‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 21 sur 227 · COUP D'CEIL SUR LA SOCIÉTÉ CIVII.E; — FIN IMMÉDIATE DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

COUP D'CEIL SUR LA SOCIÉTÉ CIVII.E; — FIN IMMÉDIATE DE L'ÉTAT

Messieurs,

En abordant dans une première leçon les graves problèmes que nous nous sommes proposé d'étudier, nous avons d'abord esquissé à grands traits l'objet propre du droit public de l'Eglise ; puis nous avons tâché de faire ressortir l'importance de plus en plus grande, l'intérêt de plus en plus intense qui s'attache à cette partie des connaissances sacrées. Le droit chrétien, avons-nous vu, mérite de nos jours une attention toute spéciale, soit à raison des circonstances difficiles que traverse la société, soit surtout à cause des idées fausses sur l'Eglise et ses pouvoirs, et sur son action juridique, qui ont pris racine dans un trop grand nombre d'esprits. Ces erreurs, très connexes aux principes protestants d'où on a vu surgir une sorte de droit nouveau, peuvent se ramener à deux principales, le régalisme et le libéralisme ; et le rapide tableau que nous en avons tracé montre clairement à quelles conséquences fâcheuses, désastreuses même, de telles théories conduisent. En terminant, nous avons indiqué la méthode que nous entendons suivre, les autorités sur lesquelles nous nous appuierons pour exposer le plus fidèlement possible, devant l'auditoire intelligent qui voudra bien nous honorer de sa présence, les précieux enseignements que comporte la nature même de notre sujet.

Ce sujet étant le droit public ecclésiastique, nous devrions

peut-être, à l'exemple de la plupart des auteurs, entrer immédiatement dans l'étude de l'Eglise, des éléments qui la composent, et des caractères qui en font une société juridiquement parfaite ; mais il m'a semblé que quelques notions préalables sur la société civile, sa genèse, sa constitution, sa fin propre et immédiate, ne seraient pas hors de propos. Puisque, en efïet, il s'agit dans ces leçons de bien définir la situation juridique de l'Eglise et les relations naturelles qui la mettent si souvent et si étroitement en contact avec l'Etat, une idée juste, nettement conçue, du rôle et des attributions de la puissance séculière nous aidera singulièrement à comprendre et à déterminer dans quelle sphère d'action la société religieuse peut et doit se mouvoir. Nous parlerons donc aujourd'hui de la société civile, pour en considérer ce qui se rapporte davantage aux questions de droit public chrétien.

L'homme est un être naturellement sociable. Ce n'est donc pas, comme le dit Lacordaire ^ dans son langage original et saisissant, " un être solitaire ; il n'est pas semé au hasard pour vivre et mourir à l'ombre ignorée d'un rocher ou d'une forêt ; il naît au milieu de la société qui le reçoit, le nourrit, qui l'élève, qui lui communique ses idées, ses passions, ses vices, ses vertus, et à laquelle il laisse, avec ses cendres et sa mémoire, l'influence de sa vie". — Cette sociabilité de l'homme prend sa source dans les instincts les plus nobles et les plus puissants de notre nature, et, si l'on veut regarder plus haut, dans les sages dispositions de la Providence divine elle-même. "La nature, écrit Léon XIII, ou plus exactement Dieu, l'auteur de la nature, veut que les hommes vivent en société : c'est ce que prouvent avec évidence et le don du langage, instrument principal des relations sociales, et tant de désirs qui naissent avec nous, et tant de besoins de premier ordre qu'on ne saurait satisfaire dans l'état d'isolement, mais qui trouvent leur satisfaction dès que les hommes se

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