‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 42 sur 227 · DansDuballet, ouv. cit., t. I · texte numérisé non relu

DansDuballet, ouv. cit., t. I

2. Cette opinion, renouvelée du protestantisme rationaliste par certains catholiques modernisants, entre autres l'abbé Loisy, fait partie des soixante-cinq propositions frappées par le décret du Saint-Office {Lamentabili sane exitu, 3 juillet 1907). Voir prop. 52 et 59, ainsi que l'encycl. Pascendi dominici gregis de Pie X, 8 sept. 1907.

société que nous savons. Notre-Seigneur était trop sage pour l'abandonner, sans la parfaire du moins dans ses organes essentiels, aux luttes et aux éventualités de l'avenir ; il était trop soucieux du bien éternel des âmes pour lancer sur les flots agités des passions humaines cette arche de salut sans lui assurer d'abord par une constitution stable, par un caractère social défini, toute les garanties nécessaires de solidité et de pérennité.

Qu'est-ce qu'une société? La philosophie nous répond : l'union de plusieurs hommes tendant à une même fin, par des moyens communs, sous l'impulsion et la direction d'une même autorité. — Il faut en premier lieu V union de plusieurs hommes : car qui dit société, dit pluralité d'êtres capables de s'associer; et l'association ne saurait convenir qu'aux créatures raisonnables, parce que seules elles ont la faculté de percevoir une fin et d'y adapter par un calcul intelligent des moyens efficaces. — En second lieu, quand plusieurs personnes forment entre elles un corps social, c'est pour y poursuivre un but co7nmun\ sans cela, leur union manquerait de ciment et de lien. C'est ainsi que des savants s'unissent pour cultiver ensemble le champ de la science, des hommes d'affaires pour exploiter les ressources d'une même industrie. Fin commune, communs avantages entrevus et convoités, voilà la raison d'être, le principe générateur de toute société. — Cette identité de fin entraîne par une suite naturelle la convergence des moyens et l'unité d'action ; c'est en faisant usage de procédés similaires, en associant leur forces, leurs esprits, leurs volontés, que les membres d'un corps social quelconque parviennent à atteindre le but qu'il ont en vue et à réaliser le bien qu'ils espèrent. — Mais comment souder entre elles ces forces parfois rivales et souvent disparates, comment les harmoniser dans un même effort, les faire converger vers un même but, sans un principe supérieur qui les régisse ? Ce principe, c'est Vautoritè^ nécessaire à l'existence et au fonctionnement de toute organisation humaine. Son nom pourra changer, sa mission d'ordre et de progrès ne change pas.

Or, si nous considérons l'Eglise telle qu'elle était au jour de sa fondation, il est aisé d'y voir tous les traits caractéristiques d'une société proprement dite : multitude réunie, fin commune, moyens identiques, autorité légalement constituée, rien n'y manque. — Ses membres, il est vrai, ne forment encore qu'un petit groupe ; mais ce groupe initial, et cette poignée de disciples, dans la pensée du Maître et sous sa forte impulsion, doit s'étendre, se développer, s'épanouir rapidement en une vaste et puissante association qui n'aura bientôt d'autres limites que les extrêmes frontières du globe ^ — Et que veulent ces premiers chrétiens? quel idéal les a séduits? à quel mobile obéissent-ils en prenant place parmi les initiés qui, groupés autour du Sauveur, puis plus tard autour des Apôtres, prétendent inaugurer un nouvel ordre de choses et orienter le monde vers de nouvelles destinées? Leur but n'a rien de secret, et il est le même pour tous; le Seigneur l'a marqué comme le terme de leurs efforts et la raison de leur existence : c'est, d'une manière prochaine, la pureté de leurs âmes, puis, définitivement, le bonheur dans des joies sans fin -. — Pour conquérir cette commune félicité, tous ont un égal usage des moyens de salut que le Christ a institués ; foi aux dogmes révélés, pratique des vertus chrétiennes, participation aux mêmes sacrements ' qui sont les sources fécondes d'oii jaillissent pour tous les fidèles des flots de grâce et de vie. —Enfin, dès l'origine, nous voyons l'assemblée des fidèles soumise dans les choses religieuses aux directions d'une autorité régulièrement établie et chargée par Jésus-Christ de paître son troupeau, de gouverner son royaume, de régir cette cité nouvelle qu'il a bâtie sur une montagne, et dont il veut que les drapeaux flottent au loin comme le symbole d'une haute et mondiale puissance. Pierre est le chef suprême ; mais des évêques, des prêtres, des diacres *, de par la volonté divine, coopèrent à son

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