jusqu'à un certain point remédier à ce malheur. Mais cet accord est-il toujours facile? La disparité des intérêts temporels et spirituels ne crée-t-elle pas à l'entente des deux pouvoirs un obstacle plus grand que celui qui résulte du conflit d'avantages purement matériels? Et si toute tentative d'accord et d'arrangement pacifique échouait? ^' Alors, dit M. Olivier, il ne restera plus pour trancher les difiScultés entre l'Eglise et l'Etat qu'un moyen, la force: la force morale du côté de l'Eglise, et la force matérielle du côté de

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