Voir Portmans, La diviniié de Jésus-Christ, p
terme d'évolution d'un germe longtemps caché dans les entrailles de l'humanité.
Or, non seulement nos Livres sacrés, pour le moins aussi dignes de foi que les plus authentiques monuments de l'antiquité, relatent en termes précis comment Notre-Seigneur, après avoir choisi ses Apôtres, prit l'un deux pour en faire le chef reconnu d'une organisation nouvelle et investie d'une mission spéciale, mais l'histoire tout entière n'a qu'une voix pour confirmer le fait éclatant de cette divine institution.
Bien plus, si on écarte des origines de l'Eglise la main créatrice de Dieu, l'existence ininterrompue de cette société devient le plus étrange des phénomènes et le plus impénétrable des mystères. L'abbé Duballet ^ développe dans toute sa force cet argument victorieux : "C'est, dit-il, par l'assistance du Saint- Esprit, et non en vertu des causes naturelles, le plus souvent hostiles, que l'Eglise apparaît, grandit et subsiste à travers les siècles. Elle débute dans le monde, sans aucune force du monde. Pierre son fondateur et les premiers apôtres n'ont aucune influence, aucune science, aucune richesse, aucune puissance qui aient cours et succès dans le monde. S'ils sont de simples philosophes, pourquoi obtiennent-ils un succès que jamais, ni avant ni après eux, la philosophie n'a pu obtenir ni même ambitionner raisonnablement? vS'ils sont de simples politiques, pourquoi domptent-ils et subjuguent-ils toute la diplomatie antique et moderne, sans que jamais celle-ci ait pu les entamer dans leur conscience ou les enchaîner dans l'indomptable autonomie de leur foi et de leurs espérances immortelles? S'ils n'ont que la force de l'or et du glaive, comment parviennent-ils à conquérir la terre en mendiant et à convertir le monde en mourant comme des agneaux muets? S'ils ne sont que des mystiques, de doux rêveurs, des gens honnêtes et vertueux, comment l'attrait de leur caractère opère-t-il ce que la morgue des stoïciens et l'austérité des pythagoriciens n'ont pu
L'Eglise et l'Etat, t. I, pp. 187-
même entreprendre? Et quand, après un effroyable duel de quatre siècles entre elle et le monde, l'Eglise se dresse triomphante sur la terre détrempée de son sang et y ressuscite, en le transfigurant, ce même genre humain, ce même monde qu'elle a vaincu eu se laissant égorger par lui, comment échappe-t elle aux enivrements de la victoire et aux délices de Capoue? Comment se montre-t-elle aussi indépendante des Césars baptisés que des Césars persécuteurs, quand il y va de sa foi et de sa morale? Comment son union avec l'Etat ne la corrompt-elle pas et ne la ruine-t-elle pas plus que sa lutte avec lui? Comment les hérésies et les schismes, comment le rationalisme et la science moderne ne l'ébranlent-ils pas et ne la jettent-ils pas à terre malgré leurs désirs et lenrs prophéties? Evidemment, pour qui sait comprendre l'histoire, ce n'est pas ainsi que se fondent et que vivent les sociétés purement humaines ".
Certains historiens, comme Guizotet Matter ^, tout en laissant rayonner sur le berceau de l'Eglise l'adorable figure du Sauveur, se refusent cependant à reconnaître que le Maître divin ait imprimé à son œuvre le cachet d'une véritable société. L'Eglise n'aurait d'abord été qu'une association mal définie de croyances et de sentiments communs, sans traits systématiques, sans lien gouvernemental, et ce n'est que plus tard, après quelques siècles d'une existence indécise et confuse, qu'elle aurait revêtu une forme sociale nettement accentuée -.
Cette hypothèse ne vaut guère mieux que la précédente, et, si elle était admise, ruinerait par la base le principe et l'autorité de la hiérarchie catholique. — Non, l'Eglise n'a reçu ni de la main des hommes ni du hasard des vicissitudes historiques, les lois constituantes qui en ont fait l'admirable et incomparable