‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 69 sur 227 · I. DiscoufS préliminaire · texte numérisé non relu

I. DiscoufS préliminaire

n'a pas en peu de poids pour m'encourager. Le prêtre qui défend la religion fait son devoir sans doute, et mérite toute notre estime ; mais auprès d'une foule d'hommes légers ou préoccupés, il a l'air de défendre sa propre cause : et quoique sa bonne foi soit égale à la nôtre, tout observateur a pu s'apercevoir mille fois que le mécréant se défie moins de l'homme du monde et s'en laisse assez souvent approcher sans la moindre répugnance " etc.

De Maistre n'a pns fait œuvre vaine ; ses pages, .^i fortement empreintes de sens chrétien et de haute philosophie, et marquées partout d'une si saisissante originalité, ont subi l'épreuve du temps, et aujourd'hui encore elles sont de celles que même les théologiens les plus éminents lisent et relisent avec profit.

Chateaubriand, est-il besoin de le dire, n'a ni la doctrine profonde ni les intuitions lumineuses de l'auteur du Pape ^l des Soirées de St-Pétersboiirg. Lui aussi, cependant, dans son Génie du christianisme a fait œuvre d'apôtre. Je reconnais volontiers toute la justesse de cette appréciation d'un critique moderne : " Sur le recueil des œuvres qu'il consacra à la défense de la vérité et de l'Eglise, on pourrait écrire : vues dit hehors ". Mais lorsque la religion est méconnue par les uns, méprisée et bafouée par les antres, n'est-ce pas déjà un rare mérite que d'en chanter les gloires par un hymne de foi et d'amour, d'en révéler aux générations indifférentes l'aspect extérieur, et d'en faire admirer la vraie beauté ?

Aux deux noms que je viens de signaler, il conviendrait d'ajouter celui d'un philosophe chrétien bien connu, l'auteur si hautement apprécié des Etudes philosophiques sur le christianisfne et de La Vierge Marie et le plan divin. Ce sont là, en effet, des œuvres d'une pensée robuste, et dont les doctrines, prises dans leur ensemble, feraient honneur à un théologien de profession. Nombreuses furent les âmes que la grave et forte parole d'Auguste Nicolas a su convaincre et conduire, croyantes et repentantes, jusqu'aux pieds de Jésus-Christ. C'est le plus bel éloge qu'on puisse faire d'un apologiste.

Pendant que Nicolas élaborait l'ouvrage qui allait illustrer sa mémoire, un autre chrétien distingué consacrait les pures ardeurs de son âme à la fondation et à la propagation d'une œuvre plus précieuse encore pour les intérêts catholiques. Les conférences de Saint- Vincent-de-Paul, aujourd'hui si répandues, et dans lesquelles l'élite de notre jeunesse peut faire le sublime apprentissage de la charité et du dévouement, remontent à l'époque glorieuse où Frédéric Ozanam, sous la direction de M. Bailly, s'unissait à quelques jeunes gens de son âge et jetait les bases d'une association qui restera son meilleur titre de gloire. Sans doute les lettres chrétiennes doivent à la plume d'Ozanam d'importants travaux. Mais le digne écrivain a fait mieux que des livres ; il a fait des heureux dans la personne des pauvres secourus par son zèle et par le zèle de ceux que ses exemples ont suscités et entraînés.

Que d'apôtres du bien ont en effet marché sur les traces de ce philanthrope, et coopéré aux œuvres de la plus salutaire bienfaisance ! Et, pour ne pas sortir de cette terre française dont la fécondité a su enfanter tous les héroïsmes, qui ne se rappelle les merveilles opérées par celui qu'on a si bien nommé le saint homme de Tours? Zélateur pendant vingt-cinq ans de la sainte Face de Notre-Seigneur, bienfaiteur insigne des Petites Sœurs des Pauvres, fondateur à Tours de l'CEuvre de l'adoration nocturne du Très Saint Sacrement, M. Léon Dupont, — puisqu'il s'agit de lui, — a joué dans l'Eglise un rôle qui lui assure l'éternelle reconnaissance de toutes les âmes pieuses. C'est lui qui, en 1870, eut l'honneur de remettre aux mains de M. de Charette, commandant des volontaires de l'Ouest, le drapeau-du Sacré- Cœur brodé par les religieuses de Paray-le-^Iouial et destiné à couvrir de ses plis les martyrs de Loigny. L'homme qui avait voué sa vie entière aux intérêts les plus sacrés, était bien digne d'un tel drapeau et d'une telle cause.

