AUsiTd, Julien l'Apostat, t. I, pp. 241-42 (2e éd
familles les mieux disposées la pratique de l'émancipation au moins partielle des esclaves, ^ puis, quand les esprits y furent préparés, en discutant ouvertement le principe même de l'esclavage, que l'Eglise réussit à faire définitivement crouler cette institution barbare et surannée ^
Son zèle prudent et discret, et sa conduite généreuse vis-àvis, de l'empire romain montrent clairement que les Etats infidèles n'ont rien à craindre de sa présence. Au contraire, l'histoire témoigne que ces Etats peuvent attendre les plus singuliers bienfaits de l'action sainte de ses ministres, et de l'influence civilisatrice de ses doctrines. Et voilà pourquoi c'est le devoir des gouvernements chrétiens de protéger cette action, de favoriser cette influence dans tous les pays oii elle pénètre, et, là oii les portes lui sont fermées, de travailler de tout leur pouvoir à les ouvrir.
Sur ce principe est fondé le protectorat exercé, au sein des pays infidèles, par les puissances chrétiennes eu faveur des pionniers de l'Evangile. Là est la raison du glorieux mandat spécialement confié à la France, de sauvegarder les intérêts catholiques, quels qu'ils soient, dans le Levant et en Extrême-Orient: mandat dont cette nation illustre semble avoir mérité le privilège par sa noble attitude au temps des croisades, et par d'autres signalés services rendus à la cause religieuse ; mandat que le Saint-Siège ne cesse depuis longtemps, malgré les méfaits et les mécomptes de la politique, de reconnaître et de confirmer ^
Hâtons-nous toutefois de l'ajouter ; cette action et cette protection de la part du pouvoir laïque, ne saurait avoir pour but
1. Pour ne citer qu'un cas, Mélanie la jeune, grande dame chrétienne du temps de saint Jérôme, "afifrancliit ceux de ses esclaves qui'voulurent être libres, environ huit mille " {ibid. p. 248).
2. Nous reviendrons ailleurs, à un autre point de vue, sur l'action antiesclavagiste de l'Eglise.
3. Voir à ce sujet dans les Questions actuelles, t. I,XXVII, n. 4, une excellente étude historico-juridique d'un prélat romain.
d'imposer de force la foi aux infidèles, mais seulement d'en favoriser, parmi les âmes dociles à la grâce, l'expansion féconde.
Rien, sur ce point, de plus clair ni de plus formel que les paroles de l'angélique docteur saint Thomas M "Il y a, dit-il, des infidèles, comme les Gentils et les Juifs, qui n'ont jamais reçu la foi ; et ceux-là ne doivent, en aucune manière, être contraints à l'embrasser, parce qu'il faut que l'acte de foi procède de la volonté. "
Que si néanmoins l'Etat infidèle met obstacle à l'œuvre de la parole sacrée et au libre fonctionnement des institutions ecclésiastiques, saint Thomas convient que l'Eglise peut alors, très légitimement, faire appel aux armes des puissances chrétiennes. " Les fidèles, ajoute-t-il ^, doivent, s'ils sont capables de le faire, employer la force contre les incroyants, pour les empêcher de nuire au progrès de la foi par le blasphème, les discours pervers ou la persécution ouverte. Telle est, en effet, la raison des guerres que les peuples chrétiens entreprennent fréquemment contre les infidèles; ils ne prétendent pas forcer ceux-ci à croire, puisque, quand le sort des armes les fait tomber entre leurs mains, ils les laissent libres d'embrasser ou de rejeter la foi 'y mais ce qu'ils veulent, c'est de les mettre dans l'impossibilité d'empêcher le développement de la foi chrétienne. "
L'enseignement thomiste sur la liberté de la foi est en parfait accord avec la doctrine des plus savants pontifes qui ont gouverné l'Eglise, depuis Grégoire le Grand jusqu'à Léon XIII. " Quiconque, écrit saint Grégoire, ^ désire sincèrement la conversion de ceux qui vivent en dehors de la foi chrétienne, doit employer, pour atteindre ce but, la douceur et non la sévérité, de peur que les infidèles qu'aurait peut-être convaincus l'évidence du raisonnement, ne fuient devant la contrainte. " Léon XIII, parlant de l'Eglise, dit à son tour * : "C'est sa coutume