‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 135 sur 199 · Duballet, ouv. cit., vol. II, p · texte numérisé non relu

Duballet, ouv. cit., vol. II, p

teur, d'embrasser spontanément la vraie foi, ou, contre son devoir et pour son malheur, de rejeter librement cette foi salutaire.

Cette tolérance chrétienne vis-à-vis des infidèles doit-elle s'étendre jusqu'à leurs doctrines et jusqu'à leurs cérémonies religieuses?

Il y a ici, croyons-nous, une importante distinction à faire.

Si ces cérémonies et ces doctrines répugnent ouvertement à la loi naturelle, si elles blessent les principes les plus essentiels de la morale et atteignent la société dans sa base, par exemple, en propageant l'impiété et l'athéisme, ou encore en accréditant des usages criminels et des pratiques infâmes, indignes de peuples tant soit peu civilisés, nul doute que les pouvoirs publics, en vertu de leur ^mission sociale, ne soient tenus de mettre un frein à de pareilles licences. C'est ainsi que l'Eglise s'est souvent concertée avec les princes chrétiens pour proscrire l'idolâtrie, pour supprimer les livres de théologie païenne, pour renverser ou pour purifier par des rites sacrés les temples des faux dieux, théâtres d'abominations et de crimes.

Si cependant les infidèles, tout en repoussant la foi chrétienne, ne mêlent à leurs croyances et à leurs rites rien de contraire aux préceptes fondamentaux de la loi morale, l'Ktat, dont la mission immédiate n'est que naturelle, et l'Eglise, qui semble n'avoir reçu de pouvoir direct que sur les fidèles, ne pourraient, sans excéder les justes limites, interdire l'exercice de leur culte.

Ceci est particulièrement vrai des Juifs, chez qui les rites symboliques \ les traditions basées sur les Livres saints, et surtout ces livres eux-mêmes conservés avec religion, rendent un témoignage non suspect à la vérité de notre foi. Comme disait

i. "Le fait de voir les Juifs observer leurs rites, lesquels ont eu pour but de figurer la vérité de notre foi, n'est pas sans avantage pour le peuple chrétien. C'est que nous avons ainsi, chez nos ennemis eux-mêmes, une démonstration vivante de notre religion, et que ce que nous croyons, ils le représentent en quelque sorte sous nos yeux. Voilà pourquoi leur culte est toléré." (S. Thomas,. Soin. thêoL, Il-îîse Q. X, a. u).

Pascal1, "c'est visiblement un peuple fait exprès pour servir de témoin au Messie. Il porte les livres, et les aime, et ne les entend point. Et tout cela est prédit ; car il est dit que les jugements de Dieu leur sont confiés, mais comme un livre scellé. "

Voilà pourquoi la situation des Juifs vis-à-vis de l'Eglise diffère notablement de celle des autres infidèles. u L'Eglise, remarque Phiiipps, 2 les a toujours traités avec plus d'indulgence et de douceur que les idolâtres, et cela se conçoit facilement : les Juifs furent autrefois le peuple chéri de Dieu, et leur foi, commencement de la vérité, rend malgré eux témoignage à Jésus-Christ. Ce sont les Juifs qui ont conservé les prophètes annonçant l'avènement du Messie ; eux qui, de nos jours encore, revendiquent pour leurs pères le supplice et la mort du Sauveur, attestant ainsi, contre eux et malgré eux, la véracité de la tradition chrétienne ; eux qui, après avoir consommé le crime, publient dans le monde entier la malédiction divine qui les a frappés. Ces considérations, la prière de David, celle que Jésus-Christ adresse pour eux à son Père, et la promesse de leur future réunion au royaume du Christ expliquent et justifient pleinement la mansuétude de l'Eglise à leur égard."

C'est ce qu'on peut appeler le côté théologique de la question juive. Mais il y a aussi le côté social, et l'on ne saurait perdre de vue ce que sont ordinairement les Juifs dans le milieu chrétien où ils vivent : des êtres à part, des créatures marquées d'un stigmate de honte, un peuple ennemi de tous les autres peuples, mêlé à chacun et ne s'unissant à aucun, faisant de l'usure une profession, de la ruse une vertu, de la haine pour le nom chrétien un devoir.

Que dit en effet le Talmud, 8 ce commentaire inepte et blas-

Page 1