‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 125 sur 199 · fév · texte numérisé non relu

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2. R. P. At, Le vrai et le faux ën matière d'autorité et de liberté, diaprés la doctrine du Syllabus, t. II, pp. 341-42 (6e éd.).

Ce n'est pas ce que pensent certains écrivains, admirateurs fervents du catholicisme américain ; et l'un d'eux invite les catholiques d'Europe à aller voir aux Etats-Unis l'Eglise "débarrassée par un pape de génie des vieilles entraves que l'on prenait pour des soutiens 1 ". Ce pays, où plus qu'ailleurs peutêtre prévaut le droit commun, revêt aux yeux de plusieurs, à travers le mirage des distances, un caractère typique : là est l'avenir du christianisme, là est l'idéal de l'Eglise.

Certes, nous nous garderons bien d'être injuste envers une contrée qui, Dieu merci, ne se contente pas de chanter des hymnes et d'ériger des statues à la liberté, mais qui lui permet vraiment, au moins en général, de vivre et de se mouvoir, et de couvrir de son ombre tutélaire les associations civiles et religieuses les plus recommandables.

C'est grâce à cette liberté, garantie dès le début par la constitution des Etats fédérés et, dans la suite, par les Législatures locales, que le catholicisme américain, auquel l'immigration n'a cessé de fournir les plus précieux apports, s'est singulièrement accru, qu'il a formé et développé sa hiérarchie, qu'il a créé, avec l'organisation matérielle du culte, les œuvres de plus en plus nombreuses, et de plus en plus florissantes, d'instruction, de piété, de charité, de bienfaisance, sorties de son sein, et répandues sur tout le territoire de la grande république.

D'autre part, nous ne saurions partager l'illusion, confiante et les vues optimistes de ceux qui, se laissant éblouir par çes progrès, perdent presque entièrement de vue les douloureuses réalités auxquels ils sont mêlés.

En ce pays de libéralisme juridiquement établi, sur cette terre où fleurit la neutralité constitutionnelle en matière religieuse, non seulement les catholiques ne doivent attendre des gouvernements aucune protection, mais à raison même de leurs croyances, ils se voient très souvent l'objet d'une réelle hostilité

1. L'abbé Klein, Préface de l'ouvrage : L'Eglise et le siècle, par Mgr IrelancL

administrative et d'un ostracisme politique des plus injustes l.

On a dit que le christianisme formait la base du droit public des Etats-Unis. Cette assertion est inexacte. D'après la constitution fédérale, l'Etat américain ne patronne aucune religion, comme il n'en peut prohiber aucune 2. Si les constitutions des premiers Etats fédérés furent rédigées dans un esprit chrétien, cet esprit, dans les constitutions plus récentes, a fait place à la liberté religieuse la plus absolue. Tout au plus certains actes officiels portent-ils la trace d'un vague déisme et de sympathies protestantes dont les catholiques n'ont pas sujet de se réjouir.

Dans le vrai, l'Eglise catholique des Etat-Unis paye cher les avantages matériels et la situation dont elle jouit. Et si elle possède pour elle-même et pour ses œuvres, en une bonne mesure, la liberté du bien, à combien de dangers ses enfants ne se trouvent-ils pas livrés par suite de cette autre liberté, celle du mal, qui sévit fiévreusement par toute l'Union et qu'aucune loi ne réprime ! Les écoles publiques sont pour ceux qui les fréquentent des foyers actifs d'irréligion et de dépravation. Une atmosphère de naturalisme, de sensualisme, de matérialisme, pèse sur la nation entière : tout en est imprégné, les lois, les mœurs, la littérature, la presse, les théâtres. Aussi, que de catholiques, cédant à l'influence du milieu, perdent la foi de leurs pères et vont grossir les rangs du protestantisme ou de l'incrédulité 3 !

L'Eglise américaine a fait et ne cesse de faire des pertes cruelles, que les conversions, somme toute, peu nombreuses opérées autour d'elle, parviennent difficilement à compensei.

1. " Les catholiques sont, en fait, exclus des fonctions publiques partout où ils ne forment pas des groupes très compacts, et ils sont loin d'avoir dans l'ensemble de l'Union des positions officielles en proportion de leur nombre * (Claudio Jannet, Les Etats-Unis contemporains, t. II, p. 63, 4e éd.).

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