‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 22 sur 227 · I. Pensées choisies, t. II, pp. 191-92 (5e éd · texte numérisé non relu

I. Pensées choisies, t. II, pp. 191-92 (5e éd

rapprochent et s'associent entre eux ^ ". Ces paroles, substantielles dans leur concision et pleinement justifiées par l'expérience de tous les hommes et la tradition de tous les siècles, montrent assez quelle est la vraie cause, l'origine et la raison d'être de la société civile.

Hatoas-nous de signaler les corollaires fondamentaux qui découlent de cette doctrine et qu'une saine philosophie ne peut s'empêcher d'admettre: — la société civile est nécessaire; elle est une société juridique et parfaite; elle est une société organique et inégale.

Je dis que la société civile est nécessaire^ non pas sens doute à tel ou tel homme, ni à telle ou telle famille, mais à l'espèce humaine prise dans son ensemble. Ce caractère essentiel et primordial la distingue des unions libres ou des groupements facultatifs, littéraires, commerciaux ou autres, qui se forment et fonctionnent dans son sein, et qui peuvent cesser d'exister sans que leur disparition comporte une grave atteinte aux intérêts généraux de l'humanité. Elle n'est donc pas, comme le prétend Rousseau, le résultat de causes éventuelles, ni l'effet d'un pacte arbitraire et fortuit ; elle n'est pas une institution née du seul concours des volontés libres et pouvant périr par le seul caprice de ces mêmes volontés. Mais elle est issue de penchants communs, de besoins impérieux, universels, antérieurs aux discussions des assemblées délibérantes, et elle doit reconnaître au-dessus d'elle-même, par delà les contingences du monde créé, une raison supérieure et souveraine dont il n'est loisible à personne de secouer l'autorité et de mépriser les lois.

La société civile est en second lieu une société juridique^ c'est-à-dire non pas simplement une association fondée sur des liens d'amitié, de sympathie, de bonne entente, de convenance

I. Encycl. Diuturnum, 29 juin 1881.— Voir à ce sujet une belle page du même Tontife, encore archevêque de Pérouse, dans sa lettre pastorale de 1877 : V Eglise et la civilisation, 1ère partie ;- aussi un article du P. Montagne, intitulé Théorie de l'être social d'après saint Thomas, dans la Revue thomiste, an. 1899.

morale, mais une multitude d'hommes liés entre eux et envers le corps social par des devoirs qu'une autorité reconnue.impose et dont une sanction publique assure l'accomplissement. Il n'en peut être autrement. Si, eu effet, les citoyens d'un Etat quelconque n'étaient soumis à aucune contrainte légale, à aucune obligation juridique, la société serait impuissante à atteindre sa fin ; elle ne pourrait ni prendre un soin suffisant des intérêts matériels du peuple, ni aider convenablement au progrès intellectuel et moral de ses membres, ni surtout maintenir d'une manière sérieuse et efficace l'ordre et la paix générale. Un Etat sans tribunaux, sans police, sans force armée, ne serait bientôt plus qu'une vaste école de désordres et un foyer permanent d'anarchie.

La société civile est encore une société parfaite. Ce mot désigne, dans la langue juridique, une société libre et capable de se suffire, c'est-à-dire assez complète pour embrasser dans le cadre de son action, et dans le rayon de sa finalité, tous les biens de même nature, et assez indépendante pour n'avoir pas à attendre de forces supérieures les moyens de poursuivre et d'obtenir ces biens. Or, la société civile réalise parfaitement ces conditions : suprême dans son domaine, elle se suffit manifestement à elle-même; elle a pour objet, non pas tel ou tel bien particulier, mais tous les biens dont l'ensemble constitue la félicité au moins extérieure de cette vie ; elle possède dans son sein, dans ses ressources natives, dans l'ampleur et la portée de sa juridiction, tout ce qu'il faut pour atteindre cette fin, pour acquérir cette félicité temporelle ; en deux mots, sans avoir à mendier près d'une autre puissance son complément naturel, elle tient sous sa dépendance les sociétés inférieures, et elle a en main tous les pouvoirs nécessaires à sa conservation et à son progrès.

J'ajoute que la société civile est une société organique ^ Cette expression, dont il importe de bien saisir le sens, est

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