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de causes qui, par leur concours, allaient bientôt produire cet immense bouleversement des lois, des institutions et des classes dont îa France fut le théâtre, mais dont le monde entier devait subir le fatal contrecoup.
La révolution éclata. Elle fut sanglante, terrifiante ; et des ruines amoncelées par les démolisseurs on vit surgir, comme au lendemain d'un grand orage, ce qui a porté, depuis, le nom de société moderne : assemblage confus d'idées nobles et de pensées malsaines, mélange singulier de tendances perverses et d'aspirations légitimes, nouveau corps dont les organes, trop souvent atrophiés, manquent de sève religieuse, nouveau mécanisme dont les rouages apparemment perfectionnés, dissimulent mal l'absence ou l'insuffisance des principes chrétiens qui seuls font les sociétés paisibles et heureuses.
Notre intention, dans cette leçon, est de mettre en lumière deux choses : premièrement ce que l'Eglise pense, et ce que nous devons penser avec elle, de la société moderne, et de l'attitude des deux puissances dans l'état social présent ; secondement, les devoirs spéciaux qui, en des conditions de vie si différentes de celles d'autrefois, incombent aux catholiques de tous les pays.
Deux fortes passions dominent la société actuelle et en forment, pour ainsi dire, l'âme : le souci du progrès et l'amour de la liberté. Passions grandes et fécondes, tant qu'elles se meuvent dans les limites fixées par Dieu et définies par sa loi ; passions périlleuses, dès que, brisant ces cadres, elles s'élancent sans règle et sans frein, et au gré de leur fougue et de leur orgueil, poussant la science à s'élever contre es enseignements de la foi, invitant les peuples à s'affranchir de l'autorité de Dieu €t de l'Eglise.
h<z progrès peut être considéré sous différents aspects: au point de vue intellectuel et scientifique, au point de vue matériel et économique, au point de vue religieux et moral ; et de ces trois éléments sagement unis et heureusement combinés résulte l'état social supérieur qu'on appelle civilisation. Est-il besoin
d'ajouter que l'Eglise ne s'est jamais opposée au vrai progrès, qu'elle l'a, au contraire, encouragé de toutes manières et favorisé de toutes ses forces 1 ?
Examinons d'abord le progrès intellectuel et scientifique.
Trois phases bien distinctes marquent le chemin suivi par l'intelligence depuis Jésus-Christ : la phase initiale et polémique, la phase rationnelle et didactique, la phase expérimentale et critique, Dans la première, l'esprit humain s'est appliqué à faire prévaloir sur les erreurs païennes et les hérésies naissantes les dogmes du christianisme ; dans la seconde, il a étudié de de plus près la nature de ces dogmes, les scrutant, les coordonnant, les systématisant en un corps de doctrines pleines d'harmonie avec les vérités naturelles ; dans la troisième, descendant des hauteurs de la philosophie sur le terrain des faits, il s'est livré et il se livre chaque jour davantage à toutes sortes de recherches critiques et historiques et à l'observation la plus minutieuse des phénomènes de la nature.
Or, l'histoire témoigne, et nos ennemis eux-mêmes en convienent, que le progrès intellectuel, dans ses deux premières manifestations, s'identifie avec la marche et les travaux Variés de la théologie et de la philosophie catholique. Quant au progrès des études plus positives, de la critique et des sciences naturelles, c'est une calomnie insigne de prétendre que l'Eglise y met obstacle. " Comme tout ce qui est vrai, dit Léon XIII 2, vient nécessairement de Dieu, en tout fragment de vérité dû aux recherches de l'esprit humain l'Eglise reconnaît comme des traces de l'intelligence divine. Aucune des vérités naturelles n'est en contradiction avec la foi révélée ; beaucoup d'entre elles la confirment ; et puisque toute découverte nouvelle provoque l'homme à connaître et à louer Dieu, l'Eglise accueillera toujours volontiers et avec joie tout ce qui peut contribuer à augmenter les conquêtes de la science ; et, ainsi qu'elle l'a tou-
1. Voir Z,' Eglise et la civilisation par le cardinal Joachim Pecci (devenu plus tard Léon XIII) .