‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 88 sur 227 · Tit. III · texte numérisé non relu

Tit. III

les faits, et à étudier tous les monuments par lesquels la tradition atteste, dans la société chrétienne, l'usage constant et ininterrompu d'une juridiction contentieuse. Et il est vraiment étonnant, pour ne point dire davantage, que certains historiens du droit aient osé affirmer que, pendant les douze premiers siècles, la puissance judiciaire de l'Eglise ne s'est pas étendue au delà des limites du for intérieur. L'histoire ecclésiastique entière proteste contre cette assertion, si opposée du reste au caractère et à la constitution de l'Eglise.

Toute société parfaite possède, avec la faculté de faire des lois, celle non moins importante de les expliquer, de les interpréter, et de réprimer les actes qui en paralysent l'effet : le bien et l'ordre social l'exigent. Et voilà pourquoi il n'est aucune cité qui n'ait ses juges, aucune nation qui n'ait ses prétoires, et qui n'en couvre comme d'un rempart d'incorruptible justice l'arche sacrée de son honneur et de sa fortune. Or, ce que la société civile réclame comme un droit inné de défense et de sécurité publique, peut-on le refuser à la société religieuse, dont le but est beaucoup plus élevé, et dont les intérêts infiniment plus précieux requièrent de bien plus solides garanties? L'importance et l'excellence de l'ordre ecclésiastique demandent donc que l'Eglise soit investie de toute la force et de toutes les ressources du pouvoir judiciaire.

On n'a peut-être pas suffisamment distingué, dans cette que.stion, l'aspect fondamental et juridique de l'aspect purement historique. A coup sûr, les mutations et les transformations diverses que l'organisation judiciaire d'une société peut subir, n'affectent nullement l'essence de ses droits et de son pouvoir. Ce pouvoir, l'Eglise a pu l'exercer dès l'origine sans longues procédures, sans formes solennelles, sans l'appareil que présentaient les tribunaux civils, mais ses sentences n'en portaient pas moins la marque de véritables jugements. Aussi (remarque très justement l'abbé Moulart ^) Van Espen fausse l'histoire,

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