Ouv. cit., t. III, p
grand zèle à protéger le libre exercice du pouvoir spirituel. Aussi les capitulaires offrent-ils un précieux recueil d'actes et de documents relatifs aux développements et à l'action extérieure de l'Eglise. Non pas que ces actes divers émanassent de la puissance royale sans concours de l'autorité religieuse. Quelquefois Charlemagne, dans ses lois et ses arrêts, ne faisait que reproduire des extraits de conciles; il voulait aider, non dominer les évêques, et prêter à l'œuvre du Christ l'appui moral et matériel de ses sanctions.
Dieu régnait sur la société.
Et c'est sous cette influence que les nations chrétiennes,, même celles qui ne rirent point partie du nouvel empire romano-germanique, finirent par constituer entre elles et avec l'Eglise une sorte de confédération basée, non sur des traités, mais sur une conformité générale d'idées, d'intérêts, de tendances, de législation, et formèrent ce qu'on a appelé, d'un nom glorieux dans l'histoire, la " chrétienté. "
Cette vaste organisation sociale nous est déjà connue1. Il importait de la rappeler ici, et de nous faire une idée exacte de l'Eglise et de la société dans le haut moyen âge, pour bien comprendre l'attitude prise, de concert avec la puissance civile, par la puissance religieuse en face de l'hérésie.
Qu'est-ce donc que l'hérésie, et quelle gravité spéciale revêtelle au regard de la foi? Quelles justes alarmes causait-elle aux gouvernements chrétiens, lorsque jadis, mus par l'esprit religieux qui dictait leurs décisions, ils s'armèrent contre elle de toutes les rigueurs du droit ?
Dans le sens strict du mot, nous appelons hérésie une erreur ou un système d'erreurs directement opposées à la vraie foi reçue dans le baptême, et soutenues avec opiniâtreté contre les enseignements de l'Eglise de Jésus-Christ. L'hérésie s'attaque donc à une ou plusieurs 2 vérités révélées par Dieu et définies par l'Eglise.