Voir leçons septième et neuvième
2. I/hérésie tient le milieu entre V apostasie qui est une désertion complète
Tant que cette négation, éclose au fond de l'âme, n'a pas franchi le seuil de la conscience, elle ne relève que de Dieu qui seul en est témoin, et qui seul aussi peut en être le juge. C'est en s'affirmant par des écrits ou par des faits, et c'est en se produisant au dehors que l'hérésie tombe sous la juridiction de l'Eglise et provoque son interventiou.
Cette intervention, hâtons-nous de le dire, prend des formes bien différentes, selon qu'il s'agisse d'hérésie formelle, comme il faut l'entendre ici, ou simplement d'hérésie matérielle.
L'hérésie matérielle est un malheur, non une faute ; une aberration, non une rébellion. Elle est le fruit de l'ignorance, du préjugé, d'une éducation malsaine et viciée dans son principe. La bonne foi l'excuse. " Ceux, dit Moulart \ qui, par le fait de leur naissance de parents qui ont depuis longtemps abandonné l'Eglise, se trouvent hors d'état de connaître par eux-mêmes la véritable doctrine catholique ; ceux à qui, dès le berceau, un faux enseignement a présenté l'Eglise comme engagée dans les voies de l'erreur, ceux-là ne sont point, à proprement parler, des hérétiques, et il ne peut être question de leur appliquer aucune peine. Il faut faire la part très large aux préjugés de l'éducation première ; rien n'est plus difficile que de s'en délivrer. "
Ce que donc uous considérons ici, et ce qui a fait dans le passé l'objet des pénalités les plus rigoureuses, non seulement de la part du pouvoir ecclésiastique, mais encore et surtout de la part des Etats chrétiens, c'est l'hérésie formelle, cette erreur religieuse née de l'orgueil, faite d'obstination et de révolte, s'insurgeant en pleine lumière de la foi et en pleine connaissance de l'Eglise contre les dogmes que cette divine société a mission d'enseigner et de défendre.
Habitué depuis trois siècles au spectacle des entreprises les plus audacieuses de la liberté contre Dieu, placé dans une atmos-
de la foi et le schisme qui, sans vouloir renier la foi, s'affranchit de l'autorité des pasteurs légitimes. Du reste, par cette rupture de l'unité catholique, le schisme mène fatalement à l'hérésie, î. Ouv. cit., p. 302.
phère d'indifférence dogmatique, de tolérance, de complaisance même pour les erreurs les plus graves, pour les systèmes les plus téméraires et les plus opposés aux vieilles traditions catholiques, l'espiit moderne se représente difficilement les frayeurs et les répulsions qu'inspirait au moyen âge l'apparition des doctrines hérétiques.
Ces frayeurs étaient justes, et ces répulsions étaient fondées.
L'hérésie ne se bornait pas à nier un point quelconque de la foi catholique ; en le niant, elle heurtait de front l'autorité enseignante, celle de Dieu comme celle de l'Eglise, elle secouait jusqu'en ses fondements toute puissance légitime, lâchant la bride à l'orgueil de l'esprit, aux instincts dépravés du cœur, aux emportements de toutes les passions. Elle brisait avec violence les liens de cette vaste organisation sociale créée, non sans peine, par le christianisme vainqueur, et au sein des nations jusque-là groupées dans une même pensée de foi, autour d'un même chef, et sous un même drapeau, elle jetait la semence de toutes les dissensions et le ferment de toutes les haines.
N'est-ce pas ce que témoigne hautement, et irréfragablement, l'histoire de tant de guerres allumées en Europe par le feu des discordes religieuses ?
Joseph de Maistre a eu raison d'écrire 1 : " L'hérésiarque, l'hérétique obstiné et le propagateur de l'hérésie, doivent être rangés incontestablement au rang des plus grands criminels. . . Le sophiste moderne qui disserte à l'aise dans son cabinet, ne s'embarrasse guère que les arguments de Luther aient produit la guerre de trente ans ; mais les anciens législateurs, sachant tout ce que ces funestes doctrines pouvaient coûter aux hommes, punissaient très justement du dernier supplice un crime capable d'ébranler la société dans ses bases, et de la baigner dans le sang. "
L'esprit de sévérité, dont le moyen âge se montra animé visà-vis de l'hérésie, n'avait en soi rien de contraire aux sentiments
i. Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole '.—Deuxième lettre.
de Notre-Seigneur et de ses apôtres : loin de là. Jésus-Christ, dans l'Evangile, n'impose-t-il pas aux fidèles l'obligation de croire sous peine de damnation 1? Saint Jean voit dans l'hérésie l'œuvre de l'Antéchrist 2, et il défend de recevoir ou même de saluer les hérétiques 3 ; saint Jude parle d'eux dans les termes les plus énergiques 4; saint Paul prononce contre eux Panathème5 et les livre au pouvoir de Satan6.
La législation canonique, relative à la répression de l'hérésie, porte l'empreinte d'une rigueur et d'une intolérance qu'on a souvent reprochée à l'Eglise, mais où il est juste de voir, en même temps qu'un pouvoir de contrainte sur des fils insoumis, l'exercice nécessaire du droit de légitime défense. Ce n'est pas seulement pour châtier leur révolte que l'Eglise frappe les hérétiques de peines si sévères, qu'elle les prive de ses sacrements, et les bannit de son sein ; c'est encore et surtout pour préserver ses membres fidèles du péril de la contagion, et pour inspirer à tous une salutaire frayeur.
L'Eglise en principe est indulgente pour les personnes, même les plus coupables ; elle ne Pest ni ne saurait l'être à l'endroit des erreurs.
Rien de plus juste que ces paroles de Pabbé Moulart : 7 uOn a souvent accusé l'Eglise d'avoir méconnu, dans ses lois contre l'hérésie et le schisme, l'esprit du christianisme, esprit de douceur et de mansuétude. C'est le reproche habituel que lui font les incrédules. Ces hommes en appellent volontiers à la paix et à la charité ; mais pour eux ces vertus chrétiennes ne sont autre chose qu'une coupable condescendance à tout laisser faire> à tout laisser dire, à tout laisser passer, et, sous le prétexte de