J'arrive à une troisième forme d'apostolat, l'apostolat de l'ac tion publique et sociale, de la tribune et de la presse, de la parole et du journal, apostolat éminemment fécond et qui peut

exercer une influence prépondérante sur les destinées religieuses d'un pays. Deux hommes, quoique à des titres divers, et avec des vicissitudes inégales de luttes et de gloire, ont personnifié en Europe, pendant une période féconde et mouvementée du XIX^ siècle, l'action sociale du catholicisme. L'un, de sang illustre et de haute lignée, était, par sa naissance même, fait pour siéger à côté des pairs de France ; l'autre, issu des couches populaires, devait garder jusque dans la royauté éclatante de sou génie, l'allure presque plébéienne de sa condition native. L'un avait reçu d'en haut le don persuasif de la parole ; l'autre était né écrivain et polémiste. L'un fit entendre à la tribune des accents d'une force, d'une élévation, d'une conviction qui remuèrent l'Europe entière; l'autre sut faire d'un simple journal une puissance redoutée à l'égale des plus fortes armées. Tous deux aimèrent passionnément l'Eglise, tous deux combattirent vaillamment pour elle. C'est le premier qui, dans un élan de sublime éloquence, jeta un jour à ses adversaires cette grande et fière parole, tant de fois répétée depuis, et tant de fois applaudie: " Nous sommes les successeurs des martyrs ; nous ne tremblons pas devant les successeurs de Julien l'Apostat. Nous sommes les fils des Croisés ; et nous ne reculerons pas devant les fils de Voltaire". C'est le second qui, après une vigoureuse croisade en faveur du Saint-Siège, menacé de la suppression de son journal, s'écriait allègrement: "Succomber en pleine vie, en pleine force, en plein dévouement, avec une encyclique pour linceul, me semble le plus glorieux couronnement de tous nos efforts". L'un fut pendant quinze ans le chef reconnu et admiré des forces catholiques, et, par une série de luttes courageuses, les mena à la conquête de la liberté de l'enseignement, — cette même liberté que d'iniques oppresseurs s'apprêtent à détruire. L'autre pendant plus de trente ans avec une foi ardente, un cœur généreux, une logique implacable, une verve intarissable, se fit le défenseur de tous les droits, le dénonciateur de toutes les hontes et de toutes les tyrannies. Le premier, il faut l'avouer, malgré tant de mérites et au milieu de tant de gloire, eut le

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malheur de se laisser séduire par des théories captieuses et de prétendre asseoir sur les bases mouvantes du libéralisme le droit public de l'Eglise ; le second, plus ferme dans ses principes, plus éclairé dans ses convictions, eut le bonheur d'éviter jusqu'à la fin, sinon toutes les intempérances d'une plume mordante et tous les excès d'un esprit impétueux et absolu, du moins tous les systèmes de fausse tolérance, et tous les sentiers tortueux qui éloignent de la vérité. L'un et l'autre, du reste, nous ont donné l'exemple de ce que peut, dans notre société moderne, le dévouement laïque pour le bien de la religion, le triomphe du droit, la défense de l'Eglise et de la vraie liberté; et les noms de Montalembert et de Louis Veuillot brilleront à jamais du plus vif éclat dans l'histoire de l'éloquence chrétienne, du journalisme et de la littérature catholique.

Cependant, le zèle des laïques en faveur de l'Eglise, pour être vraiment utile à la cause qu'ils veulent servir, doit se renfermer dans de justes limites de soumission, de docilité et de déférence vis-à-vis de l'autorité religieuse. C'est là une condition indispensable.

En ce qui concerne les questions de doctrine, voici ce qu'écrivait le pape Léon XIII au nonce de Paris ^ : " C'est au Saint. Siège avant tout, et aussi, sous sa dépendance, aux autres pasteurs établis par l'Esprit-Saint pour gouverner l'Eglise de Dieu, qu'appartient de droit le ministère doctrinal. La part des simples fidèles se réduit ici à un seul devoir : accepter les enseignements qui leur sont donnés, y conformer leur conduite, et seconder les intentions de l'Eglise"; ce qu'ils font, en propageant opportunément ces enseignements '\

Même dans les choses oii les laïques peuvent avoir une certaine initiative, la direction de l'autorité ecclésiastique est né-

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