‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 152 sur 227 · Rotn. XIII, 1-7.— Cf. I Petr. II · texte numérisé non relu

Rotn. XIII, 1-7.— Cf. I Petr. II

O est aussi pour cela que vous payez les impôts ; car les princes sont les ministres de Dieu^ le servant en cela même. Rendez donc à tous ce qui leur est dû : le tribut à qui vous devez le tribut.^ Viynpôt à qui vous devez Vimpôt^ la crainte à qui vous devez la crainte^ V honneur à qtti vous devez Vhonnevr,

Ces paroles expriment admirablement ce qu'est le pouvoir dans la société, quel rôle providentiel il joue, et en quoi et pourquoi on est teuu de lui obéir. Lues et commentées parmi les fidèle?, elles ne pouvaient manquer d'inculquer profondément dans les âmes le respect de l'autorité civile, et de toute législation non contraire à la foi ou à la morale.

Aussi l'Empire n'eut-il jamais de plus loyaux ni de plus dévoués sujets que les chrétiens, et ceux-ci, loin de tenter quoi que ce soit contre les formes politiques établies, travaillèrent plutôt à les fortifier, d'abord en priant pour les empereurs et le succès légitime de leurs armes ^, ensuite en donnant l'exemple de toutes les vertus privées et publiques qui sont le plus solide soutien des nations. L'intérêt, comme la conscience, leur en faisait un devoir 2.

C'est même dans ce respect des institutions établies, et dans la crainte de faire surgir de graves perturbations sociales, qu'il faut chercher la raison de la prudente réserve avec laquelle, en général, les chefs de l'Eglise primitive traitèrent la question de l'esclavage. Marchant sur les traces de l'Apôtre, ils s'employèrent sans doute dès le principe à relever le sort des esclaves. Quant au régime lui-même qui faisait de ce cruel servage l'une des parties intégrantes et l'un des éléments organiques du

1. Athenag., Légat, pro christ, yj. — Une antique tradition, mentionnée par Eusèbe, attribue aux prières de soldats baptisés l'orage qui sauva un jour l'armée romaine menacée de périr de soif dans la guerre des Quades (Allard, Hist. des persécutions^ t. I, p. 395, 3e éd.).

2, Voir plus haut, leçon septième, p. 156,

monde païen, il eût été inutile, dangereux même de l'attaquer immédiatement de front ^

" Pour l'abattre d'un seul coup, il aurait fallu recourir aux moyens révolutionnaires, c'est-à-dire renverser la société même avec elle. Rien n'était plus facile peut-être, car, en s'appuyant sur l'esclavage, les civilisations antiques prenaient pour base un amas de matières inflammables, qui avaient déjà causé des incendies partiels, et qu'une étincelle puissante eût sans beaucoup de peine entièrement allumées. Mais rien n'était plus contraire à l'esprit du christianisme, qui se contenta de poser, en les laissant se développer eux-mêmes, des principes incompatibles avec la continuation de la servitude : égalité primitive, consacrée de nouveau par le sang d'un Dieu répandu pour tous les hommes ; fraternité universelle, rappelle chaque jour par les rites et les sacrements d'une religion offerte à tous sans distinction de conditions sociales ; dignité du travail, devenu le devoir de chacun au lieu d'être le fardeau de quelques uns ; humilité, chasteté, mortifications, vertus nouvelles, directement opposées aux vices que favorisait et qui entretenaient l'esclavage. En même temps qu'il en préparait ainsi la lointaine mais complète abolition, le christianisme, par un juste souci des nécessités présentes, s'efforçait de le rendre provisoirement supportable : il prêchait aux maîtres la douceur, aux esclaves la résignation, afin de rapprocher les coeurs et d'inspirer aux deux classes d'hommes les plus divisées de situation et d'intérêt des sentiments de mutuelle tolérance ^ ".

Ce fut donc peu à peu, en enseignant d'abord les devoirs d'état, en christianisant les âmes, et en introduisant dans les

1. L'esclavage, né du péché, constitue assurément une anomalie profonde, une imperfection manifeste dans l'état de la société. Mais, si on le dépouille des conditions qui, chez les païens, privaient l'esclave des droits inhérents à la personnalité humaine, est-il essentiellement et de toutes manières opposé au droit uaturel? D'éminents philosophes chrétiens, comme saint Thomas d'Aquin (4 S. D. XXXVI, q-. I, a. i, ad 2 et 3), ne le pensent pas.

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