‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 126 sur 199 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

Ibid., pp

3. " Près des trois quarts des Américains vivent complètement en dehors de la pratique positive et suivie d'un culte " {ibid. p. 25).— Voir aussi J. Tardive1., La situation religieuse aux Etats-Unis, pp. 144-45 ' cet ouvrage est à lire.

Léon XIII avait donc bien raison d'écrire aux évêques américains 1 : "Il faut se garder d'une erreur : qu'on n'aille pas conclure que la meilleure situation pour l'Eglise est celle qu'elle a en Amérique, ou bien qu'il est toujours permis et utile de séparer, de disjoindre les intérêts de l'Eglise et de l'Etat comme en Amérique. En effet, si la religion catholique est honorée parmi vous, si elle est prospère, si même elle s'est accrue, il faut l'attribuer entièrement à la fécondité divine dont jouit l'Eglise, qui, lorsque personne ne s'y oppose, lorsque rien ne lui fait obstacle, s'étend d'elle-même et se répand. Pourtant, elle produirait encore bien plus de fruits, si elle jouissait non seulement de la liberté, mais encore de la faveur des lois et de la protection des pouvoirs publics. "

Paroles plus sages et plus autorisées ne pouvaient clore plus grave débat.

t. Bncycl. Longinqua oceani, 6 janv. 1895.

DOUZIÈME EEÇON

l'église ht les infidèles

Messieurs,

Jusqu'ici, pour étudier l'Eglise et la question complexe de ses rapports avec l'Etat, nous nous sommes placés et nous avons voulu demeurer à peu près exclusivement dans la région des principes.

Guidés par cette lumière calme que verse dans les esprits sincères l'enseignement catholique, nous avons vu ce que doit être la société chrétienne, sur quelle base religieuse et morale doit porter son organisation, dans quelle alliance féconde l'Eglise et l'Etat doivent se donner la main pour présider avec honneur aux destinées spirituelles et temporelles des nations.

Mais tout n'est pas absolu en ce monde ; le relatif et le contingent y jouent un très grand rôle. Force nous est donc de descendre maintenant sur le terrain des faits et d'envisager, pour en établir le côté juridique, les situations diverses faites à l'Eglise du Christ par l'ignorance ou la malice de hommes, par les vicissitudes religieuses et les changements politiques des Etats.

Quand l'Eglise sortit du berceau, tout, autour d'elle, en dehors du peuple juif, était infidèle et païen : les hommes, les familles, les institutions, les gouvernements. Elle se trouvait en face d'un vaste empire totalement étranger à sa foi, offrant même des doctrines et entretenant des superstitions diamétralement opposées aux croyances et aux pratiques chrétiennes. Quelle rude tâche que celle de conquérir cet empire, quelle fière

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et colossale entreprise que celle d'opérer la transformation religieuse de Rome et du monde ! Mais une société fondée par Dieu, constituée d'après le plan de Dieu, appuyée sur le secours de Dieu et investie par lui des plus amples pouvoirs et des prérogatives les plus sacrées, ne pouvait reculer devant pareille mission. Elle se mit résolument à l'œuvre.

Parmi les droits reçus de son auteur, elle comptait, au premier rang, celui de prendre place au sein des sociétés existantes, d'annoncer librement la parole de Dieu, de jeter les premiers fondements de son organisation et de sa vie.

Nous ne voulons pas discuter ici la question théologique des limites exactes oïi s'arrêtent, en ce qui concerne les personm s non baptisées, les pouvoirs juridictionnels conférés par Jésus- Christ à son Eglise. Ce qui est sûr, c'est que les infidèles,— et nous entendons par là les gens de toutes soites, idolâtres, mahométâns, juifs, qui n'ont ni le baptême ni la foi du Christ, — c'est que ces infidèles doivent plein respect au magistère de l'Eglise, qu'ils sont tenus d'accueillir sa parole et de prêter l'oreille à ses enseignements. Notre-Seigneur, en vertu de sa propre juridiction sur toute créature, ne lui a-t-il pas dit d'aller et d'évangéliser toutes les nations \ sans faire de différence entre juifs et gentils? Ne lui a-t-il pas commandé d'exercer parmi ces peuples les fonctions augustes d'un triple ministère, du ministère doctrinal, sacramentel et moral, en comptant pour cela sur l'assistance divine elle-même 2?

Ces pouvoirs inhérents à l'Eglise entraînent, par corrélation, de la part de l'Etat l'obligation stricte de recevoir sans hostilité, sinon avec faveur, les missionnaires chrétiens.

" L'Etat infidèle, dit Mgr Cavagnis 3, a : premièrement le devoir d'admettre l'apostolat catholique; secondement, le devoir de laisser à ses sujets la liberté de se convertir et de professer

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