Baudrillart, Quatre cents jxtis de Concordai, p
l'essence même de ces deux pouvoirs. Les objets spirituels n'admettent pas en effet de simples égards. Ils ne dérivent pas des principes humains et des relations politiques, qui sont susceptibles de plus ou moins d'extension. Ils relèvent du droit divin, ils sont d'une essence supérieure et transcendante qui ne supporte aucune comparaison avec les objets temporels. Un souverain catholique n'est tel que parce qu'il professe de se conformer aux décisions du chef visible de l'Eglise et de le reconnaître comme maître de la vérité et le seul vicaire de Dieu sur la terre. Il ne peut donc y avoir ni identité ni égalité entre les relations spirituelles d'un souverain catholique avec le chef de la hiérarchie et les relations d'un souverain temporel avec un autre. . . Si le cœur de votre Majesté ne devait pas être touché par nos paroles, nous souffrirons avec une résignation évangélique tout ce qui pourra nous arriver. Nous nous soumettrons à toute espèce de calamité et l'accepterons comme venant de Dieu. Nous affronterons toutes les adversités de cette vie plutôt que de nous rendre indigne de notre ministère en déviant de la ligne de conduite que notre conscience nous a tracée. "
Ces belles et fortes paroles démontrent le principe même qu'elles affirment, et le droit qu'elles revendiquent. L'Eglise est au-dessus de l'Etat, et la raison de cette prééminence se tire principalement, comme l'insinue Pie VII, de la fin propre de ces deux sociétés.
L'une, la société religieuse, a pour objet et pour fin les choses divines; l'autre, la société civile, se meut et s'agite dans la sphère des choses humaines. Or, n'est-il pas évident que les choses divines l'emportent incomparablement sur les choses humaines? que les objets terrestres, dans l'ordre de la Providence, ne sont que des moyens destinés à nous aider dans la poursuite des biens célestres? La même relation ou la même coordination doit donc exister entre la puissance civile et la puissance religieuse.— C'est cet argument qu'invoquait le cardinal Antonelli dans sa dépêche du 19 mars 1870 au comte Daru : " Si, disait-il, la félicité temporelle, qui est la fin de la puissance civile, est
subordonnée à la béatitude éternelle, qui est la fin du sacerdoce, il s'en suit que les deux pouvoirs, dans la poursuite de leurs fins respectives, sont, d'après la même loi, subordonnés l'un à l'autre ; car la hiérarchie des facultés dépend de celle des fins auxquelles elles sont destinées."
Ce rapport de subordination de l'Etat à l'Eglise, Léon XIII, après saint Thomas, * l'assimile au lien qui unit l'âme et le corps. " Il est donc nécessaire, dit le Pontife 2, qu'il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui dans l'homme constitue l'union de l'âme et du corps. On ne peut se faire une juste idée du caractère et de l'harmonie de ces rapports qu'en considérant la nature de chacune de ces deux puissances, et en tenant compte de la noblesse et de l'excellence de leurs buts respectifs, puisque l'une a pour fin prochaine et spéciale de s'occuper des intérêts terrestres, l'autre de procurer les biens célestes et éternels. "
Déjà l'illustre cardinal Bellarmin ^ avait développé la même pensée en des termes si clairs et si appropriés qu'il nous semble à propos de les reproduire textuellement : " Les deux pouvoirs, écrit-il,'^ le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, sont dans l'Eglise comme l'esprit et la chair dans l'honnne. . . Dans l'homme, la chair est jointe à l'esprit et, comme ils ne forment qu'une seule personne, il faut entre eux une certaine subordination et une certaine connexion. La chair en effet est soumise, et l'esprit commande. L'esprit ne se mêle pas aux actions de la chair, mais il la laisse accomplir tous ses actes comme elle les accomplit chez les brutes; cependant, lorsque ces actes nuisent à la fin de l'esprit, celui-ci commande à la chair, la châtie et, si cela est nécessaire, ordonne des jeûnes et d'autres pénitences, même au prix d'un certain dommage et d'un certain