‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 125 sur 227 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

sinon rompre elle-même le lien d'obéissance qui unit les sujets à leurs souverains, du moins déclarer dans quelles circonstances ce devoir de fidélité cesse d'obliger, et dans quels cas les têtes royales en révolte contre Dieu perdent, de par la loi divine, tout droit à leur couronne.

D'autres auteurs vont plus loin et n'hésitent pas à enseigner que le Pape, en sa qualité de chef suprême de l'Eglise, peut non seulement donner des directions obligatoires dans les questions de morale politique et sociale, mais encore, s'il arrive que la religion et la conscience le requièrent, intervenir dans l'ordre temporel et régler juridiquement certaines affaires relevant de ce domaine.

Nous savons qu'on assimile les rapports de l'Kglise et de l'Etat aux relations qui existent entre l'âme et le corps. Les auteurs dont nous parlons, insistent sur cet exemple. Et de même, ajoutent-ils, que l'âme, quand cela est nécessaire, commande au corps, le châtie, l'astreint à de rudes pénitences, quelquefois à la mort elle-même ; ainsi la puissance spirituelle, alors que les intérêts de la religion le demandent, peut soumettre l'ordre temporel à son empire, destituer les dépositaires de l'autorité publique, faire et défaire les lois civiles, connaître des différends temporels, casser ou confirmer les sentences des tribunaux séculiers. Ce sont sans doute des cas rares, et tout à fait extraordinaires, mais qui ne dépassent point les limites du pouvoir que l'Eglise, en vue de sa fin spirituelle, peut exercer sur les choses temporelles ellesmêmes. Ainsi pense et raisonne le cardinal Bellarmin qui, pour me servir d'une expression d'Em. Olivier, a en quelque sorte " coulé dans l'airain de son style " l'importante théorie que nous venons d'exposer.

Cette façon d'expliquer le pouvoir indirect de l'Eglise en matière politique ne diffère peut-être pas très sensiblement de la première. Quoi qu'il en soit, dans l'un et l'autre cas, le pouvoir dont il s'agit, n'étant qu'une forme spéciale de l'autorité sacrée, et n'atteignant qu'indirectement et accidentellement l'ordre temporel, repose sur le droit divin.

dès qu'elle le put, celui de juger et de condamner les lois civiles, en ce qu'elles ont de contraire aux lois divines et ecclésiastiques.

Les Papes firent davantage. Ils étendirent leur pouvoir jusqu'à la personne des souverains, tantôt en les dépossédant de leur trône, tantôt en fixant et en affermissant sur leur tête le diadème impérial.

C'est ce qui ressort, en premier lieu, de l'ancienne discipline pénitencielle à laquelle les princes chrétiens, non moins que les simples fidèles, étaient soumis ^ Les rudes sanctions dont l'Eglise primitive faisait usage dans la répression des délits les plus graves, et le régime d'une pénitence publique qui devait les expier, comportaient l'interdiction de toutes les fonctions profanes, tant civiles que militaires. Et cette interdiction était tellement liée au système alors en vigueur que les rois euxmêmes, avant de suivre cette pratique expiatoire, devaient déposer leur couronne. Ce fut le cas d'un prince puissant, Wamba, souverain d'Espagne, qui, ayant voulu par piété s'astreindre au régime pénitenciel, ne fut admis à revêtir l'humble habit des pénitents qu'après avoir abdiqué la puissance royale entre les mains de son fils.

Nous avons déjà fait allusion à un événement qui tient la plus large place dans l'histoire de la société chrétienne, et sur lequel il importe de revenir: le rétablissement, dans la personne des princes français, puis plus tard des princes germains, de l'empire romain d'Occident.

Léon l'Isaurien, empereur de Constantinople, ayant publié contre les saintes images des édits pleins d'impiété, le souverain pontife Grégoire II crut devoir, pour cette raison, détacher le peuple romain et toute l'Italie de l'empire. De son côté, Grégoire III, effrayé par les dangers dont la ville des Papes était menacée, se tourna vers un haut fonctionnaire de France, Charles Martel, pour lui offrir, s'il voulait en assumer les responsabilités, le titre et la dignité de patrice de Rome. Ce fut

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