‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 140 sur 199 · L'EGLISE ET L'HÉRÉSIE · texte numérisé non relu

L'EGLISE ET L'HÉRÉSIE

Messieurs,

Dans toute l'histoire des législations humaines nous ne connaissons rien de plus beau ni de plus grand que ces paroles tombées de la plume des empereurs Gratien, Valentinien et Théodose 1: "Nous voulons que tous les peuples de notre empire embrassent la religion que l'apôtre saint Pierie a prêchée aux Romains, et qui est encore aujourd'hui professée par eux en conformité avec la foi du pape Damase et de Pierre, évêque d'Alexandrie, personnages d'une sainteté apostolique ; de sorte que itous, suivant la tradition des apôtres et la doctrine de l'Evangile, nous croyions en une seule divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, égaux en puissance dans la sainte Trinité. "

Cette profession de foi, si précise et si solennelle, marque, avec la mort officielle du paganisme, l'élévation de la religion chrétienne au rang de religion d'Etat. Le pouvoir ecclésiastique et la puissance civile se donnaient la main pour sceller, par un pacte d'union et de mutuelle protection, l'unité religieuse et sociale, et pour assurer au monde pendant plusieurs siècles, malgré les passions des hommes et les vices inhérents aux institutions humaines, la justice, la civilisation et la paix.

Cette unité, créée par l'alliance des deux pouvoirs, comportait en faveur de l'Eglise quatre choses principales : la proscription des faux cultes; la reconnaissance civile des lois canoni-

i. Code justinien, 1. I, t. I, n. i (éd. de Lyon, §1583).

ques et leur confirmation par des édits impériaux; les privilèges ou immunités dont les empereurs chrétiens voulurent dès le principe honorer l'Eglise et ses ministres ; la sanction pénale donnée par le pouvoir séculier aux lois divines et ecclésiastiques.

Déjà Constantin et ses successeurs avaient publié une série d'ordonnances tendant à discréditer les superstitions païennes et à restreindre graduellement l'exercice des cultes idolâtriques. Théodose le Grand, dans un décret de 391, prit des mesures plus radicales. "Il défendit généralement à tous ses sujets de sacrifier aux idoles, et d'entrer même dans leurs temples pour y exercer aucun acte de culte païen ; les transgresseurs de cette loi, sans excepter les magistrats et les gouverneurs de province, étaient condamnés à uue amende de quinze livres d'or. L'année suivante, il prohiba l'immolation des victimes sous peine de mort, et tous les autres actes d'idolâtrie sous peine de confiscation des lieux où ils auraient été commis" h

L'union des deux pouvoirs amena entre la législation religieuse et la loi civile un accord dont les vieux codes portent d'admirables traces 2. C'est ainsi que le concile de Nicée fut confirmé par Constantin, celui de Constantinople par Théodose le Grand, celui d'Kphèse par Théodose le Jeune, celui de Chalcédoine par Marcieu, 3 et que ces statuts généraux prirent place parmi les lois de l'empire. D'autres édits confirmèrent des points particuliers de dogme, de morale ou de discipline, tels que la primauté du Saint-Siège, la sanctification du dimanche et des fêtes, la prohibition des spectacles contraires aux bonnes mœurs, le mode d'élection des évêques, le célibat des clers et des vierges.

Cette bienveillance, témoignée à l'Eglise parles premiers empereurs chrétiens, passa dans l'esprit des monarchies nouvelles,

1. Moulart, ouv. cit., p. 333, d'après le Code théodos., 1. XVI, t. X.

2. Voir les Codes de Théodose et de Justinien, et les Novelles.

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