‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 96 sur 227 · SOUVERAINETE RESPECTIVE DE L'ETAT ET DE L'EGUSE · texte numérisé non relu

SOUVERAINETE RESPECTIVE DE L'ETAT ET DE L'EGUSE

Messieurs,

La question des rapports de l'Eglise et de l'Etat ne saurait être nettement comprise et pertinemment résolue qu'à la lumière des principes qui régissent la nature et les forces organiques de ces deux sociétés. Voilà pourquoi ces notions fondamentales ont fait jusqu'ici l'objet de nos études sur le droit public ecclésiastique.

Cette partie de notre tâche est à peu près terminée, et il ne nous reste plus, avant d'aborder le problème complexe des attitudes diverses que l'Eglise peut prendre vis-à-vis de l'Etat, qu'à jeter un regard d'ensemble sur ces deux puissances et à déterminer jusqu'à quel point et de quelle manière toutes deux sont souveraines.

Après les considérations faites au cours des leçons précédentes, nous pourrions sans doute regarder comme suffisamment établie la souveraineté respective de l'Eglise et de l'Etat. Mais d'un côté, l'indépendance du pouvoir religieux est si opiniâtrement contestée, et, de l'autre, on prête si calomuieusement à l'Eglise des vues contraires à la souveraineté du pouvoir civil qu'il paraît important de mettre en pleine lumière ces deux points de doctrine et de dissiper à cet égard tous les préjugés.

Car, incontestablement, préjugés il y a. ^

I. Dans un ouvrage intitulé Séparation des Eglises et de VEtat, Max. Lecomte écrivait récemment " que les principes de l'Eglise romaine tendent à rétablissement du règne théocratique, et qu'au cours des siècles les souverains et les peuples ont lutté contre cette tendance " (p. 82.)

Pendant les discussions si graves, et j'ajouterai si douloureuses pour des cœurs chrétiens, soulevées depuis quelques années dans les Chambres françaises par l'esprit antireligieux des gouvernants, n'a-t-on pas entendu plusieurs orateurs reprocher à leurs adversaires, congréganistes et catholiques, de nourrir, à l'endroit des institutions politiques du pays, une méfiance sourde et une animosité perfide? Dans cette croisade de haine et de mensonge qui se poursuit contre nos frères de France, n'est-ce pas là le mot d'ordre de la libre pensée, le cri de guerre de ses meneurs, le prétexte de tant de lois hostiles, de tant de vexations administratives, de cette persécution odieuse qui s'attaque aux institutions les plus vénérables et aux droits les plus sacrés? Et, en notre pays lui même, est-on toujours à l'abri de susceptibilités de ce genre? N'a-t-on pas parfois trop facilement succombé à la tentation de chercher noise au clergé, en l'accusant de s'ingérer dans un domaine qu'où disait être du ressort exclusif de l'Etat?

Ces raisons, semble-t-il, nous justifient de faire du sujet choisi pour cette leçon une étude spéciale, et de chercher à prévenir tout malentendu en exposant, aussi clairement que possible, la vraie doctrine catholique touchant la souveraineté de l'Eglise et de l'Etat.

Précisons d'abord, avec l'abbé Moulart, ^ ce qu'expriment ces deux mots de souveraineté respective. Cela, en effet, ne signifie pas que l'Eglise est étrangère à l'Etat ou l'Etat à l'Eglise, ni que ces deux pouvoirs peuvent régulièrement se passer l'un de l'autre: au contraire, il existe entre eux des relations telles et si intimes que leur union sera toujours la condition nécessaire du bonheur et de la paix des nations chrétiennes. Ce qu'il faut entendre par ces mots, c'est la liberté mutuelle de l'Eglise et de l'Etat, et la non-sujétion de l'Eglise à l'Etat ou de l'Etat à l'Eglise dans tous les objets qui constituent leur domaine propre.

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