‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 129 sur 227 · I. Ibid., ad · texte numérisé non relu

I. Ibid., ad

aux intérêts religieux ; et s'il arrive, par le mauvais vouloir des princes ou par la perversité des peuples, que la religion ou la morale aient à souffrir, ces délits imputables à la société civile tombent sous le coup de la juridiction ecclésiastique et sont sujets aux animadversions du Pape et des évêques. — Gardienne incorruptible de la justice, l'Eglise de Jésus-Christ se doit à ellemême de poursuivre le mal partout où il sévit, que ce soit dans la conscience des fidèles ou sur les marches du trône. C'est son droit et c'est sa tâche d'évoquer à son tribunal toutes les actions humaines, toutes les doctrines, toutes les lois, toutes les entreprises. Depuis l'institution du régime populaire, ne la voit-on pas, en tous les pays, s'élever énergiquement contre les vices et les fraudes dont trop souvent les mœurs électorales sont entachées ? Elle intervient alors dans le domaine temporel ; et qui osera prétendre qu'elle sort par là de 5on rôle?

L'Etat, d'autre part, est subordonné à l'Eglise dans la mesure où sa lin purement temporelle, se rapporte et se subordonne à la fin spirituelle de l'humanité. L'homme est fait pour le ciel : c'est le terme de ses travaux, la raison et la norme régulatrice de sa vie ; tout, pour atteindre à ce but, doit lui servir plus ou moins prochainement, et plus ou moins efficacement, d'instrument et de moyen. Si donc parfois l'Eglise, dans ses efforts pour sauver les peuples, a besoin du concours de l'Etat, elle peut exiger ce concours. Elle peut, pour assurer l'exécution de ses décrets, réclamer des pouvoirs publics le service de la force et l'autorité du glaive. Elle peut demander aux sociétés démocratiques, en faveur d'une cause qui lui est chère, l'appui de l'opinion, le suffrage de l'électeur, l'influence du législateur. Nous eu avons vu, dans ce pays même, des exemples récents. ^ Et, en tout cela, c'est du pouvoir indirect sur les chose temporelles que l'Eglise fait usage.

I , Voir Mandement des Evêques de la Province civile de Québec sur la question des écoles dv RIanitoba (6 mai 189^-).

Ce pouvoir, il est vrai, n'a pas toujours recouru aux mêmes moyens ni fait appel aux mêmes sanctions.

Les premières influences dont l'Eglise dispose, sont l'exhortation, la prière et le blâme. "■ Le père, écrivait Innocent III à l'empereur Alexis III, le père qui aime son fils le reprend de ses fautes, et Dieu réprimande et châtie ceux qu'il aime. Aussi ne faisons-nous que remplir le devoir de notre charge de pasteur en conjurant, gourmandant, blâmant, non seulement les simples fidèles, mais les empereurs et les rois eux-mêmes, et, que cela leur plaise ou non, en les exhortant à faire la volonté de Dieu \"

Lorsque l'exhortation et le blâme ne suffisent pas, l'Eglise, pour des raisons graves, ne craint pas d'y ajouter les censures. Jadis, par la bouche d'un grand évêque, elle interdisait à un empereur coupable l'entrée du lieu saint. Aujourd'hui, elle fait peser sur les détenteurs injustes de ses provinces et de ses biens la peine toujours redoutable de l'excommunication.

Mais là ne s'arrête pas son pouvoir. Aux maux et aux dangers il importe de proportionner les remèdes; et les circonstances de temps, de lieu, de personne, de culpabilité, de responsabilité, peuvent parfois être telles qu'elles exigent de la part de l'Eglise une intervention d'un autre ordre et l'application de peines même temporelles. Voilà pourquoi, au moyen âge, dans ces siècles de foi ardente oii peuples et rois, malgré l'aspérité des mœurs et l'impétuosité des passions, professaient pour l'Eglise une vénération profonde et en quelque sorte instinctive, les Papes, nous l'avons dit, allèrent jusqu'à prononcer la déchéance des princes oublieux de leurs devoirs et infidèles à leur rôle de protecteurs de la foi.

C'est surtout contre ces actes de la puissance papale que s'est insurgé le régalisme, et que le libéralisme de toutes couleurs proteste aujourd'hui.

Mais si l'on examine de près la question, et si l'on songe que.

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