I. Notions de Droit public nat. et eccl., p
et spécialement de la vie publique et politique ^" Espérons que l'esprit chrétien et, à son défaut, le bon sens lui-même, tout en faisant la part des exigences de notre époque, finira par avoir raison de ces nouveautés et de ces hardiesses dont quelques pays n'offrent que trop d'exemples ^
Du reste, il ne s'agit pas de contester le principe d'une certaine égalité parmi les citoyens, égalité qui ouvre à tous le chemin des honneurs publics et qui fasse peser sur tous, sans acception de personnes, le fardeau de la loi ; ce principe est équitable. Mais n'allons pas conclure qu'il ne puisse et qu'il ne doive exister certaines classes sociales, ayant des droits spéciaux, des privilèges même fondés sur l'intérêt commun, et des statuts appropriés à leurs besoins. Selon le mot profond de Mgr Freppel ', "l'égalité sans la hiérarchie, c'est le chaos".
Pénétrons plus avant dans l'étude de notre sujet, et considérons ce qui entre dans la constihitioii de la société civile. Cette société, comme d'ailleurs toute association dûment organisée, résulte de l'union intime de deux éléments, l'un matériel, l'autre formel. L'élément matériel^ ce sont les parties dont elle se compose, familles, villages, cités, provinces ; l'élément formel, c'est le principe qui donne à ces parties la cohésion et la force, l'essor, et une direction conimune. Semblable à ces édifices dont les dimensions énormes étalent sous nos yeux les matériaux les plus divers, mais qui par leurs proportions, la combinaison de leurs lignes, la symétrie de leurs colonnes, l'empreinte puissante et régulatrice de l'art, forment néanmoins un ensemble harmonieux, toute société sagement constituée doit aussi, mal gré la multitude de ses membres et la diversité de ses parties^ présenter aux regards le spectacle d'une parfaite unité. Seule-
1. s. Thomas a écrit également {de Regim. Princ, i. IV, c. 6) : " I^e fait propre de la femme est le scinde la famille, comme d'élever les enfants, de surveiller les mœurs et de les adoucir, de pourvoir aux besoins du ménage ".
2. Sur le féminisme, voir l'ouvrage de 'R.bs\&x {Civiltà cattolica, 15 mai 1915).
3. La RévolîUion française à propos du centenaire de r'jSç, ch. VI.
— saluent, nous l'avons dit, au lieu de matériaux informes et d'éléments inertes sans rapports naturels, ce sont des organismes, des forces vivantes, des associations autonomes et agissantes qui entrent dans sa composition.
Le principe formel qui agit sur ces organismes et les relie entre eux dans un groupement plus ample et une socialisation plus complète est de deux sortes, l'un extérieur, l'autre intérieur.
J'appelle /;'/;/<://^(? extérieur l'autorité chargée de présider aux destinées de l'Etat.
Que l'autorité sociale soit nécessaire, qu'il faille une puissance, une force politique légalement constituée et munie de tous les pouvoirs voulus pour faire concourir vers un même but toutes les pensées, toutes les volontés, et tous les efforts, c'est là une vérité tellement évidente qu'aucun homme sérieux n'a jamais osé la révoquer en doute. " Comme nulle société, dit Léon XIII ^, ne saurait exister sans un chef suprême qui imprime à tous une impulsion ejSScace vers un but commun, il en résulte qu'une autorité est nécessaire aux hommes établis en société pour les régir ; autorité qui, aussi bien que la société, procède de la nature, et par suite a Dieu pour auteur".
Ces dernières paroles touchent à l'importante question de l'origine du pouvoir.
L'une des fautes les plus graves du libéralisme moderne, a été de miner, par de fausses et spécieuses théories, les bases mêmes de l'autorité, de renverser de leur piédestal, ou d'ébranler et de découronner les pouvoirs publics. "On ne pouvait, dit encore Léon XIII ^^ détruire totalement l'autorité politique; on s'est du moins appliqué de toutes manières à en énerver la vigueur, et à en amoindrir la majesté. C'est ce qui s'est fait
1. Encycl. Immoriale Dei.—" Si mauvais que soit un gouvernement, il y a quelque chose de pire, c'est la suppression du gouvernement ".Taine, Les Orig. de la Fr. cont., III (éd. 23), p. 81.