Dom Benoît, Les erreurs modernes, t. II, p
2. Instituiiones juris publici ecclesiastici, vol. II, pp. 27-29.
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et que rien ne peut être légitimement décrété à Vencontre du sentiment populaire.
Ne faut-il voir là que de vagues et abstraites utopies auxquelles très peu d'esprits soient ouverts, et qu'on aurait tort de prendre trop au sérieux? — Ces étranges notions sont moins rares, elles sont surtout moins inofïensives qu'on pourrait le croire ; et si l'on voulait rechercher la raison dernière de l'indiscipline de certains catholiques, si l'on voulait analyser jusque dans leurs plus secrets motifs certains blâmes, certaines invectives, certaines insubordinations à l'égard des actes de l'autorité religieuse, il serait aisé d'en découvrir le principe générateur dans l'idée fausse et par trop démocratique que l'on se fait de l'autorité de l'Eglise.
Tels sont les principaux systèmes formulés à différentes époques pour expliquer et déterminer la forme du gouvernement ecclésiastique. Il nous reste à en faire l'examen ou plutôt la réfutation.
Je laisse de côté l'erreur protestante s'attaquant non seulement à la forme du gouvernement religieux, mais aussi et par-dessus tout à ce pouvoir lui-même, afin d'en saper et d'en détruire les fondements. Le protestantisme a été sans doute une révolution doctrinale ; mais ce mouvement visait moins à rejeter des dogmes qu'à renverser la monarchie siégeant depuis des siècles sur le trône immortel de saint Pierre. Tentative aussi insensée que criminelle. En effet, quoi de mieux prouvé que l'institution de la Papauté et la suprématie du Pontife romain? J'ajouterai, quoi de plus nécessaire? Et n'y aurait-il, pour nous en convaincre, que le spectacle de tant de sectes variant à l'infini, sans lien, sans principes, sans boussole, mendiant près des trônes humains l'autorité qui leur manque, en proie à toutes les chimères d'esprits flottants et novateurs, et à toutes les usurpations de la politique terrestre, cette vue suffirait amplement pour justifier notre soumission au roi légitime de Rome, docteur et pasteur de nos âmes.
Passant aux autres systèmes mentionnés plus haut, je dis
que l'Eglise n'est ni une démocratie, ni une aristocratie, mais une monarchie dans le sens strict et formel de ce mot.
Prétendre d'abord que le Christ a établi son Eglise sur des bases démocratiques, et que le peuple doit être regardé, sinon comme Torgane, du moins comme le sujet de l'autorité religieuse, c'est là une hérésie expressément condamnée ^ Et à très juste titre. Car une telle théorie contredit formellement ce que les saintes Lettres enseignent touchant la constitution du pouvoir ecclésiastique. Les Apôtres, dont l'autorité s'est transmise de siècle en siècle et aux papes et aux évêques, tenaient eux-mêmes leur mission immédiatement de Notre-Seigneur. Jésus-Christ les investit de la souveraineté spirituelle, comme lui-même en avait été revêtu par son Père céleste -. Or, qui osera soutenir que les pouvoirs remis par Dieu entre les mains de son Fils, aient été, en quoi que ce soit, assujettis au vœu populaire? Qui dira que Notre-Seigneur. maître souverain de tout ce qui existe, a reçu des mains du peuple l'honneur de sa couronne et le sceptre de sa royauté?
Cette sujétion aux caprices des hommes et aux opinions changeantes de la foule ne convenait ni à la suprématie du Fils de Dieu, ni à la sublime dignité de ceux qui tiennent sa place icibas. Au contraire, partout dans les saints Livres, le pouvoir religieux nous est représenté comme s'exerçant sur le peuple sans rien tenir du peuple. Pierre est chargé de confirmer ses frères ^ ; ce ne sont pas les frères qui ont mission de confirmer le chef de l'Eglise. Les apôtres reçoivent l'assurance de voir leurs actes juridictionels ratifiés jusque dans le ciel * ; on ne leur dit pas que ces actes auront besoin, pour lier les consciences, de l'assentiment des fidèles. Aussi saint Paul, dans sa lettre aux Galates, écarte-t-il d'un mot toute prétention popu-