I. Encycl. Mit art vos, 15 août
prudemment sauvegardée. Tous les hommes, dans leur marche pénible et incertaine vers l'éternelle cité, savent qu'ils ont à leur service des gruides sûrs pour les conduire au but et des auxiliaires pour le leur faire atteindre. Ils savent, de même, que d'autres chefs leur ont été donnés pour veiller à leur sécurité et à leur fortune et leur procurer les autres avantages de cette vie.
" La société domestique trouve sa force dans l'unité et l'indissolubilité du lien conjugal; les droits et les devoirs des époux sont réglés en toute justice et équité; l'honneur dû à la femme est sauvegardé; l'autorité du mari se modèle sur l'autorité de Dieu ; le pouvoir paternel est tempéré par les égards dus à l'épouse et aux enfants; enfin, il est parfaitement pourvu à la protection, au bien être et à l'éducation de ces derniers.
" Dans l'ordre politique et civil, les lois sont faites en vue du bien commun et ne dépendent ni de la volonté ni du jugement trompeur de la foule, mais de la vérité et de la justice. L'autorité des princes revêt une sorte de caractère sacré plus qu'humain, et elle est contenue de manière à ne jamais s'écarter des justes limites. L'obéissance des sujets s'enveloppe d'un sentiment diionueur, parce qu'elle n'est pas l'assujettissement d'un homme à un autre homme, mais la soumission à Dieu régnant par des personnes humaines. De ces principes naît l'obligation de conscience de respecter la majesté des princes, d'être soumis avec une constante fidélité à la puissance politique, d'éviter les séditions et d'observer religieusement la constitution de l'Etat.
" A la lumière des mêmes principes, on regarde encore comme des devoirs la charité mutuelle, la bonté, la libéralité. L'homme qui est à la fois citoyen et chrétien, n'est plus déchiré en deux par des lois contradictoires. Et les biens sans nombre dont la religion chrétienne enrichit même la vie terrestre des individus, rejaillissent sur la communauté; ce qui montre bien toute la vérité de ces paroles ^ : que le sort de l'Etat dépend du culte que
T. Sacr. imp. ad Cyrill. Alex, et episc, metrop.— Cfr. Labbe, Colled. Conc.^ t. III.
l'on rend à Dieu, et qu'il y a entre l'un et l'autre des liens d'une étroite parenté."
C'est donc un point de doctrine solidement établi, que l'idéal de la société chrétienne ne consiste pas dans une situation où l'Eglise et l'Etat s'ignorent, se jalousent, se repoussent, mais bien dans un système de relations faites de bon vouloir, de bienveillance et de concorde.
Cet idéal est-il possible? et s'est-il jamais réalisé? Ne serait-il pas plutôt une théorie brillante et une pure abstraction conçue et élaborée dans le cerveau des théologiens, mais que l'histoire du monde n'a cessé de démentir?
Plusieurs l'ont pensé ; et Mgr D'Hulst, ancien recteur de l'Institut catholique de Paris, et ancien partisan de l'école libérale dont il sut voir les périls, avoue lui-même quelque part ^ " n'avoir pas été éloigné d'admettre que le régime rigoureusement conforme à la thèse catholique relevait plutôt de l'idéal que de l'histoire." Mais le loyal écrivain ne s'en tint pas à cette première impression. " Nous avons, ajoute-t-il, '^ entrepris pour nous une revtie rapide des âges de foi et nous avons constaté que le jugement historique qui relègue le droit chrétien dans la catégorie de l'idéal, est un jugement sommaire qui mérite révision."
Saint Ambroise et Théodose, saint Rémi et Clovis, Etienne III et Pépin, Léon III et Charlemagne, Innocent III et Alphonse IX, Innocent IV et saint Louis : voilà, — et nous en taisons bien d'autres, — de grands noms qui évoquent les plus belles pages de l'histoire des peuples, et qu'on ne peut citer sans rappeler des souvenirs de paix, des périodes d'alliance, d'harmonie et de bonne entente, entre la société civile et la société religieuse ^. Il y eut parfois des malentendus et comme des incidents de frontière. Quelques nuages assombrirent le ciel. Jamais cependant.
1. Le droit chrétien et le droit moderne : étude sur l'encyclique Immortale Dei, par Mgr D'Hulst, Préface, p. II.