I. Ibid., p
d'abord accuser les Juifs, mais que, ensuite, il imputa mensongèreraent aux chrétiens. Ce fait donna lieu au premier assaut de l'inique et cruel conflit qui, pendant près de trois siècles et sous trois formes distinctes, devait se déployer en une série d'édits persécuteurs.
Vers l'an 112 parut le célèbre rescrit de Trajan, lequel fixa pour tout le second siècle la jurisprudence romaine relative au culte nouveau. Bile se résumait en ceci : ne pas faire d'enquête pour découvrir les chrétiens ; mais condamner ceux qui, accusés régulièrement, reconnaissent qu'ils le sont, et acquitter ceux qui d'une façon manifeste, prouvent qu'il ne le sont pas ou ne veulent plus l'être. Cette législation, tout hostile qu'elle fût, ne manquait pas de réserve.
Avec le troisième siècle, la lutte contre le christianisme entre dans une phase plus grave. C'est la guerre ouverte, allumée par un édit de Septime Sévère, et fomentée ou entretenue par des édits semblables d'autres empereurs. On n'attend plus, pour instruire le procès des chrétiens, qu'un accusateur, à ses risques et périls, et suivant les formes régulières de la justice, porte plainte contre eux ; les magistrats ont ordre de rechercher les fidèles pour les mettre en demeure d'abjurer.
Toutefois la persécution avait beau sévir ; le nombre des chrétiens allait sans cesse croissant. Le quatrième siècle fut d'abord marqué par une reprise d'hostilités plus actives encore que les précédentes ; puis, avec Maximin, précurseur de Julien l'Apostat, s'opéra un changement de tactique. A la guerre brutale on substitua une lutte de pamphlets répandus dans le public, de libelles distribués dans les écoles, de procès calomnieux, de menées sourdes, d'agissements détournés ayant pour but de discréditer le christianisme et de le perdre dans l'opinion publique. Ce fut la dernière tentative antichrétienne de l'Etat païen avant Constantin.
Pendant toute cette période, à travers de violents orages souvent renouvelés, les chrétiens avaient joui ça et là de quelques accalmies : simple tolérance de fait inspirée tantôt par la lassi-
tilde des assaillants, tantôt par la bienveillance d'empereurs moins inhumains ou vraiment sympathiques aux idées nouvelles. VEglise en avait profité pour activer sa propagande, pour développer sa hiérarchie et améliorer sa situation matérielle. Grâce à la liberté des associations, autorisées par la loi romaine, et dont les citoyens de différentes classes pouvaient se prévaloir pour former des sociétés de secours mutuels et de collèges funéraires, quelques domaines et de riches patrimoines, appartenant à des familles aisées, étaient pas.sés entre les mains de l'Eglise qui les possédait et les administrait, non en qualité de communauté religieuse, mais à titre corporatif commun ^. Ce fut là l'origine des premiers immeubles ecclésiastiques ainsi que des cimetières communs appelés catacombes.
Mais cette situation d'une Eglise non reconnue par l'Etat, et forcée, pour vivre, de prendre aux yeux de la loi les dehors d'une société de bienfaisance ou d'une association funéraire, n'était guère normale. Elle ne pouvait longtemps durer ; et ce n'était sans doute, dans les desseins de la Providence, qu'un mode transitoire et comme un acheminement vers des lois d'existence plus stables et plus favorables.
Iv'édit promulgué en 313 par Constantin fut une vraie charte d'affranchissement non seulement pour les chrétiens, mais pour le christianisme lui-même vivant dans les organes et les institutions de l'Eglise romaine. Cet acte législatif d'une portée si considérable mérite qu'on s'y arrête. Il comprend deux parties.
Dans la première, il est dit : " Nous avons jugé salutaire et raisonnable de ne refuser à personne la permission de donner sa préférence au culte des chrétiens, afin que la Divinité suprême, dont nous suivons par un choix libre la religion, nous accorde en toutes choses sa faveur accoutumée et sa bienveillance ^ ".
1. Paul Allard, Hist. des persécutions, t. II, ch. I : L' Eglise et le droit d^as- Sudation. — Cet auteur, que nous avons eu sous les yeux en parlant de la législation persécutrice des premiers siècles, doit être placé au premier rang parru les bons écrivains de France.