‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 97 sur 227 · I. V Eglise et V Etat, pp · texte numérisé non relu

I. V Eglise et V Etat, pp

Nous disons donc que l'Etat est souverain, qu'il jouit vis-à-vis de l'Eglise d'une pleine liberté d'action en tout ce qui concerne directement sa mission terrestre, c'est-à-dire dans toutes les matières -de l'ordre purement politique.

Pourquoi en serait-il autrement?

La puissance civile, qu'elle s'appelle empire, royauté, république, est aussi ancienne que la société elle-même. De tout temps, elle a revendiqué comme un terrain oii elle est maîtresse l'administration des choses temporelles, et ce serait aller à rencontre de l'histoire, à l'encontre de la nature, à l'encontre des exigences sociales les plus manifestes, que de lui contester une autorité destinée à assurer aux hommes, par l'ampleur souveraine de son action, la sauvegarde de leurs intérêts profanes. Dieu lui-même, en créant l'humanité, lui a imprimé l'instinct profond auquel elle obéit en s'organisant comme corps politique, et il n'appert nulle part que l'auteur de la société ait modifié son œuvre.

Il est vrai qu'à l'époque oii Jésus parut, les Juifs, confiants en l'intervention toute-puissante de Dieu, entretenaient l'espoir d'une restauration non seulement religieuse, mais même civile. Le Messie, pensaient-ils, venait au milieu d'eux rétablir le royaume d'Israël et faire revivre aux yeux des peuples l'antique gloire du sceptre de David. Cette idée s'était enracinée dans leur esprit. Elle avait pénétré jusque dans le palais d'Hérode, et quand l'ombrageux monarque apprit par les Mages que le roi des Juifs était né, il tressaillit sur son trône et ordonna, pour conjurer le danger dont il se croyait menacé, le cruel massacre des innocents.

Mesure vaine autant que barbare.

Jésus qui venait au monde, non pour dérober des couronnes, mais pour les affermir en prêchant le respect du droit et de la loi, Jésus, fondateur d'un royaume tout spirituel, ne manqua point de dissiper l'illusion grossière de ses compatriotes et d'élever leurs esprits vers des pensées plus hautes. Rendez^ leur dit-il, à César ce qui est à César ^ et à Dieu ce qui est à

Dieu ^; et ailleurs 2; Mon royaume lï' est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde^ mes serviteurs auraient sans doute combattu^ pour que je ne fusse pas livré aux Juifs ; j'aurais eu, moi aussi, comme les monarques temporels, mes gardes et mes soldats.

Saisissons bien la pensée du Maître. Jésus ne dit point : mon royaume n'est pas en ce monde, mais mon royaume n'est pas de ce monde; ce qui marque une essentielle différence. En effet, l'Kglise fondée par Jésus-Christ, a cela de commun avec la société civile qu'elle existe parmi les hommes et pour les hommes : elle est en ce monde ; mais elle n'est pas de ce monde, parce que ce n'est pas des intérêts terrestres, matériels et temporels qu'elle est chargée, mais bien des intérêts célestes, spirituels et éternels.

Tîi es donc roi! demandait Pilate à Notre-Seigneur '. Et Jésus de répondre: lu le dis^je suis roi. Voici pourquoi je suis né., et pourquoi je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité ; en d'autres termes, pour établir l'empire de la foi, le royaume de la sainteté et de la justice.

Saint Augustin, dans son commentaire sur l'évangile de saint Jean, pour mieux faire ressortir la pensée du Sauveur, lui prête ces paroles*: "Ecoutez, Juifs, écoutez, Gentils, écoutez, princes, qui que vous soyiez. Je ne suis point venu porter atteinte à votre puissance terrestre, car mon royaume n'^est pas de ce monde. Déposez ces craintes vaines qui tourmentaient Hérode à la naissance du Christ et qui lui firent tenter de noyer dans le sang d'innocentes victimes celui dont il redoutait le sceptre... Entrez dans mon royaume qui n'est pas de ce monde ; entrez-y par la foi, et que la crainte ne vous arme pas contre lui."

Cette doctrine de Notre-Seigneur, établissant si nettement la souveraineté du pouvoir civi], n'est pas restée lettre morte.;

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