I. Moulart, ouv. cité, pp
dans tous les Etats de l'époque médiévale, en vertu d'un pacte plus ou moins formel, la première obligation du souverain était d'être chrétien et de régner chrétiennement ^ ; que, du consentement commun des nations, la rupture de ce contrat était une cause majeure réservée au Saint-Siège ; et si, de plus, on considère que, par un devoir strict de leur charge, les chefs de l'Eglise sont tenus d'écarter autant que possible, et par tous les moyens licites, les dangers qui menacent la foi, et que, d'autre part, rien, dans un Etat chrétien, ne compromet davantage les intérêts religieux que l'apostasie ou l'impiété du souverain, on comprendra sans peine comment les Papes aient pu, sans abus de pouvoir, non seulement déclarer nuls les liens de l'obéissance due aux princes par les peuples, mais même rompre directement ces liens et enlever aux prévaricateurs couronnés leur trône et leur puissance.
Ce que nous disons des papes doit s'entendre également des évêques, avec, toutefois, cette différence que ces derniers, soumis à leurs princes respectifs, se sentaient moins libres dans l'exercice de leur autorité et qu'il pouvait y avoir appel de leurs jugements au jugement supérieur du Pontife romain ^
Il nous est facile de voir maintement ce qu'il faut penser de la thèse du droit historique patronnée par Taparelli, et de juger sur quels fondements il convient de faire reposer le pouvoir social exercé par l'Eglise au moyen âge.
Sans doute, les conditions spéciales de cette époque, si différente de celle où nous sommes, créaient à la puissance papale un terrain, éminemment propice, d'action directive et même coercitive sur les princes comme sur leurs sujets. Grâce à l'esprit de foi des peuples et à l'influence du clergé jusque dans les affaires civiles, grâce à ce souffle chrétien qui vivifiait les lois, les institutions et le corps social tout entier, le principe de la suprématie de l'Eglise et les pouvoirs souverains de son chef